Charest joue sa prime de 75 000$

Jean Charest
Photo: Jean Charest

Québec — Jean Charest veut absolument en finir avec la lancinante question de l'intégrité de son gouvernement. Faisant fi des sérieuses divergences qui séparent toujours les libéraux et l'opposition, le premier ministre Jean Charest a fait part, hier, de sa résolution à faire adopter d'ici le 11 juin le projet de loi 48 sur le code d'éthique et de déontologie des députés, un projet de loi qui crée le poste de commissaire à l'éthique à l'Assemblée nationale.

Alors qu'une crise de confiance secoue toute la classe politique, Jean Charest a choisi d'annoncer cette intention dans un discours devant les élus de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui tient son congrès annuel. Des rumeurs veulent que le chef libéral, pressé par certains de ses députés, soit prêt à renoncer à la rémunération de 75 000 $ l'an que lui donne le Parti libéral du Québec en sus du salaire de 175 000 $ versé au premier ministre par l'État. C'est une condition sine qua non que pose l'opposition officielle pour donner son appui au projet de loi 48.

Jean Charest a refusé hier de parler de sa prime de 75 000 $. Interrogé au sujet de cette encombrante rémunération, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, qui a assisté au discours de son chef, a déclaré: «La question va être adressée [sic]. On va régler les choses.»

Au cabinet de Jean Charest, on n'a pas voulu s'avancer ce sur terrain, ni sur tout autre compromis que le gouvernement pourrait proposer afin de satisfaire l'opposition. L'adoption du projet de loi 48, «c'est une volonté gouvernementale», a dit l'attaché de presse du premier ministre, Hugo D'Amours. «On veut amener le projet de loi en commission parlementaire dès que possible pour faire le débat. On ne veut pas le faire par média interposé.»

Dans le cas du projet de loi 48, le gouvernement serait mal venu d'en imposer l'adoption par bâillon, une possibilité que le premier ministre a semblé écarter hier. D'une part, la tradition parlementaire veut que l'adoption d'un projet de loi de cette nature, qui touche directement tous les députés, fasse consensus parmi les élus. D'autre part, le projet de loi prévoit la création à l'Assemblée nationale du poste de commissaire à l'éthique, dont la nomination doit être entérinée par une majorité des deux tiers des députés. On voit mal comment les libéraux pourraient adopter le projet de loi 48 sans l'appui de l'opposition pour qu'ensuite il soit impossible de nommer le commissaire.

Déposé il y a un an, le projet de loi 48 a fait l'objet d'une adoption de principe en novembre dernier. Il revient au gouvernement de l'appeler pour que commence son étude article par article.

Après l'annonce du premier ministre, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui devait prononcer, elle aussi, un discours devant l'UMQ, a indiqué qu'elle était disposée à travailler avec le gouvernement pour l'adoption du projet de loi. Il y a toutefois deux conditions sur lesquelles l'opposition officielle n'entend pas céder, a-t-elle prévenu: le premier ministre doit renoncer à sa rémunération versée par le parti et il doit être interdit à des ministres de posséder des entreprises qui font affaire avec le gouvernement.

«Le premier ministre ne doit avoir qu'un seul maître, il ne doit répondre qu'à la population du Québec. Et c'est inacceptable qu'il ait une rallonge qui lui est donnée par sa formation politique», a fait valoir la chef péquiste.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, s'oppose à ce qu'un parti politique verse une compensation financière à un élu de l'Assemblée nationale. L'ADQ versait pourtant une rétribution de 50 000 $ à son chef Mario Dumont. «Le parti l'a déjà fait et j'estime que ce n'était pas une bonne idée», a dit Gérard Deltell. Le chef adéquiste ne voit pas «de grandes difficultés» qui empêcheraient l'adoption du projet de loi 48, si ce n'est une certaine précipitation. «Ce n'est pas en brusquant les événements, en lançant un appel devant les victimes collatérales [les élus municipaux] de ses propres problèmes d'éthique que le premier ministre va forcer le jeu», a-t-il déclaré.

