cache information close 

Le grand ménage

Les chercheurs en santé sont quant à eux assez anxieux de voir quelle forme prendra la fusion du Fonds de la recherche en santé du Québec avec d’autres fonds.
Photo: Agence Reuters Leonhard Foeger Les chercheurs en santé sont quant à eux assez anxieux de voir quelle forme prendra la fusion du Fonds de la recherche en santé du Québec avec d’autres fonds.

Les budgets provinciaux sont toujours l'occasion d'un grand ménage. Cette fois, le gouvernement Charest n'y est pas allé de main morte en annonçant l'abolition ou la fusion de 28 organismes, fonds et sociétés qu'il avait créés sur un total de 170.

On comprend la logique du gouvernement d'avoir voulu se débarrasser de certaines entités devenues des coquilles vides, comme le Fonds de l'industrie des courses de chevaux (dont le gouvernement avait annoncé son retrait) et la Société nationale de l'amiante (dont l'abolition avait été programmée depuis au moins cinq ans). En revanche, l'abolition de la Commission de l'équité salariale, du Conseil permanent de la jeunesse ou le regroupement au sein d'un même organisme du Fonds de la recherche en santé du Québec, du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies et du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture en inquiète plus d'un. Que se cache-t-il donc derrière cette vaste opération de restructuration qui se déroulera sur quatre ans?

D'emblée, le ministère des Finances et le Conseil du trésor se veulent rassurants. «L'objectif est d'avoir un État mieux organisé et plus efficace», soutient Geneviève Villemure-Denis, attachée de presse de la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay. Le pari est qu'en réorganisant la structure de certains organismes, l'État arrivera à économiser ici et là. Mais comment s'assurer que ce ne seront pas là des économies de bouts de chandelle? «C'est un processus évolutif. On ne peut pas dire combien ça représente, mais c'est sûr que ce sont des économies non négligeables. Par exemple, on peut calculer qu'il y aura 17 conseils d'administration en moins et la production de 18 rapports annuels en moins. Ce sont des économies qui vont résulter de regroupements d'opérations administratives pour éviter les dédoublements», assure Mme Villemure-Denis.

Le Plan d'action pour la réduction et le contrôle des dépenses reconnaît que les restructurations annoncées «auront un impact direct sur le personnel en poste» mais que les employés touchés «seront traités avec égard aux conventions collectives en vigueur». «Les employés vont tous être assignés à d'autres tâches», promet Mme Villemure-Denis.

De la poudre aux yeux

La présidente du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Dominique Verreault, s'explique mal comment l'État arrivera à économiser s'il promet de ne pas toucher aux emplois. «Y a-t-il des intentions cachées ou on veut laisser croire à la population que le gouvernement réduit les coûts dans l'esprit de réingénierie de l'État? C'est de la poudre aux yeux», note Mme Verreault, qui qualifie cette opération de restructuration «troublante» et «improvisée». Elle s'inquiète notamment de l'abolition de la Commission de l'équité salariale, dont les activités retourneront à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). «Il reste encore beaucoup de travail à faire, surtout chez les petites entreprises, qui ont besoin de ces gens spécialisés pour être en mesure de le faire. Est-ce qu'on va perdre les expertises? Est-ce que les budgets vont suivre? Le Conseil du trésor nous dit qu'il n'y aura pas d'abolition, mais est-ce qu'on change alors quatre trente sous pour une piastre?», a-t-elle ajouté.

L'abolition de l'Agence de l'efficacité énergétique, dont les activités seront réintégrées au sein du ministère des Ressources naturelles et de la Faune et les revenus, transférés au Fonds vert, suscite les mêmes préoccupations. «Cette agence avait justement été sortie de la fonction publique pour montrer que l'efficacité énergétique avait une importance. [...] Et là, trois ans plus tard, on veut la réintégrer [dans le ministère]. C'est quoi, le message qu'on lance? Que l'efficacité énergétique est moins importante?», dit Mme Verreault.

Parmi les changements de structure, notons le transfert de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour au secteur municipal. Qui devra fournir le budget de 5 millions nécessaire pour faire fonctionner l'administration du port? La municipalité? Le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, soulignait jeudi au Nouvelliste qu'il n'avait pu obtenir aucune réponse. «Il faut savoir si le gouvernement compte aussi transférer les finances qui rendent possible l'administration du parc. Je ne pense pas que les contribuables de Bécancour pourraient se le permettre à eux seuls», a-t-il indiqué au quotidien de Trois-Rivières.

Le Conseil permanent de la jeunesse (CPJ) est également sous le choc de l'annonce de son abolition et du transfert de ses activités. Pour le Conseil, ce sont près de 25 ans de recommandations et de consultations avec les jeunes qui s'en vont directement aux oubliettes. «Le CPJ est un organisme indépendant et non partisan qui défend la voix des jeunes du Québec. Il est le seul organisme jeunesse de l'appareil gouvernemental dirigé par des jeunes et pour les jeunes; il ne peut pas disparaître ainsi!», a signifié par voie de communiqué Geneviève Dallaire, présidente du CPJ.

