Francisation des immigrants - Québec coupe encore

Dans un document émanant de la Direction régionale de l'île-de-Montréal d'Emploi-Québec dont Le Devoir a obtenu copie, la responsable Francine Boissonneault écrit qu'«en 2010-2011, nous devrons réduire de manière significative l'offre globale de formation à temps partiel en francisation en raison des restrictions budgétaires du FDMT [Fonds de développement du marché du travail] prévues à Emploi-Québec». Jugeant utiles ces cours de français conçus pour les travailleurs immigrants, la responsable a tenté d'obtenir du financement d'un autre organisme gouvernemental, mais sans succès.

Représentant un peu moins de 600 000 $, ces coupes dans la francisation des immigrants visent 35 classes à temps partiel, réparties dans trois cégeps de la région de Montréal. Elles touchent 1050 travailleurs immigrants.

Au cabinet du ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, on reconnaît qu'Emploi-Québec sera touché par des compressions. Mais elles devraient être connues plus tard, a indiqué l'attaché de presse du ministre, Alexandre Boucher. «Ce ne sera pas draconien», a-t-il dit.

Selon les données du ministère, le gouvernement consacrera 1,287 milliard en mesures actives d'emploi pour l'année en cours, soit 13 millions de moins que l'an dernier. De cette somme, le Fonds de développement du marché du travail, qui finançait les cours de français réservés aux travailleurs immigrants, perd 8 millions sur un budget qui s'élèvera cette année à 743 millions.

Ces classes de français destinées aux travailleurs immigrants figuraient pourtant sur la liste des mesures arrêtées lors du Rendez-vous des gens d'affaires et des partenaires socioéconomiques. Organisée par le ministère de la Culture et des Communications, cette rencontre, qui s'est déroulée en grande pompe à Montréal en octobre 2008, cherchait à définir des moyens pour renforcer la présence du français dans les entreprises comptant de 11 à 49 employés de la grande région de Montréal. Quelque 250 représentants du milieu des affaires et du monde syndical, des députés et ministres, ainsi que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, avaient pris part à l'échange réglé comme du papier à musique. L'aréopage avait accouché d'une Stratégie commune d'intervention pour Montréal 2008-2013 qu'avaient signée, notamment, le premier ministre Jean Charest, Sam Hamad, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, et la présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) à l'époque, Isabelle Hudon.

Il y a deux semaines, l'actuel président de la CCMM, Michel Leblanc, a dressé un premier bilan positif des mesures mises en oeuvre depuis octobre 2008 et qui doivent se poursuivre, en principe, pendant cinq ans. «Après une première année de mise en oeuvre, nous constatons que les moyens concrets mis en avant [sic] pour appuyer les petites entreprises dans leurs efforts de francisation commencent à porter des fruits. La mobilisation des milieux d'affaires, des partenaires socioéconomiques et du gouvernement s'est avérée fructueuse et nos efforts conjoints seront maintenus de façon soutenue», avait déclaré Michel Leblanc dans un communiqué.

De son côté, Christine St-Pierre faisait valoir que «le nombre de ministères et d'organismes publics qui collaborent à cette démarche ainsi que la diversité des mesures mises en place témoignent de la détermination et du profond engagement du gouvernement dans le dossier linguistique».

Cette coupe dans la francisation des immigrants à Emploi-Québec s'ajoute à celle imposée au début du mois par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC). Ainsi, 30 classes à temps complet — le ministère avait indiqué au départ qu'il y en avait 31 — ont été abolies, pour des économies annuelles de 5 millions, soit 21 classes de français écrit et 9 classes de perfectionnement en français oral. Il s'agit de 10 % des classes de français à temps complet que le MICC offrait l'an dernier aux nouveaux arrivants.

Le président du Syndicat des professeurs de l'État du Québec (SPEQ), Luc Perron, avait dénoncé cette compression. La FTQ avait qualifié cette coupe «d'économie de bouts de chandelles». La députée de Rosemont et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration, Louise Beaudoin, jugeait «complètement aberrant» que le gouvernement abolisse ces cours de français alors qu'une étude, commandée par le député de Borduas, Pierre Curzi, concluait à l'anglicisation de la région de Montréal. Le 12 avril dernier, environ 2000 personnes avaient manifesté devant les bureaux de la ministre James à Montréal. Depuis, une pétition circule sur le Web pour exiger que Yolande James élimine «du périmètre des compressions gouvernementales toute activité reliée au processus d'intégration des nouveaux arrivants». À ce jour, 1652 personnes ont signé cette pétition.

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