Budget: les gens d'affaires gardent leur appui secret, déplore Bachand

Comme le ministre Raymond Bachand, Jean Charest et Michael Sabia ont pris la parole, hier, lors de l’événement Focus stratégique Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Comme le ministre Raymond Bachand, Jean Charest et Michael Sabia ont pris la parole, hier, lors de l’événement Focus stratégique Québec.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, se sent soudainement bien seul dans la défense de son budget et voudrait bien que les gens d'affaires expriment leur appui ailleurs que seulement dans les beaux salons.

«La solitude du politique est assez vaste», a-t-il confié hier aux quelque 300 participants à une journée de réflexion et de discussion sur l'avenir du Québec organisée par la firme de consultant Secor, en partenariat avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). «Avant qu'une décision soit prise, tout le monde a une opinion», a-t-il poursuivi lors d'une brève intervention en fin de journée. «Après que la décision soit prise, ceux qui sont contre s'expriment de façon très forte, alors que ceux qui sont pour, dans les salons à Outremont, vont vous dire: "Bravo Raymond, très bon budget, lâche pas".»

Il se trouvera bien un ou deux organismes pour exprimer publiquement leur appui, a convenu le ministre. «Mais vous, vous ne parlez pas!» a-t-il déploré.

Son auditoire, essentiellement composé de gens d'affaires, avait déjà entamé son autocritique à ce sujet. Invités, en matinée, à discuter en ateliers des principaux freins au développement économique du Québec, les participants à l'événement appelé «Focus stratégique Québec 2010» avaient relevé plusieurs fois durant la plénière de l'après-midi que l'on n'appuyait pas assez les gouvernements lorsqu'ils osaient prendre des décisions impopulaires, mais nécessaires.

Le président-directeur général de la Chambre de commerce, Michel Leblanc, a retenu des discussions qu'il fallait soutenir publiquement «le courage politique» même si cela devait mener parfois à «réduire la taille de l'État et revoir les tarifs à la hausse». Il a noté qu'on avait beaucoup parlé aussi de l'importance de la persévérance scolaire, de la formation professionnelle et de l'intégration des travailleurs étrangers. Il a également joint sa voix aux appels à la valorisation de l'entrepreneuriat et de l'innovation. «Le succès n'est pas un péché. Le succès, et les profits, sont des vertus.»

Marcel Côté, associé fondateur de Secor, s'est dit «très ému» par le niveau de participation à son événement, qu'il a vu comme la preuve de l'intérêt que les gens portent au bien commun. Il a dit espérer que l'on arrive à «briser l'immobilisme» dont serait victime le Québec et qui ferait que son retard économique sur le reste du Canada n'aurait pas bougé d'un iota depuis 50 ans.

L'événement a aussi eu comme orateurs le premier ministre Charest, son ministre du Développement économique, Clément Gignac et le président de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia. Jean Charest en a profité pour présenter un grand tour d'horizon de ses réalisations à la tête du Québec et de ses projets à venir. Il a noté que le Québec était «l'une des sociétés les plus riches du monde» et s'est dit «très optimiste» quant à son avenir.

Quatre étages plus bas, on pouvait voir au même moment quelques centaines de manifestants dénoncer le dernier budget de son gouvernement. Une grande banderole noire avait été déployée dans la rue à l'intention des participants à l'événement et disait: «C'est pas les tarifs qu'il faut hausser. C'est les p.-d.g. qu'il faut virer.»
10 commentaires
  • Marie-Helene Proulx - Abonnée 23 avril 2010 00 h 01

    Hein!?!?

    Les gens dans leur salon d'Outremont et les "gens d'affaires" appuient votre budget, mais sont gênés de le dire? Se pourrait-il que ce soit gênant de dire qu'on appuie un budget "impopulaire", quand on a amplement les moyens de pallier à ce que l'État ne paiera plus pour soi, et amplement les moyens de faire face aux hausses de taxes, quand on sait que le monde ordinaire voit s'envoler en fumée le petit surplus qu'il lui restait pour se payer un peu de bon temps en famille, ou un RÉER?

  • mark - Inscrit 23 avril 2010 01 h 56

    A Bon

    C'est comme si il venait de dire que le budget a été fait pour Outremont et les compagnies. Ben cou'donc.

  • richardle - Abonné 23 avril 2010 08 h 06

    Le vent du large

    La psycho-pop naïve à la quelle se livre le grand argentier en dit plus que ses grands discours: il voulait favoriser les riches mais ces gens-là n'ont pas la reconnaissance facile surtout quand il fait venteux dans la rue.
    Richard Lépine

  • Sanzalure - Inscrit 23 avril 2010 08 h 49

    Les mêmes qui avaient invité George Bush ?

    Les gens d'affaire ne visent pas tous le bien commun. Il y a d'une part l'économie solidaire, qui fournit des produits et services à la communauté avec une grande passion pour le travail. Et il y a l'économie ordinaire, qui tâche de nous vendre le plus cher possible ce qu'elle nous a acheté le moins cher possible. Le reste du Canada et nos voisins du sud sont passés maîtres dans cette escroquerie. Et moi je suis plutôt fier de ce «retard économique» qui est en fait une «avancée sociale».

    Serge Grenier

  • Jacques Gagnon - Abonné 23 avril 2010 09 h 35

    Le début de la fin

    Quand on commence à dire que les gens ne nous comprennent pas ou se taise ou que l'on communique mal, cela signifie que la fin est proche.