Prenant à partie les élus municipaux, Jean Charest a parlé de la «passion» et des «convictions» qui animent les hommes et les femmes politiques. «On peut vivre avec les critiques parce qu'on vit aussi avec nos convictions», a-t-il livré sentencieusement.

Le premier ministre a évoqué les «maladresses» et les «erreurs» que commettent les élus. «Après tout, la politique, c'est fait par des humains.» Mais il faut être «capable de dire qu'il y a beaucoup d'exagération», a-t-il poursuivi. «Depuis l'automne dernier, il faut dire que tout est devenu doutes et soupçons. Tout prend une ampleur démesurée.»

Tout en rappelant que la critique fait partie de la politique «même lorsqu'elle est injuste, même excessivement partisane», le premier ministre a cité un passage d'un discours du président américain Theodore Roosevelt: «Ce n'est pas la critique qui est digne d'estime, ni celui qui montre sur quoi l'homme fort a trébuché [...]. Tout le mérite appartient à l'homme qui descend vraiment dans l'arène, dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui se bat vaillamment et qui erre parfois et commet maintes et maintes fautes. Car il n'y a pas d'effort sans erreurs.»

Dans son discours, Jean a également annoncé que son gouvernement déposera un projet de loi sur un code d'éthique visant les élus municipaux. Laurent Lessard a indiqué que les élus municipaux souhaitent avoir un tel code d'éthique afin de connaître leur «environnement d'affaires» et ils attendent de voir le code d'éthique dont se doteront les députés.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a reconnu hier que les problèmes d'éthique, «ça existe» et qu'il y a «un niveau élevé de cynisme» dans la société, ce qu'il juge «malsain». Refusant de nommer le maire de Montréal, Gérald Tremblay, M. Labeaume s'en est pris à ceux «qui ont mal géré leur ville parce qu'ils n'ont pas été assez allumés pour questionner ce qui se passait dans leur ville». Ils devraient s'excuser, croit le maire de Québec. «On a des problèmes d'incurie dans la gestion municipale et on mange tous la claque pour ça. On passe tous pour des pareils et moi, je suis révolté.» Régis Labeaume s'est dit pour l'adoption d'un code d'éthique pour les élus municipaux et d'une nouvelle loi sur le financement des partis politiques. «Sa vie utile est terminée, elle est dépassée cette loi-là», estime-t-il.
 
43 commentaires
  • Andrew Savage - Inscrit 14 mai 2010 03 h 23

    POUR 75 000 $ ...



    Un code d'éthique que l'opposition estime valoir 75 000 $. Peau de chien c'est pas donné.

    Mais Pauline est prête à négocier sur cette base.

    C'est ce qu'on appelle connaître la valeur des choses.

    Vous croyez vraiment que la virginité s’achète ? C’est vrai qu’avec la chirurgie moderne, on fait presque des miracles.

    Et si après avoir retrouvé sa virginité, monsieur Charest donnait naissance à un nouveau messie, madame Pauline risquerait alors d’être clouée à son fauteuil pour un bon moment.

    Les voies de la Providence sont impénétrables.

    Une chose est sûre : l’éthique n’est qu’un masque, une illusion, une manière de gagner du temps.

    Bref, de l’hypocrisie. Le rôle social des casuistes est connu depuis longtemps. Cacher ce sein que je ne saurais voir…

    Le bon peuple a raison d’être cynique. Ses élites politiques ne sont pas à la hauteur de ses attentes et de ses peines.

    Quelque chose de plus grave doit se passer. Les discours et les vœux pieux ne suffisent plus.

    L’ère des grand craquements est arrivée.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 14 mai 2010 06 h 22

    Le naufrageur

    J'ai envie d'emprunter à J.F.Lisée le titre de son essai sur Robert Bourassa. Ce petit premier ministre a emmené par son laxisme le navire de son gouvernement sur les récifs de la corruption. Certains se sont chargés de le dévaliser pendant que l'équipage regardait aillieurs ,tout comme c'est arrivé au navire de la ville de Montréal.

