Christine St-Pierre veut une politique linguistique «exemplaire»

Selon la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, la nouvelle politique linguistique «va nous mettre à l’an 2010». Elle remplacera la politique actuelle, qui date de 1996.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Selon la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, la nouvelle politique linguistique «va nous mettre à l’an 2010». Elle remplacera la politique actuelle, qui date de 1996.

Québec — La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, entend doter l'administration publique d'une politique linguistique «costaude», un projet qu'elle présentera cet automne au Conseil des ministres. Mais la ministre n'a pas attendu pour «passer des commandes à ses collègues» pour faire en sorte que tant la lettre que l'esprit de la Charte soient respectés.

L'intervention de l'Office québécois de la langue française (OQLF) a déjà permis de corriger certaines aberrations, notamment à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) et à la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST).

«Il faut que l'État soit exemplaire», a souligné Christine St-Pierre dans une entrevue accordée au Devoir cette semaine, reprenant l'objectif qu'elle s'était fixé il y a deux ans. «La nouvelle politique va nous mettre à l'an 2010.» Elle remplacera la politique actuelle qui date de 1996. «La politique, il faut quand même qu'elle soit costaude.»

Encore faut-il que l'administration publique se conforme à la politique linguistique actuelle et respecte la Charte. Depuis un an, l'OQLF a demandé à plusieurs ministères de modifier leur service de réponses téléphoniques, ce qu'il est convenu d'appeler le «press 9». Christine St-Pierre a aussi demandé «qu'on analyse à la RAMQ comment ça se passe avec les nouveaux arrivants».

Mémos et directives

À la fin mars, la direction de la RAMQ a réuni les employés du bureau de Montréal afin de leur faire part des nouvelles directives concernant les pratiques linguistiques, a par ailleurs appris Le Devoir. Plus question d'utiliser l'anglais avec la «clientèle» à moins que le client ne demande expressément qu'on s'adresse à lui en anglais. La RAMQ s'est fait rappeler à l'ordre et elle est dans le collimateur de l'OQLF.

Mercredi dernier, le président du conseil d'administration et chef de la direction de la CSST, Luc Meunier, a envoyé un mémo aux employés de l'organisme. Il a rappelé que la CSST doit se conformer aux règles de l'OQLF. La Charte de la langue française stipule que l'État doit communiquer avec les entreprises en français seulement, un article de la loi que la CSST enfreignait. Dès lundi, le service téléphonique de la CSST destiné aux employeurs sera uniquement en français. «Pour nous conformer aux exigences de l'OQLF, je m'attends à ce que tout le personnel de la CSST utilise le français dans ses conversations avec les employeurs, fournisseurs et les partenaires», écrit Luc Meunier dans ce mémo dont Le Devoir a obtenu copie.

«Il faut qu'ils sentent qu'il y a quelqu'un qui les surveille», a fait valoir, pour sa part, Christine St-Pierre.

Des progrès

La situation s'améliore tant à la RAMQ qu'à la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), deux portes d'entrée de l'État pour les nouveaux arrivants, a soutenu la ministre. Ainsi, selon les données fournies par la RAMQ pour 2009, l'organisme communique en anglais avec 32 % des nouveaux arrivants, alors qu'il y a cinq ans, ce pourcentage était de 40 %. C'est davantage que les 18 % d'immigrants, arrivés en 2009, qui ne parlaient qu'anglais. À la SAAQ, on communique en anglais avec 28 % des nouveaux arrivants. «Il faut que ça s'améliore davantage, sans brimer les droits des anglophones», estime Christine St-Pierre.

À la RAMQ, le tiers des nouveaux arrivants obtient donc un «code de langue anglaise», ce qui leur permet de recevoir de l'État québécois des services en anglais leur vie durant alors qu'en principe, on s'attend à ce qu'ils se francisent. Christine St-Pierre voudrait bien que cela change: elle a demandé à ses fonctionnaires de concevoir un mécanisme pour que les nouveaux arrivants desservis d'emblée en anglais par l'État puissent l'être en français après une certaine période. «À un moment donné, la deuxième carte d'assurance maladie... Comment est-ce qu'on fait en sorte qu'on leur dise: bien là, vous avez eu votre chance? a dit la ministre. Je pensais que c'était bien simple: un mécanisme genre carte de crédit [...]. Automatiquement, ta carte de crédit n'est plus bonne.»

