Marois s’engage à déclencher une enquête publique sur la construction et le PLQ

Drummondville—Pauline Marois promet d'effectuer, lorsqu'elle sera au pouvoir, une enquête publique «sur les liens entre l'octroi de contrats gouvernementaux et le financement du Parti libéral».

La chef péquiste a pris cet engagement devant quelque 500 de ses militants, ce matin, à l'ouverture du colloque du Parti québécois. Sur un ton presque électoral, elle a déclaré qu'une telle enquête permettrait de «restaurer le lien de confiance qui rattache les citoyens à leurs élus et à leur État», un lien qui a été mis à mal par la «déroute» du gouvernement de Jean Charest.

La chef péquiste a martelé ses engagements en ponctuant ses phrases d'un leitmotiv, «je le ferai»: «Restaurer le système de financement des partis politiques: je le ferai. Il faut resserrer les règles d'éthiques des ministres, des élus, un commissaire à l'éthique indépendant, protéger le système de nomination des juges, je le ferai. Et surtout, surtout, je peux vous assurer qu'un jour, la lumière sera faite sur les liens entre l'octroi de contrat gouvernementaux et le financement du Parti libéral, une enquête publique, une enquête transparente une enquête qui ira au fond des choses, je le ferai.»

Mme Marois a énuméré de nouveau une liste de 10 gestes pour «enrayer le cynisme ambiant», rendus publics le 26 avril. L'un de ces gestes, la démission de Tony Tomassi, a été appliqué, s'est-elle réjouie, tout en déplorant que «les motifs évoqués pour justifier son congédiement n’ont rien à voir avec l’ampleur du scandale des garderies libérales». «La carte de crédit de Tony Tomassi ne permettra pas à Jean Charest d’acheter la paix!» Par conséquent, elle a réclamé que le gouvernement demande au Vérificateur général de «faire enquête sur le lien entre le financement du Parti libéral et l’octroi de nouvelles places en garderie».

Mme Marois a cherché à différencier son parti de celui de Jean Charest puisqu'elle craint que ce soit toute la classe politique confondue qui soit entachée par les débats actuels autour de la construction, de la collusion et de la corruption. «J’en prends l’engagement devant vous : nous ne le laisserons pas faire! Je ne permettrai pas que l’on discrédite l’action politique! Nous ne sommes pas des libéraux. Nous sommes le Parti Québécois. Nous sommes le parti des grandes politiques sociales qui ont façonné le Québec d’aujourd’hui», a-t-elle déclaré.
 
Pas de réduction du panier de service

Les péquistes sont réunis en colloque pour une troisième fois depuis un an afin de préparer le nouveau programme de leur parti. Le thème en est «Un gouvernement souverainiste au service des Québécois».

En après-midi, réunis en ateliers, les militants devaient, entre autres, se pencher sur la taille du panier de services offerts par l'État dans le domaine de la santé. Aucun militant n'a proposé de réduction à ce panier de service. L'un d'entre eux a proposé de le faire croître, tandis qu’un autre suggérait de créer un comité pour trancher la question.

En matinée, avant même le débat, le critique en matière de santé, Bernard Drainville avait prévu que les militants refuseraient une telle réduction de la quantité de services offerts. Au terme de l'atelier sur la santé, samedi, M. Drainville a d’ailleurs souligné la qualité du débat, ponctué d’aucune «montée de lait».

Plus tôt cette semaine, le premier ministre Charest avait questionné la chef péquiste en ces termes, à l'Assemblée nationle : «Quels services allez-vous retirer? De quels services allez-vous priver les malades du Québec? Ils ont le droit de le savoir. Que la chef de l'opposition officielle se lève et le dise.»

Lorsqu’elle a annoncé la tenue du colloque, Pauline Marois avait soutenu qu'elle souhaitait réduire la «bureaucratie» de l'État. Hier, dans son allocution, elle a répété : «Nous devons faire en sorte que les Québécois aient accès aux services qu’ils méritent et s’il faut débureaucratiser le système et faire preuve d’audace, nous le ferons!» L'ambition n'a toutefois que très peu filtré des débats d'aujourd'hui. Certains intervenants ont évoqué la possibilité de réduire la taille des agences de la Santé et services sociaux. La députée Danielle Doyer a plutôt réclamé le maintien de l'agence dans les régions.

Une certaine gauche péquiste s’inquiétait des velléités du parti de revoir le panier de service et de «débureaucratiser» l'État. «Un petit coup à gauche, un petit coup à droite. Ça ressemble à un "wiper", ça: or, quand tu fermes le moteur, ça tombe à droite», avait illustré Marc Laviolette, le président du SPQ-libre, en matinée. Ce club politique n'est plus reconnu par le parti, mais ses membres ont décidé de rester au PQ. «On cherche un peu à gommer le mot syndicat dans tous les écrits, c'est fatigant», a noté M. Laviolette. «Mais on est là pareil et on le dit. C'est pour ça qu'on continue à militer au Parti québécois.»

