Front commun contre Boulet

Dans une rare unanimité à l’hôtel de ville de Montréal, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, la chef de l’opposition officielle, Louise Harel, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ainsi que le maire de Westmount et chef de fil des 15 villes défusionnées, Peter Trent, ont dénoncé vertement, hier, l’intransigeance du ministère des Transports.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans une rare unanimité à l’hôtel de ville de Montréal, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, la chef de l’opposition officielle, Louise Harel, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ainsi que le maire de Westmount et chef de fil des 15 villes défusionnées, Peter Trent, ont dénoncé vertement, hier, l’intransigeance du ministère des Transports.

Frustré que Québec ait refusé net son projet de remplacement pour l'échangeur Turcot, le maire Gérald Tremblay a demandé hier l'intervention du premier ministre Jean Charest. Mais il n'était pas seul à faire cette requête puisque pour une rare fois, les chefs des partis d'opposition, Louise Harel et Richard Bergeron, ainsi que le maire de Westmount, Peter Trent, ont joint leurs voix à la sienne.

Le maire Tremblay ne digère pas le rejet catégorique qu'a réservé la ministre des Transports, Julie Boulet, à la proposition d'aménagement de l'échangeur Turcot que son administration a rendue publique mercredi. C'est entouré de Mme Harel et de MM. Bergeron et Trent, que le maire s'est présenté devant les représentants des médias en fin d'après-midi hier.

Il a relaté la conversation téléphonique qu'il a eue avec Mme Boulet quelques heures plus tôt. La ministre lui a fait savoir que la proposition de la Ville était trop coûteuse et que le gouvernement irait plutôt de l'avant avec son propre projet. Le maire était d'autant plus mécontent que la ministre a été incapable de lui fournir les évaluations faites par le ministère des Transports du Québec (MTQ) pour justifier sa décision. «Elle m'a mentionné que j'aurais cette information d'ici quelques jours, a-t-il dit. C'est un peu surprenant qu'avec les chiffres qui circulent auprès des journalistes depuis un certain temps, on n'ait pas accès immédiatement à ces données financières.»

Le maire, appuyé par ses alliés, a demandé à Jean Charest d'intervenir auprès de sa ministre, car, a-t-il fait valoir, il ne s'agit pas uniquement d'un projet de transport, mais également d'un projet de revitalisation urbaine et de développement économique et social.

Rappelons que contrairement au MTQ, qui entend abaisser l'échangeur près du sol en aménageant des talus, la Ville suggère la construction d'une structure circulaire en hauteur de manière à réduire la superficie occupée et éviter les expropriations. Elle souhaite également que le futur échangeur ait une capacité routière réduite et que l'offre en transport collectif soit accrue. Montréal reproche au MTQ de ne jamais l'avoir traitée comme un véritable partenaire dans ce projet qui aura des impacts importants pour les Montréalais.

Les quatre élus estiment que le premier ministre ne peut ignorer les revendications qu'ils expriment au nom de l'ensemble des citoyens de l'île de Montréal. «Ça transcende les affaires de compétition entre élus et notre passé», a indiqué le maire de Westmount, Peter Trent, qui préside aussi l'Association des municipalités de banlieue. «Je pense que c'est un projet qui touche tout le monde. On a une seule chance de refaire Turcot et nous avons une proposition supérieure [à celle du MTQ].»

Le maire Tremblay soutient que la Ville de Montréal est en droit d'émettre des doutes quant aux estimations faites par le MTQ pour son propre projet. Selon lui, le MTQ a maintes fois démontré dans le passé que ses projets d'infrastructure pouvaient donner lieu à des dépassements de coûts importants, citant à titre d'exemple le rond-point L'Acadie, dont la rénovation a coûté 112 millions au lieu des 58 millions prévus.

Coûts excessifs

Mais Julie Boulet est catégorique: les Québécois n'ont pas les moyens financiers d'acquitter la facture d'un échangeur circulaire «trois fois plus cher» qu'un échangeur sur remblais, a-t-elle expliqué au Devoir. «Le gouvernement ne paiera pas six milliards de dollars, car on peut la faire [l'infrastructure] à deux milliards, deux milliards et demi», a-t-elle ajouté. De plus, les structures en hauteur, comme celle suggérée par les élus montréalais, ont une espérance de vie plus courte, a-t-elle signalé.

Julie Boulet s'est défendue d'avoir fait la sourde d'oreille à l'administration Tremblay. «On n'a jamais été inflexible. On a travaillé en collaboration [avec la Ville de Montréal] et notre projet a été amélioré et bonifié constamment au cours des derniers mois», a-t-elle affirmé.

Par exemple, si la dernière mouture du projet va de l'avant, le MTQ procéderait à l'expropriation des dizaines de résidants du 780, rue Saint-Rémi, mais renoncerait à obliger les résidants des rues Desnoyers et Cazelais à abandonner leur propriété, comme le réclamaient les élus et des groupes de pression montréalais. «S'il y a certains éléments du projet de la Ville qui peuvent être intégrés au projet du ministère, on le fera», a assuré Mme Boulet.

Elle a aussi mis l'accent sur la désuétude de l'échangeur et la nécessité de le remplacer rapidement. La mise en service de l'échangeur proposé par le MTQ est fixée à 2017, comparativement à 2022 pour le projet de la Ville de Montréal.

Le député de Verchères et porte-parole du Parti québécois en matière de transports, Stéphane Bergeron, a dénoncé l'empressement de la ministre à rejeter la proposition de la Ville de Montréal. «C'est un manque de respect à l'égard des élus montréalais», a-t-il lancé.

