Charest est prêt à renoncer à son salaire de 75 000 $ du PLQ

Le premier ministre Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le premier ministre Jean Charest.

De guerre lasse, le premier ministre Jean Charest cède aux pressions de l’opposition péquiste et consent finalement à renoncer à son salaire annuel de 75 000 $, versé par son parti. En point de presse aujourd’hui, M. Charest a dit qu’il était prêt à faire cette concession si cela peut favoriser l’adoption d’un code d’éthique avant l’ajournement des travaux parlementaires, le 11 juin.

«Si cela constitue un obstacle à l’adoption d’un code d’éthique, je suis prêt à renoncer à ce salaire», a-t-il dit, avant de prendre part à la période de questions.

La volte-face, réclamée depuis des mois par le PQ, a quand même été accueillie avec surprise et méfiance.

L’opposition péquiste faisait de ce renoncement une condition pour donner son aval au projet de loi 48, qui prévoit à la fois l’adoption d’un code d’éthique pour les élus et la nomination d’un commissaire à l’éthique par l’Assemblée nationale.

«M. Charest s’est enfin rendu à l’évidence», a commenté par la suite le leader parlementaire de l’opposition officielle, Stéphane Bédard.

L’étude du projet de loi, qui en est rendue à l’étape de l’étude article par article, est à l’horaire des travaux la semaine prochaine.

Aussi, M. Bédard a réagi en disant qu’il allait proposer un amendement au projet de loi 48, prévoyant que nul salaire ne pourrait être versé par un parti à un élu «directement ou indirectement».

Vaut mieux tard que pas du tout

En point de presse, M. Bédard s’est montré surpris de l’empressement soudain manifesté par le premier ministre pour l’adoption de ce projet de loi, vu que le gouvernement ne l’a jamais appelé pour étude depuis le mois de novembre, au moment de l’adoption de principe.

«Le premier ministre se réveille tard, mais vaut mieux tard que pas du tout», a ajouté M. Bédard.

L’automne dernier, le gouvernement voulait l’adoption d’un code d’éthique, suivi de la nomination d’un commissaire, tandis que l’opposition voulait d’abord la nomination d’un commissaire pour participer à l’élaboration du code d’éthique.

Le débat sur l’éthique avait fait une victime en septembre, le ministre David Whissel, qui avait choisi de démissionner, plutôt que de renoncer à ses liens avec une compagnie d’asphaltage.
Sa démission faisait suite au changement de directive s’appliquant aux ministres, en rétablissant l’ancienne règle qui leur interdisait de détenir des intérêts dans une entreprise fournissant des services au gouvernement.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement juge réaliste, à trois semaines de l’échéance, d’adopter le projet de loi 48, qui compte 129 articles, avant l’ajournement du 11 juin.

Il croit aussi réaliste d’avoir le temps nécessaire d’ici là de proposer le nom d’un commissaire à l’éthique aux parlementaires.

M. Charest a déclaré aujourd’hui qu’il était disposé à renoncer à son revenu de 75 000 $, même s’il continue de penser que «c’était légitime» de recevoir annuellement un tel montant du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis qu’il en est le chef, en 1998.

Il a donc reçu, au total, 900 000 $ du PLQ, un fait inacceptable aux yeux du PQ, qui craint que le premier ministre se rende ainsi redevable aux donateurs du parti.

On lui reprochait aussi d’avoir caché à la population cette information, révélée par TVA il y a deux ans.

Un malaise
Ancien ministre conservateur à Ottawa, M. Charest avait déjà renoncé, par ailleurs, à sa prime du gouvernement fédéral, quand il avait fait le saut en politique québécoise.

Il ne cherchera pas à récupérer cette pension, pour compenser le manque à gagner du PLQ.
En mars, le gouvernement a aussi décrété un gel du salaire des élus de l’Assemblée nationale, dont celui du premier ministre, pour deux ans.

Le chef de l’Action démocratique, Gérard Deltell, a fait valoir de son côté que le salaire versé par le PLQ à M. Charest «créait un malaise» et que ce dernier a donc bien fait d’y renoncer.
«On est là pour servir les citoyens. On n’est pas là pour se servir», a-t-il dit, en disant souhaiter que le code d’éthique soit adopté prochainement.

