Garderies: le vérificateur général enquête

Tony Tomassi
Photo: Clément Allard - Le Devoir Tony Tomassi

Québec — Tandis que le ministre de la Famille, Tony Tomassi, est assiégé par l'opposition officielle pendant l'étude des crédits de son ministère, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, confirme qu'il s'apprête à entreprendre des «travaux préliminaires» en vue de procéder à une enquête sur les services de garde.

Renaud Lachance, qui participait à une conférence de presse aux côtés du nouveau commissaire au développement durable, Jean Cinq-Mars, a révélé hier qu'il avait fait parvenir au ministère il y a deux semaines une lettre pour annoncer qu'il fera des travaux préliminaires en vue de déterminer s'il y a un «potentiel de vérification» et, si tel est le cas, définir quel serait l'objet de la vérification. «C'est des procédures standards, a souligné Renaud Lachance. Lorsqu'on va dans un ministère, on envoie une lettre annonçant les travaux préliminaires. Dans cette lettre-là, on regarde l'ensemble des activités.»

Le vérificateur général a soutenu qu'il aurait indiqué son intention de procéder à ces travaux même en l'absence de la controverse politique qui entoure l'attribution des places en garderie. «J'ai envoyé cette lettre pour deux raisons. La première raison, c'est que c'est un ministère au budget important — plus de deux milliards de dollars. Et ça fait plus de dix ans qu'on n'a pas conduit de vérification dans leur ministère.»

Malgré toute la délicatesse que M. Lachance y met, le vérificateur général avait tout de même sourcillé le mois dernier lorsque des allégations avaient surgi concernant l'existence d'un marché de revente de permis de garderies privées, ce que le Parti québécois avait qualifié de «racket». Le vérificateur général peut se donner lui-même un mandat d'enquête s'il croit que des accrocs présumés dans la gestion des fonds publics doivent être examinés. Il y a un peu plus d'un mois, sa porte-parole, Raymonde Côté-Tremblay, avait souligné à La Presse le nombre important de présumées irrégularités qui circulent quant à l'attribution de places subventionnées à des garderies privées. «Ça mérite qu'on évalue la pertinence de faire un mandat de vérification ou pas», avait-elle dit.

Échanges houleux

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, Tony Tomassi a encore été la cible d'attaques de la part du député de Gouin et critique de l'opposition officielle en matière de services de garde, Nicolas Girard. Reprenant une information diffusée sur le réseau TVA, le député a demandé au ministre si c'était «encore le fruit du hasard» que l'entreprise Garnier Construction, qui appartient à un de ses amis et donateurs à la caisse du Parti libéral, Joe Borsellino, ait réalisé des travaux pour une des garderies de Josephine et Loredana Primiani, deux ex-membres de la direction de Lafontaine, la circonscription que représente M. Tomassi. Les deux militants ont obtenu 178 places pour trois garderies depuis 2003.

Le ministre a répondu que contrairement aux centres de la petite enfance (CPE), les coûts de construction d'une garderie privée sont à la charge exclusive de son propriétaire. Un CPE, qui est une organisation sans but lucratif, doit procéder par appel d'offres puisque c'est l'État qui assume le coût des immobilisations; par contre, le propriétaire d'une garderie privée peut choisir l'entrepreneur qu'il veut.

Mais ce n'était là qu'un hors-d'oeuvre pour Nicolas Girard.

Durant l'étude des crédits du ministère qui a suivi, le député a répété à plusieurs reprises la même question: «Est-ce que le Groupe Genco ou une autre entreprise apparentée, qui appartient à la famille du ministre, a réalisé des travaux de construction ou de rénovation dans des garderies?» Sans obtenir de réponse. Le ministre s'est contenté de répéter ce qu'il avait dit pendant la période de questions. «Même réponse», a-t-il répliqué chaque fois que le député péquiste revenait à la charge. L'étude des crédits fut particulièrement houleuse: outrée, la députée de Taschereau, Agnès Maltais, s'est indignée du fait que la sous-ministre remette un document au whip libéral, Pierre Moreau, sans que l'opposition puisse en obtenir copie.

Dans la déclaration d'intérêts que tout ministre doit remettre au premier ministre, Tony Tomassi affirme qu'il est propriétaire d'une société immobilière, le Groupe Immobiliare-Genco inc. Il a précisé hier que cette entreprise n'était aucunement active dans le domaine de la construction.

Son père, Donato, est actionnaire majoritaire de 9057-8808 Québec inc., ou Groupe Genco, dont les activités décrites dans le registre des entreprises sont: entrepreneur général, restauration après sinistre. Une autre entreprise, dont Dino Tomassi est actionnaire majoritaire, Les Entreprises de construction Genco, est active dans la construction, selon le registre.

Or, selon les vérifications faites auprès de la Régie du bâtiment du Québec et de la Commission de la construction du Québec, ces deux entreprises n'ont pas de permis d'entrepreneur et ne sont pas actives dans le domaine. Dans le cas du Groupe Genco, il n'a plus de permis d'entrepreneur depuis août 2005.
18 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 29 avril 2010 06 h 59

    Charest réaffirme sa confiance en Tomassi

    Et le reste de la population n'a plus confiance à ni l'un ni l'autre.

    Serge Grenier

  • Gael - Inscrit 29 avril 2010 07 h 22

    ENFIN!!!!!!

    on aura peut être des réponses sur toutes ses malversations et on va peut être foutre un ministre dehors

  • Assez merci - Inscrit 29 avril 2010 07 h 22

    Les bouffons

    J'ai revu Le Temps des Bouffons de Falardeau et je voyais charest, tony, lise thibeault et arcurso parmis les invités.

    Imagination ou réalité!

    Les payeurs de taxes comme les seveurs à gants blanc.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 29 avril 2010 07 h 47

    Les scandales se bousculent

    Hier les garderies, aujourd`hui les FIERS et bien d`autres connus et à venir. L`enquête devrait partir du bureau du Premier-ministre. Les champîons magouilleurs doivent avoir un chef après tout. Ça commence avec la gourmandise du Parti Libéral du Québec qui veut se créer une cagnotte en vu des élections et autres besoins sans définition. Omerta et Cosa Notra ne pourraient pas mieux faire. Le Cabinet entier contribu à l`effort de levée de fonds après tout.

  • Bernard Gervais - Inscrit 29 avril 2010 08 h 25

    L'esprit de famille du ministre Tomassi

    On savait déjà, grâce aux révélations du députés Nicolas Girard, que le ministre Tony Tomassi avait politiquement l'esprit de famille. Le fait qu'il ait favorisé comme jamais les membres donateurs de la famille libérale pour l'octroi de permis et de places dans les garderies privées en est la preuve éclatante.

    Cependant, comme si ce n'était pas assez, des informations diffusées par TVA laisseraient aussi entendre que des entreprises de sa propre famille auraient obtenu des contrats pour la construction et la rénovation de certaines de ces mêmes garderies !

    Interrogé par l'opposition à ce sujet, le ministre, comme toujours, a continué contenté de nier ou de chercher à nous faire croire que cela ne serait qu'un pur hasard !

    Franchement, il y a quand même des limites à prendre la population pour une bande de cruches !