L'hommage à Bourassa vire en querelle au Salon bleu

Québec — Un hommage à Robert Bourassa à l'occasion du 40e anniversaire de sa première élection a dégénéré en foire d'empoigne hier à l'Assemblée nationale. C'est pourtant de concert avec les partis d'opposition que Jean Charest avait déposé une motion reconnaissant «son immense contribution à l'édification d'un Québec moderne».

Premier à parler, M. Charest a surtout fait l'éloge des ambitions hydroélectriques de Robert Bourassa, devenu premier ministre à 36 ans, a-t-il insisté, avant de souligner que le chef libéral avait sacré le français «langue officielle» du Québec et créé le Conseil du statut de la femme.

C'est pendant l'allocution de Pauline Marois que les choses se sont gâtées. La chef péquiste a soutenu que «le gouvernement actuel se détache [...] de la pensée de Robert Bourassa». Ce dernier, a-t-elle dit, «n'a jamais hésité à prendre son bâton du pèlerin [...] pour que le Québec s'épanouisse au sein du Canada», que ce soit à Victoria ou, plus tard, à Meech. Au sujet de Meech, Mme Marois a rappelé que M. Bourassa avait dénoncé le rapport piloté par Jean Charest — à l'époque ministre dans le gouvernement Mulroney — en ces termes: «Parce que le Québec n'est pas compris du Canada anglais, on propose des exigences qui nous sont inacceptables.»

Lorsque la chef péquiste a lancé qu'il n'y avait rien de surprenant à ce que le gouvernement actuel à Québec «n'ait pas de position constitutionnelle sous prétexte que le fruit n'est pas mûr», des libéraux ont commencé à grommeler. Leur colère a vraiment éclaté lorsque la chef péquiste a souligné que Robert Bourassa n'avait pas hésité à créer la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO), en 1972; puis, en 1974, la commission Cliche. «L'emprise du crime organisé sur certains secteurs de la société était telle que le gouvernement se devait d'agir», a-t-elle dit.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, s'est alors levé pour invoquer l'article 35 du règlement selon lequel «quand on prend la parole en [...] Chambre, [...] on ne peut pas avoir des propos qui sont de nature à susciter des débats». Les ministres Michelle Courchesne et Line Beauchamp ont alors crié aux péquistes: «Vous devriez avoir honte», les accusant de détourner un hommage parlementaire de manière étroitement partisane. Des péquistes, comme Martin Lemay, ont rétorqué en lançant: «Vous êtes comme le régime Taschereau!»

À voir en vidéo