Unis contre le recul du français

L’événement s’est conclu par une marche en direction des bureaux de la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’événement s’est conclu par une marche en direction des bureaux de la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre.

Un grand rassemblement a réuni hier artistes, politiciens et citoyens pour dénoncer le recul du français qu'annonce l'invalidation de la loi 104 par le jugement de la Cour suprême du Canada, en octobre dernier.

L'événement, orchestré par la Société Saint-Jean-Baptiste et 25 partenaires, a pris la forme d'un spectacle efficace rappelant l'histoire de la loi 101, truffé de discours à saveur nationaliste et de prestations musicales et artistiques, dans un Monument-National bondé et survolté. Le comédien Denis Trudel animait la fête.

Charte affaiblie

Le président de la SSJB a donné le ton dès l'ouverture. «La Charte de la langue a été affaiblie plus de 200 fois jusqu'au jugement [d'octobre dernier], a déploré Mario Beaulieu. [...] Cette fois, nous disons non, non à la Cour suprême, non à nos politiciens mollassons qui voudraient encore courber l'échine et jouer à l'autruche. Oui à l'avenir du français du Québec, oui à l'inclusion de tous les citoyens dans un Québec français et libre.»

Les discours du dramaturge Jean-Claude Germain, du député péquiste Pierre Curzi et du chef du Bloc québécois Gilles Duceppe ont déclenché des ovations. «Il faut redonner à la loi 101 toute sa vigueur, son ampleur et son intelligence», a lancé M. Curzi, porte-parole de l'opposition officielle en matière de langue, qui dévoilait la semaine dernière les résultats d'une étude sur le recul du français à Montréal. «Et ça, il faut le faire dès que nous aurons repris le pouvoir.»

«Il faut faire en sorte que les objectifs de la loi 104, avec un autre numéro, s'appliquent, a pour sa part déclaré M. Duceppe. Même en utilisant la clause dérogatoire. Ils [le fédéral et les autres provinces] l'ont utilisée pour rapatrier une constitution dont nous ne sommes pas signataires, on va l'utiliser pour faire en sorte que notre langue soit protégée.»

De nouvelles mesures

Françoise David, porte-parole du parti Québec solidaire, a même proposé des mesures pour renforcer l'application de la Charte de la langue française: abaisser «de 50 à 25 employés le seuil à partir duquel elle devrait s'appliquer» dans les entreprises, offrir des cours de français sur les lieux de travail pour les nouveaux arrivants et des activités artistiques dans les écoles pour faire connaître la «culture de la majorité francophone». «Le français doit devenir la langue de tous les Québécois et Québécoises. C'est la langue de Gaston Miron, de Gabrielle Roy, de Michel Tremblay. Mais c'est aussi la langue d'Amir Khadir, de Kim Nguyen et de Wajdi Mouawad», a-t-elle clamé.

Ces discours étaient entrelardés de pièces d'archives visuelles relatant l'histoire des débats linguistiques, l'émergence des lois 85 et 63, jusqu'à l'adoption de la loi 101, en 1977. Des comédiens, dont Danielle Proulx, Vincent Bilodeau et Dominique Pétain, on lu des extraits de textes ou de discours de figures telles que Henri Bourassa, Jean-Paul Desbiens, Pierre Bourgault, René Lévesque, Camille Laurin, Michel Chartrand, Gilles Vigneault et Félix Leclerc.

Aux portes du bureau de la ministre

e public scandait souvent «Nous vaincrons!», voire apostrophait les intervenants. La manifestation rondement menée pendant près de trois heures s'est conclue en fin d'après-midi par une marche jusqu'aux portes du bureau de la ministre responsable de la langue, Christine St-Pierre.

Les instigateurs du rassemblement, issus de la scène politique, des arts, des milieux syndicaux et des groupes de défense du français, ont formé la Coalition pour l'application de la loi 101 aux écoles-passerelles, en réaction au jugement de la Cour suprême invalidant la loi 104. Adoptée en 2002, la loi 104 colmate une brèche dans la loi 101 qui permet aux parents mieux nantis d'inscrire leurs enfants dans une école privée non subventionnée afin qu'ils réintègrent ensuite le réseau public anglophone.

La ministre Christine St-Pierre a indiqué qu'elle se donnait jusqu'en octobre pour réfléchir aux mesures à prendre dans ce dossier, y compris le recours à la clause dérogatoire.
19 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 12 avril 2010 00 h 32

    La salle était déjà pleine !

    J'aurais bien aimé assister au rassemblement d'hier pour le maintien de la loi 104, mais, à mon arrivée (vers 13h15), la salle du Monument-National était déjà pleine ! Et beaucoup d'autres personnes étaient dans la même situation que moi.

    Un peu déçu mais également content que tant de gens se soient déplacés pour cet événement.