Le programme actuel du PQ a été adopté au dernier congrès, tenu en juin 2005, qui avait été marqué par la démission de Bernard Landry. Contrairement aux Conseils nationaux de jadis, les colloques du Parti québécois n'ont pas pour fonction de produire des résolutions formelles du parti. La «proposition principale», qui consiste en une première version du nouveau programme du parti, doit être déposée le 19 juin. Ce sont les militants réunis en congrès, en 2011, qui se chargeront de la discuter et d'adopter un nouveau programme.
 

17 commentaires
  • Le Voyageur - Inscrite 15 mai 2010 18 h 34

    Le fun d'abord, le sérieux après...

    J'aime bien cette photo. On dirait qu'elle supplie le ciel avec ses larmes pour que ses rêves les plus chers, même les plus absurdes, se réalisent de son vivant.

    Néanmoins, j'appuie cet engagement. Il faut que nos politiciens cessent de nous cacher des mensonges s'ils veulent avoir la confiance de leurs citoyens. L'éthique d'abord!

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 15 mai 2010 19 h 21

    Tiens don'...

    Il me semble qu'au départ, ce que tout le monde réclamait c'était une enquête publique sur la construction, et le financement DES partis politiques". Car il était clair que la loi devait être revue. Et voilà que Mme Marois affirme que si le P. Q. est élu, cette commission d'enquête se fera uniquement sur les liens entre la construction et le parti libéral. Qu'est-ce qui justifie ce coup de ciseaux? Très simple: ça va tellement mal pour le parti libéral, pourquoi ne pas en profiter quand on aura les mains sur le volant pour s'esquiver en soustrayant le P. Q. à cette enquête? Les citoyens en sont à un tel degré d'écoeurement qu'ils n'y verront que du feu...

    Mais madame Marois me semble oublier quelques détails. Il y a malgré tout peu de chance que le P. Q., si jamais il remporte la prochaine élection, soit majoritaire, alors il serait surprenant que l'opposition la laisse passer ce sapin. Et dans le cas contraire, l'oposition ne manquerait tout de même pas de relever cette bizarrerie. De plus... en projetant ainsi de castrer cette future enquête publique, ne risque-t-elle pas de se mettre à dos une partie de l'électorat, qui ira rejoindre les rangs grandissants des désabusés?

    Car il y a des limites à la partisannerie et à la soif du pouvoir. C'est sûr que le parti libéral a toujours eu des coffres mieux garnis, qu'en plus ils ont décidé d'imposer des quotas, au financement, mais il y a aussi le fait qu'il est au pouvoir pour un troisième mandat, ce qui n'était jamais arrivé depuis l'époque de Duplesssis, et qui le rendra d'autant plus vulnérable, disons, lors d'une telle enquête; mais est-il plausible que si elle était enclanchée, l'enquête ne déborde pas sur tous les partis? J'en doute fort, et ce quelque soit le mandat initial. Cela m'amène à penser que... finalement, prévoyante, la "future première première ministre" se dit peut-être que le bon peuple oubliera: M. Charest aura quitté la politique et ses ex ministres en feront autant. On passera à autre chose, car d'ici les prochaines élections, il va en couler de l'eau sous les ponts...

  • Sanzalure - Inscrit 15 mai 2010 20 h 33

    Toute la classe politique est touchée, c'est évident !

    Quand on attrape quelqu'un qui vient de brûler un feu rouge, il n'a qu'à ravaler son orgueil et assumer les conséquences.

    Il appartient à la population et non à la classe politique de déterminer l'ampleur des dégâts. Tous les partis sont collectivement responsables des dérives de n'importe quel de leurs candidats.

    Comme le chef d'une entreprise doit finalement répondre des actes de n'importe quel de ses employés, comme un général d'armée doit répondre des gestes de chacun de ses soldats.

    Serge Grenier

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 15 mai 2010 20 h 36

    Le scandale a sa source

    Toute commission d`enquête doit inclure le bureau du Premier-ministre et ses adjoints politiques dans tous les ministères. Ils sont la ligne dure des abus de biens sociaux et financement illicite.

  • Catherine Paquet - Abonnée 15 mai 2010 20 h 51

    Merci quand même pour votre beau programme...

    Imaginez quel travail il ont fait, toutes les têtes fortes du PQ,réunies en ateliers de réflexion. Principal objectif, quand le parti prendra le pouvoir, en 2013,en 2017 ou après: faire enquête sur le parti adverse.

    Le Québec est promis à un bel avenir avec ce genre de cogitations politiques...