Aboli et intégré à son ministère correspondant, le Conseil des relations interculturelles, qui depuis 1984 agit en organisme-conseil du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, reconnaît qu'il avait de la difficulté à accomplir l'ensemble de sa mission, faute de fonds et de ressources humaines. «Cela dit, il va être intéressant de voir comment le gouvernement va garder les responsabilités [du Conseil] et intégrer les individus au sein du ministère», a dit Patricia Rimok, présidente du défunt Conseil.

Flou et inquiétudes

Encore sous le choc, les chercheurs en santé sont quant à eux assez anxieux de voir quelle forme prendra le regroupement du Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC), surtout que «la nouvelle est pour le moment très floue», souligne Éric Rousseau, professeur-chercheur au sein d'un réseau de recherche du FRSQ et directeur du Département de physiologie et de biophysique de la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.

M. Rousseau ne voit pas dans un regroupement une façon de réaliser des «économies majeures». «À la limite, on pourrait économiser les salaires de deux présidents et d'une dizaine de secrétaires; cela représente bien peu sur 4,5 milliards de déficit. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas réfléchir pour faire mieux, sachant que certaines administrations sont un peu lourdes, mais de là à fusionner les fonds... Même le fédéral, qui avait déjà évoqué la possibilité de resserrer les instituts en recherche en santé du Canada (IRSC) et le CRSNG, n'a finalement pas retenu l'idée, car ce n'était pas souhaitable», fait-il remarquer avant de souligner que le FRSQ est un fleuron du Québec, jalousé par les autres provinces canadiennes.

Jean-Claude Forest, directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), ajoute que le FRSQ a été le promoteur du développement de la recherche en santé au Québec, qui est devenu le leader de la recherche dans ce secteur au Canada. «Nous espérons que les éléments qui ont fait le succès du FRSQ vont se retrouver à nouveau dans la nouvelle structure. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain.»

Les subventions de recherche attribuées par les IRSC aux chercheurs québécois sont plus élevées que le poids démographique du Québec à l'échelle canadienne. Le rôle du FRSQ a été prédominant pour atteindre ce niveau.

Selon Yves Joanette, président du FRSQ, «en plus de mesurer des épargnes à court terme que pourrait permettre ce regroupement, il faudra aussi mesurer l'impact sur la communauté de recherche et l'impact économique que pourrait constituer la perte d'un joyau comme le FRSQ, qui depuis 47 ans fait la promotion, défend, organise, soutient la recherche en santé et rend le Québec plus performant que toutes les autres provinces canadiennes», souligne M. Joanette.
10 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 3 avril 2010 08 h 36

    Incompétence au plus haut niveau

    Nous sommes devenus la société de l'incompétence.

    Pourtant, il y a beaucoup de gens extrêmement compétents dans notre société. Il y en a de plus en plus en fait. Malheureusement, plus les gens sont haut placé dans la hiérarchie, moins ils sont compétents et plus ils se méfient des gens compétents qui pourraient les démasquer facilement.

    Alors les gens vraiment compétents n'ont pas grand chance de se retrouver en situation de pouvoir, car les gens de pouvoir les maintiennent systématiquement en bas de l'échelle.

    Ce qui fait que nous sommes dirigés par des girouettes, sans vision ni direction, mais très habiles dans les manigances et les magouilles.

    J'imagine que c'est ce qu'on appelle un choix de société et c'est pourquoi je préfère vivre en marge de cette société-là.

    Serge Grenier, le sanzalure

  • Raynald - Inscrit 3 avril 2010 08 h 37

    POURQUOI PAS .....

    On aboli le Conseil permanent de la jeunesse (CPJ), mais pourquoi pas également le Conseil du statut de la femme qui, depuis le temps, devrait être en mesure de se justifier par lui même si les groupes de femmes veulent son maintien, mais sans l'aide de l'État.

  • Jean Beaumont - Inscrit 3 avril 2010 12 h 21

    Assigner

    Les employés vont tous être assignés à d'autres tâches : on affecte une personne à une tâche et on assigne une tâche à une personne.

  • CSanfacon - Inscrit 3 avril 2010 12 h 34

    Focaliser l'État sur sa mission

    Que l'État se concentre sur sa mission - faire les lois, administrer la justice, assurer la sécurité, réglementer l'économie dans la mesure nécessaire - et se retire des champs qui ne le regardent pas. Sa part dans l'économie fondrait alors de moitié!

  • Gael - Inscrit 3 avril 2010 15 h 00

    quel grand menage

    Pour faire vraiment un grand ménage de l’état québécois, il va falloir commencer par assainir les politiciens par une enquête publique. C’est une base incontournable si ces mêmes politiciens veulent qu’ont les prennent au sérieux .actuellement ceux-ci passent pour des minables et leurs niveaux de crédibilités est au zéro absolue. Alors la pente va être assez difficile a remonté pour eux car ils ont étiré le lastique au maximum et il est très près de se rompre surtout avec tout ce qui ce passe et qu’on apprend sur eux jour après jour