    Heureusement que, par la suite, ce rassemblement a été suivi d'une marche jusqu'à l'entrée de l'édifice où se trouve le bureau montréalais de la ministre Christine Saint-Pierre (un immeuble situé dans le Vieux-Montréal), une manifestation qui, elle aussi, a été un succès.

    De son côté, Madame Saint-Pierre a fait savoir aux médias qu'elle se donnait jusqu'en octobre pour trouver une solution. Espérons qu'elle tiendra compte du message envoyé par les manifestants d'hier. Un dossier à suivre, c'est certain !

  • Pierrecnd - Inscrit 12 avril 2010 06 h 25

    Bon pour parler mais pour agir?

    Ce qui, à mon avis, fait le plus de tort à la langue française c'est notre mentalité à ne pas favoriser le secteur privé de l'économie. J'oubliais, l'homme d'affaires au Québec est un être cupide, sans coeur et sans aucune empathie. Faites les lois que vus voudrez le résultat sera le même, tant que les Québécois francophones s'excluront d'eux mêmes du courant économique Nord-Américain, ce ne sont pas les beaux discours de la SSJB, du PQ, du Bloc ou encore de cette chère Mme David qui donneront au français sa place.

    C'est mon opinion

  • Alain Lavallée - Inscrit 12 avril 2010 07 h 27

    @ pierre canadian

    Vous écrivez ""tant que les Québécois francophones s'excluront d'eux mêmes du courant économique Nord-Américain""

    cela doit aire un bon 30 ans que vous ne vous êtes pas informé des nouvelles économiques... les Québécois francophones ont demandé le libre échange, contre l'avis du ROC... et les descendants de J A Bombardier, ainsi que des entreprises comme Air Transat , Jean Coutu, Couche Tard, Lassonde, SNC-Lavalin, ont pris leur place dans les Amériques...

    informez-vous Monsieur. Le Parti QUébécois dans les années 1970 et 1980 a mis en place une série d'institutions (Caisse de DÉpot) qui ont contribuées à construire ici une économie et des acteurs importants , tout en mettant en place une loi qui nous permettait de nous affirmer en français.. la loi 101, mais le fédéral n'a pas cessé de tenter de la grignoter (200 attaques...) alors aujourd'hui il faut se reprendre en main...

    en Europe Monsieur Pieercdn il y a 27 langues. alors dans les Amériques il peut bien y en avoir 4 ( français, anglais, espagnol et portugais...) tiens il y a 3 langues latines à côté de la langue anglaise...

    et oui il ne faut pas oublier qu'au-delà des 300 millions d'anglos, il y a 600 millions de latinos...

  • France Marcotte - Abonnée 12 avril 2010 09 h 09

    Au prochain rendez-vous

    Je remarque que les médias (toutes tendances confondues) ne font pas grande annonce de ces manifestations populaires avant qu'elles ne se tiennent et après coup, on a plutôt tendance à en réduire le succès, la portée. Au mieux on en parle modestement aux nouvelles mais en gardant un ton des plus neutre, particulièrement à Radio-Canada. Pourtant, leur tenue tient presque du miracle dans le contexte actuel et est absolument réjouissante à tous points de vue en démocratie! C'est une nouvelle fabuleuse que la préparation d'une manifestation populaire. À moins que...

  • Jacques Lafond - Inscrit 12 avril 2010 10 h 39

    Le français à Montréal

    Pour que la population de Montréal utilise le français, il faudrait commencer à ce que les francophones de souche l’utilisent en premier. Il faudrait premièrement que les francophones de souche arrête immédiatement d’aborder les gens en anglais, et arrête d’immédiatement ‘’switcher’’ à l’anglais quand l’autre personne parle un français hésitant, etc.

    Les ‘’bonjour, hi’’, ou les ‘’hi’’ tout court doivent arrêter immédiatement.

    Si on accomplissait seulement cela, ça serait déjà beaucoup.

    Mais, pour la survie du français à Montréal, ça va prendre encore plus que ça.

    Pour que la langue française survive, il va falloir que les francophones arrêtent d’être seulement des locataires, des banlieusards, des clients, des employés, etc. Il va falloir que les francophones arrêtent d’être des petits gauchistes visant la simplicité volontaire, visant de travailler leurs petits 35 heures par semaines, ne vivant que pour les fins de semaines et les vacances, et ne vivant que pour prendre leur pension à 55 ans.

    Pour que le français survive à Montréal, il va falloir que les francophones arrête d’avoir la philosophie de base suivante : ‘’le gouvernement doit tout régler, mais il doit me consulter avant, et en attendant moi je fais ma petite vie ; no problem.’’

    Pour que le français survive à Montréal, et au Québec, il va falloir que les québécois francophone se retroussent les manches et deviennent des adultes. Il va falloir, pour que le français survive à Montréal, que le québécois francophone devienne l’employeur, le propriétaire, le marchand, etc., à Montréal.

    Le français ne survivra pas à Montréal et au Québec si les québécois francophone ne sont pas maîtres chez eux, s’ils ne sont pas propriétaire chez eux.