Mais voilà, enlever le privilège à un immigrant de se faire servir par l'État n'est pas si simple, s'est-elle rendu compte. «Je leur ai demandé de le trouver [le mécanisme], ils ne l'ont pas encore trouvé. Ils cherchent encore.»

Pour la ministre, il n'est pas question de toucher à la loi 101, mais simplement d'adapter la politique linguistique de l'administration publique, qui découle de la Charte, aux nouvelles réalités technologiques. «En 1996, les nouvelles technologies n'étaient pas ce qu'elles sont maintenant. La technologie, ça va à une vitesse folle», a fait observer la ministre. Pour préparer cette politique, le sous-ministre associé responsable de l'application de la politique linguistique, Jacques Gosselin, a passé en revue 36 ministères et organismes publics. Il a fait ses recommandations à la ministre, qui les garde pour le Conseil des ministres.
20 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 24 avril 2010 07 h 10

    Beaucoup de mots madame Saint-Pierre ......

    Notre ministre de la culture parle beaucoup mais rien ou presque ne se concrétise ! Elle ne veut surtout pas toucher a l'anglicisation de Montréal et arrêter l'anglicisation des immigrants dans leur milieux de travail . Durant ce temps les budgets diminuent pour l'enseignement du francais aux nouveaux arrivés et pour revitaliser la loi 104 , les libéraux ont exclue la clause dérogatoire ......

    Il serait temps que les bottines suivent les babines car les babines elle les fait aller continuellement et la c'est le tour des services para-gouvernementaux ou elle veut s'attaquer ! Depuis sa nomination , les résultats sont a tous le moins très minces et il serait temps pour elle de faire un bilan concret de ses réalisations car elle n'échappera pas a ces rumeurs de remaniement ministérielle ou son poids au conseil des ministres est celui d'un poids plume ou elle se bat avec Yolande James pour se partager les piètres résultats sur la langue ......

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 24 avril 2010 09 h 35

    Saint-Pierre l`exemplaire!

    De la foutaise sans protection de la majorité. Les balises seront comme les levées de la Nouvelle Orléans face à Katrina. Les débordements furent catastrophiques. Christine n`a aucun respect pour les besoins des francophones. Elle se marre dans son carré de sable. Mais qui représente-t-elle cela? Cette mauviette n`a aucun courage. Et pourquoi pas la retourner faire du journalisme à Ottawa!

  • Pierre Simard - Inscrit 24 avril 2010 11 h 06

    Mensonge et manipulation au menu

    Récapitulons:

    - Prise du pouvoir par les libéraux sous prétextes mensongés (baisse de 1 milliard/ans), mise en place de la "réforme" de francisation des immigrants. Les sessions se condences et les heures de cours augmentent de ~ un tier par semaine. Dans la p'tite tête des libéraux, c'est comme si les immigrants avec juste ça à faire lorsqu'ils arrivent au Québec. Résultats = augmentation des difficultées d'apprentissage.

    - Avec le budget actuel, les libéraux réduisent l'$ pour les cours de francisation des immigrants. Est-ce que la statégie du parti politique dépendantiste des libéraux est d'augmenter le nombre d'élèves par cours? Bravo St-Pierre!! Belle manière de miner les efforts des immigrants pour apprendre une langue qui n'est pas la leur. Rien de mieux que les corder dans un groupe surabondant afin que l'attention de l'enseignant(e) soit dilluée dans une masse de gens nécessitants justement cette attention.

    - Allez pas croire le très petit homme charest lorsque des sons sortent de ce qui lui sert de bouche! Il prépare sa sortie du Québec pour le canada. Ce n'est donc pas dans ses intérêts de travailler pour le Québec.

  • Jacques Lafond - Inscrit 24 avril 2010 12 h 19

    La mouche qui dérange ...

    Le québécois francophone se meurt. Le québécois francophone se laisse complètement manger la laine sur le dos. Le québécois francophone finance lui même sa disparition éminente.

    Un anglophone à Montréal peut parfaitement et complètement faire sa vie exclusivement en anglais et le fait français pour lui est comparable à une espèce de mouche à marde qui dérange un peu et qui va finir par partir.

    C’est ça la réalité de la ‘’minorité’’ anglophone du Québec.

    lafond.overtime@@gmail.com

  • Roland Berger - Inscrit 24 avril 2010 15 h 34

    De l'acharnement

    Christine St-Pierre fait montre d'acharnement. La politique linguistique de son parti est déjà exemplaire. Elle balise doucement mais très efficacement la disparition de la langue et de la culture de la majorité des Québécois.