    Trop tard pour parler d'éthique. Une enquête doit être menée auparavant comme le désire les 80% de la population qui ne profite pas du système.
    Ensuite quand les trous seront colmatés on pourra reprendre la mer!

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 14 mai 2010 06 h 37

    Tiens don'

    La fin de l'article laisse entendre que le maire Labeaume, qui était un des nombreux partisan d'une enquête publique sur la construction et ses liens avec le monde politique, a ramené ses exigences à "une nouvelle loi", sans qu'on sache exactement l'ampleur du problème et qui a enfreint la loi. D'autre part, il semble aussi avoir réduit sa critique au monde municipal...

    Un soif de justice mise au régime?

  • Réjean Hébert - Inscrit 14 mai 2010 06 h 42

    Tête d'âne

    Bonjour,
    Monsieur Charest promet ‘’ un code d'éthique pour les députés ‘’. Ne serait-il pas plus bienfaisant UNE ENQUÊTE PUBLIQUE DE LA CONSTRUCTION. De toute façon, ça va avec tout le reste.
    En tout cas.
    Merci.
    R.H.

  • Naturelebo - Inscrit 14 mai 2010 06 h 55

    De la morale religieuse à la morale étatique:Démocratie Universelle comme solution!

    Aujourd'hui, on sent le besoin d'avoir un code d'Éthique... drôle de coincidence que cela survienne 40 ans après qu'on a flushé la RELIGION et la FOI tout comme flusher le BB avec l'eau du bain.

    Un code d'Éthique, disons la vérité, c'est l'instauration d'une Bible d'État. Vous savez, la dépression qui touche la Personne Québec est grande et l'un des facteurs principaux de cette dépression généralisée est la Chute (non pas de la religion Catholique elle-mm, il faut distinguer la Foi -- partie théologique du religieux -- du code de Vie/façon de vivre des religions -- partie loi et gouvernement des populations du religieux. Voilà, la religion avait et a 2 sens, La Foi et la Loi...

    Que sa loi nous disse plus RIEN = OK, parfait, mm que c cool, mais que la FOI nous disse plus rien = société sucidaire ou là où le suicide individuel est présent / plus élevé !!!

    Le code d'Éthique, OUI, mais c'est pas cela qui va permettre de remonter le taux de vote des Québécois. La vérité est que toutes les démocraties occidentales n'ont pas évolué depuis près de 150 ans et ce, partout en occident.

    La Solution et la seule, l'instauration de la Vraie Démocratie Universelle. La démocratie Universelle, c'est tout le monde citoyen peut voter sur tous les projets de loi par une platforme web qui serait sécurisé au même niveau que les comptes bancaires personnels en ligne.
    Il faut se souvenir que le principe des représentantEs était pour accomoder l'impossibilité de Communication à l'intérieur du pays entre toutEs les citoyenNEs.
    Dans la démocratie Universelle, on garde les DéputéEs, mais, sur une période de 2 ou 3 générations, leur pouvoir serait de plus en plus symbolique, un peu comme les Gouverneurs/lieunants gouverneurs au début des Parlements, ils avaient tout le pouvoir, mais la transition s'est faite et, petit à petit, ils ont gardé le droit de VETO, mais ils doivent entériner le Vote du Parlement.

    La Démocratie Universelle se peut et c'est un mensonge de ne pas y croire, ou non, je m'escuse, c'est d'un manque de FOI pathologique dont il s'agit surtout lorsqu'on est, comme moi, sur le web dans tous ses comptes bancaires...

    Avant de jeter aux poubelles l'idée,,, pensez-y au moins une minute !!!

    Pour plus d'information sur la Démocratie Universelle, mon blogue est le: naturelebo.blogspot.com, un billet sur la question s'y trouve. L'IDÉE EST À CONSTRUIR, CE N'EST QUE L'EMBRYON
    Merci !!!