L'opposition reproche aussi au gouvernement de manquer de transparence en ne rendant pas publique la nouvelle mouture du projet, qui, signale-t-il, ne tient pas compte des coûts sociaux et en santé qu'il entraînera. «Jusqu'à présent, ça semble être une affaire qui se passe dans des officines, derrière des portes closes et ça ne convainc personne.»

Bien que l'échangeur se trouve sur son territoire, Montréal n'a aucun recours pour empêcher le gouvernement de lui imposer son projet puisque les infrastructures appartiennent au MTQ. La Ville mise donc sur les seules armes dont elle dispose, soit l'opinion publique et la persuasion, pour tenter de faire fléchir Québec.

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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
31 commentaires
  • Renaud Guénette - Inscrit 23 avril 2010 00 h 41

    L"aveugle

    Le gouvernement québécois fait la sourde oreille. Pour une fois qu'il y a un consensus à Montréal, il devrait peut être l'écouter. J'ai écrit un courriel à tous les dirigeants de partis à Montréal les enjoignant de faire front commun face à Québec. Certains semblent oublier que la voie de contournement (autoroute 30) sera effective dans quelques années. Pour soulager la pression de l'achalandage à Montréal, il faut réduire certaines voies ( Axe est-ouest) et permettre la libre circulation Nord-Sud pour desservir nos voisins qui doivent traverser l'ile de Montréal.

    Mais, ce que je trouve plus important, c'est que Montréal retrouve son autonomie.

    Certes, ce projet de l'échangeur Turcot est problématique.

    Voici mon analyse:

    1. Dans le futur, avec la venue du parachèvement de l'autoroute 30, nous n'aurons plus besoin d'un échangeur aussi volumineux.

    2, Dans une politique visant l'arrêt de l'exode des citoyens, la construction de nouveaux quartiers n'est pas à négliger. ( Et quand je dis quartiers, ce n'est pas une rue de 500 pieds avec 2 maisons)

    3. La création d'espaces verts dans une zone aussi dévastée ne peut qu'améliorer la qualité de vie des citoyens vivant autour. Je peux vous en parler. J'
    ai demeuré sous ce monstre de béton.

    4. L'apport de transport en commun, de même que la mise en place d'un système de tramway m'apparait comme bénéfique dans un secteur de la ville qui en a tant besoin.

    Je ne suis pas riche. Mais, je préfère payer 6 milliards pour régler un vieux problème que de faire le radin et payer le reste de ma vie et demander à mes descendants de continuer.

  • legada - Abonné 23 avril 2010 00 h 42

    La cause du problème

    La région de Montréal est mal représentée à l'Assemblée Nationale.

    Un citoyen de cette région a le poids d'environ 1/2 citoyen du reste du Québec à cause de concept archaïque qui date des voitures à chevaux et de la poste comme seul moyen de communication.

    Et en plus, le Premier Ministre est pratiquement certain qu'une grande partie des Montréalais peut importe ce qu'il va faire vont voter pour lui.

    Pourquoi écouter l'administration de Montréal, ce n'est pas payant politiquement!

    Daniel Legault

  • Jacques Morissette - Inscrit 23 avril 2010 03 h 39

    Le front commun a une grosse pente à surmonter.

    Je suis d'accord avec ce front commun. Sauf qu'ils ont une grosse pente à surmonter. Cette pente est politique et en plus il y a du savon qui les empêche de grimper. Je vais m,expliquer en peu de mots. Le gros budget Bachand nnous signale que le Québec est endetté. Et notre dette nous signale que ce n,est pas le temps de faire des grosses dépenses.

    La réponse, le mur d'objections du bunker est politique. Bien qu'en bout de ligne, la réponse du bunker est démagogique pour signaler devant les caméras des médias qu'eux aussi, du bunker, veulent donner l'exemple vu l'endettement provincial. C'est dans ce sens que je dis qu'il y a du savon sur la pente à surmonter. Le savon, c'est la démagogie. Je pense que le bunker ne lâchera pas l'os. Ils ont trop peur de l'influence des intentions de vote, pour dire impopularité.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 23 avril 2010 03 h 55

    Si Westmount s'en mêle maintenant

    M. Chrest pourrait résister facilement aux pressions des francophones et du maire de Montréal mais aura beaucoup de difficulté à résister aux Anglophones de Westmount qui l'élisent et où il habite. Le maire Tremblay a eu raison de faire appel à ce maire.

    Mme Boulay pourrait être obligée de se rétracter avec les anglophones derrière M. Tremblay sauf que le PQ est aussi derrière M. Tremblay, ce qui devrait être suffisant à M. Charest pour contrer le maire de Westmount. Un vrai problème cornélien ou pire pour notre « premier ». Quand ça va mal.

  • Claude Desjardins - Abonné 23 avril 2010 06 h 36

    Projet régional

    Selon nos ténors municipaux le projet de rénovation de l'échangeur Turcot a un impact régional. Cependant, on pouvait noter l'absence des maires de Longueuil et de Laval à la conférence de presse qui aurait donné du poids à cet argument. Que ce soit le parachèvement de l'autoroute 30 ou de la construction du pont de l'autoroute 25, Montréal n'a jamais voulu mettre son poids politique dans ces projets. Il ne faut donc pas s'étonner de l'absence d'alliés essentiels dans ce projet d'envergure «régional».