«Bravo!», a renchéri le porte-parole de Québec solidaire, le député de Mercier, Amir Khadir, à propos de l’annonce faite par le premier ministre. Il jugeait lui aussi que M. Charest s’était placé en conflit d’intérêts en acceptent un salaire du PLQ.
9 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 20 mai 2010 14 h 36

    Et le rapport d'impot?

    Est-ce qu'il va publier son rapport d'impot des 10 dernières années pour prouver qu'il a bel et bien déclaré la somme à l'impot?
    Le président américain publie son rapport d'impot; sa femme Michelle publie le sien aussi.
    Si c'est bon pour Michou, c'est bon pour Pitou...

  • Nunu - Inscrite 20 mai 2010 14 h 42

    Le Salaire

    Qui nous dit que Charest ne n'aura pas ce même 75.000autrement sans qu'on le sache.Autre question a-t-il payé de l'impot sur cet argent qu'il a reçu depuis plus de 10ans?

  • Paul Rodgers - Inscrit 20 mai 2010 15 h 44

    Et si...?

    En 1998, Michel Vastel annonçait qu'un pont d'or de 3,3 millions $ avait été créée pour faciliter la traversée au Québec du Messie Charest. Cette affirmation ne fut jamais contredite ni dénoncée comme fausse.

    À eux seuls les revenus de placements générés par ce fonds seraient supérieurs à la rallonge annuelle de 75,000$ payée par le PLQ à celui qui se dit près s'en départir sans pour autant avoir à ajuster son style de vie en conséquence.

    Et si la mission de ce 75,000$ n'était que de servir de paravent à d'autres revenus additionnels toujours gardés secrets dont la divulgation serait à risque par la tenu d'une commission d'enquête publique et indépendante ?

    Il ne faut jamais dissocier Jean Charest de la mentalité douteuse de ses mandataires du Canada anglais qui par l'intermédiaire de leurs mercenaires de service en font subir à l'État du Québec des vertes et des pas mûres.

  • glanglais - Inscrit 20 mai 2010 16 h 24

    Et les pré-arrangements alors!


    Bonjour,

    J'ai connu quelques individus, qui après une carrière politique s'étendant sur un intervalle de 9 à 22 ans, sont devenus millionnaires. Au moins l'un d'eux a toujours été simple député, non-fortuné au départ. Pour certains, les enveloppes brunes continuent à circuler même après avoir quitté leur siège d'élu. Cela dépend de la façon dont la planification des retours a été établie. Y-a-t-il de vrais perdants! Les pré-arrangements ne sont pas exclusivement l'affaire des entrepreneurs de pompes funèbres.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Normand Carrier - Inscrit 20 mai 2010 17 h 11

    Dur cheminement ......

    Jean Charest arrive en politique provinciale et annonce qu'il renonce a sa pension du Canada ! Quel beau geste nous nous sommes dit .....pour apprendre 10 ans olus tard que le parti lui avait versé en catimini $75,000. par année , montant qu'il avait gardé devenu premier ministre en 2003 ....depuis près de trois ans . Jean Charest se bat comme un diable dans l'eau bénite pour justifier et garder ce $75,000. malgré toutes les accusations et allégations envers lui et son parti ....

    Jean Charest consent aujourd'hui a se priver de ce salaire parce qu'il n'a plus le choix et doit remplir cette promesse électorale faite en 2003 de promulger un code d'éthique et répondre un tant soit peu a tous les problèmes d'éthique qui accablent son gouvernement ! Cet homme agit lorsqu'il est poussé a bout et c'est le message recu de tous les payeurs de taxes pour exiger une commission d'enquête indépendante dans la construction .... C'est un bon geste mais un geste obligé et cela enlève beaucoup de mérite et confirme que sa venue en politique fut plus pour son bien que ceux des contribuables ! Surtout s'il est confirmé un jour que les propos de Michel Vastel sont exact a l'effet qu'il aurait recu $3.3 millions pour faire le saut et sauver le Canada .......