Commission Bastarache - Cimon se dit victime d'un jeu politique

Québec — C'est d'abord pour pouvoir se défendre en public que l'avocat Pierre Cimon a choisi de démissionner de son poste de procureur en chef de la commission Bastarache. «Les règles d'une commission comme celle-là faisaient en sorte que je ne pouvais pas m'exprimer, j'étais tenu au silence», a-t-il expliqué au Devoir hier, se disant «victime d'un certain jeu politique».

S'il était resté, a-t-il ajouté, la sérénité du climat dans lequel ses collègues travaillaient en aurait été affectée. Le «cirque médiatique», faisait déjà en sorte qu'il n'y avait presque plus de temps pour s'occuper d'autre chose que des communications, a-t-il raconté. Et le moral des procureurs était atteint. À ses yeux, on a dépassé les bornes lorsque certains ont laissé entendre que sa spécialité dans le droit de la construction l'avait amené à tisser des liens avec des collecteurs du Parti libéral. «C'est d'un ridicule!»

L'avocat soutient que de faire une contribution à un parti politique, comme il le fait au PLQ depuis les années 80, n'est pas un geste «partisan» au sens péjoratif du terme. Il souligne n'avoir jamais participé à des activités partisanes et n'avoir jamais été membre du Parti libéral. «De plus, mes contributions ne m'ont pas fait perdre mon indépendance et mon impartialité», a-t-il insisté. À l'antenne de RDI, il a reconnu qu'il partage les grandes valeurs et orientations du Parti libéral, comme l'attachement au fédéralisme canadien.

M. Cimon reproche à Véronique Hivon, critique du Parti québécois en matière de justice et avocate de formation, d'avoir transposé au monde politique la notion juridique d'apparence de conflit d'intérêts. Ce concept a été maintes fois balisé par les tribunaux, a expliqué M. Cimon. Et si Marc Bellemare avait tenté de la soulever à son endroit devant un juge, il ne se serait pas rendu très loin. Lorsqu'une question d'apparence de conflit d'intérêts est soulevée devant les tribunaux, il faut poser la question à la personne qui est soupçonnée, la laisser s'exprimer, puis laisser une tierce personne déterminer s'il y a raisonnablement ou non apparence de conflit.

À l'antenne de RDI hier, il a affirmé ne pas avoir eu droit à ce traitement puisque Le Devoir n'avait pas tenté de le contacter lors de la préparation du premier article sur le sujet. Or nous avions laissé deux messages téléphoniques à M. Cimon, en plus d'un courriel. M. Cimon n'y a pas répondu. Joint hier, M. Cimon a reconnu avoir reçu ces messages, mais il a soutenu qu'il avait négligé d'y répondre parce que l'objet n'en était pas assez précis.
10 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 20 mai 2010 00 h 11

    Légaliste, sans être légitime

    "M. Cimon reproche à Véronique Hivon, critique du Parti québécois en matière de justice et avocate de formation, d'avoir transposé au monde politique la notion juridique d'apparence de conflit d'intérêts."
    La notion de conflit ne se transpose peut-être pas légalement, mais l'impartialité du processus ne doit laisser aucun doute, qu'il soit légal ou pas. L'enjeu ici, c'est la confiance de la population dans son système de justice.
    S'il ne saisissait pas ça, peut-être n'était-il pas assez compétent pour le rôle qu'il devait occuper.

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 mai 2010 03 h 44

    M. Robitaille, soyez précis...!

    M. Pierre Cimon a dit à RDI qu'il n'avait pas répondu à vos messages parce que l'objet n'était pas mentionné. Il me semble que c'est vous qui fabriquez cette notion du manque de précision. Il y a une différence entre un objet qui n'existe pas et un objet qui n'est "pas assez précis".

    Il me semble que c'est vous qui n'êtes pas assez précis.

  • michel lebel - Inscrit 20 mai 2010 07 h 05

    Unn argumentaire non convaincant

    Soyons sérieux. On ne quitte pas un navire parce qu'il y a un peu de houle. Et puis les médias, on'a qu'à se mettre à "off" et faire son boulot. Votre argumetaire ne me convainc pas, Me Cimon.

  • Sanzalure - Inscrit 20 mai 2010 08 h 16

    Commission bidon

    Pendant que les coqs et les dindons font les fanfarons dans la bassecour, la population est encore maintenue dans l'ignorance.

    Nous savons qu'il y a plusieurs problèmes dans les coulisses du pouvoir, l'intégrité et l'impartialité de la classe politique dépendra du choix de chacun de ses membres entre faire sortir le chat du sac ou noyer le poisson.

    Serge Grenier

  • Jacques Gagnon - Abonné 20 mai 2010 10 h 28

    Qui a politisé la chose ?

    On étale ici au grand jour le système que l'on dénonce. Ce n'est pas un hasard que monsieur Cimon ait été libéral. Le contraire ne se serait jamais produit, i.e. un procureur ayant une affinité avec les autres partis. C'est justement cela qui importe, au moins se disent-ils, celui-là est dans notre camp politique.

    Remarquez combien monsieur Cimon partage la mentalité du gouvernement quand il mélange les choses en disant que jamais ce genre de critère n'aurait servi à la nomination d'un juge. Quand monsieur Dupuis nous serine que la police fait son travail, il tente de cacher que son problème n'est pas criminel, mais amoral politiquement. On aura beaucoup de difficulté à prouver que le bonus ou le cadeau de Noël reçu du patron sert à rembourser le don, tout cela étant parfaitement «légal».

    Car, il s'agit bien de politique ici. Nous ne sommes pas dans une enquête judiciaire. Nous voulons savoir si le politique influence la nomination des juges.