A visage découvert dans les services publics

Photo: Archives Le Devoir

Les musulmanes portant la burqa ou le niqab devront se résoudre à découvrir leur visage si elles veulent transiger avec l’État.

Déposé ce matin à l’Assemblée nationale, un projet de loi de la ministre de la Justice, Kathleen Weil, introduit des balises et des limites précises aux demandes d’accommodement raisonnable dans l’administration publique.

En outre, la pièce législative confirme la pratique générale voulant que les membres du personnel des établissements publics — comme la SAAQ ou la RAMQ — et les personnes à qui des services sont fournis, doivent avoir le «visage découvert».

Lorsqu’un accommodement implique un aménagement à cette pratique, il doit être refusé si des motifs liés à la communication ou à l’identification le justifient, a indiqué la ministre Weil, en Chambre.

Aussi, en vertu du projet de loi, tout accommodement sera subordonné au respect de la Charte des droits, notamment au droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et au principe de la neutralité religieuse de l’État.

En conférence de presse, le premier ministre Jean Charest a affirmé avoir fait le choix de la «laïcité ouverte». Le projet permettrait en effet aux employés de l’État de porter des signes religieux comme la croix ou le hijab. Le port de signes religieux n'est pas un «obstacle à faire son travail de façon professionnelle et impartiale», a soutenu le premier ministre.

Réactions

Le Conseil du statut de la femme, qui a participé à la rédaction du projet de loi, salue le geste fait par le gouvernement. Sa présidente, Christiane Pelchat, estime que le projet de loi envoie un message clair aux gestionnaires publics selon lequel leurs décisions en matière d'accommodement doivent respecter le droit à l'égalité des sexes. Les dérapages pourront ainsi être évités, selon elle.

Pour Mme Pelchat, le gouvernement Charest devra toutefois «aller plus loin un jour» et interdire le port de signes religieux ostentatoires chez les employés de l'État.

Le Parti québécois estime que le projet ne change rien à l'état actuel du droit. Il réclame l'adoption d'une charte de la laïcité qui interdirait le port de signes religieux chez les employés de l'État.

Amir Khadir, député de Québec Solidaire, estime que le projet de loi est «trop mince pour assurer l’égalité des femmes et la laicité de l’État».

«Il manque à ces balises certaines restrictions pour mieux affirmer le caractère laic de l’État québécois et pour assurer la protection de l’égalité hommes-femmes au Québec, explique le député. Afin de préserver l’image de neutralité de l’État en matière religieuse, il est raisonnable par exemple, d’interdire le port de signes religieux aux détenteurs de postes d’autorité, tels les policiers, juges ou autres agents de la paix.»

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) s’est réjoui de la position présentée par le gouvernement du Québec. La FFQ soutient que le voile intégral «est un instrument d’oppression et d’enfermement des femmes en plus d’empêcher la communication avec celles qui le portent».

«En évitant l’exclusion systématique des femmes qui portent un signe religieux, tel que le hidjab (foulard islamique), continue la FFQ, le gouvernement fait un pas en avant pour éviter d’introduire de nouveaux obstacles à l’emploi vécus par des femmes arabo-musulmanes».
25 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 24 mars 2010 15 h 26

    Gouvernement pourri

    Trop à genoux pour interdire le port du foulard dans les écoles, les universités, les hopitaux et le gouvernement comme en Turquie, pays musulman à 90%.

  • Minona Léveillé - Inscrite 24 mars 2010 15 h 59

    Un os sans viande

    Ne nous laissons pas endormir par le projet de loi 94, qui ne change pratiquement rien à la situation (entre nous qui a déjà vu une fonctionnaire ou une enseignante porter une burqa?) Ce n'est rien d'autre qu'une tentative pour distraire la population et éviter un scandale sur le retrait des congés fériés du calendrier scolaire québécois pour accomoder les 6 écoles hassidiques pas compter sur la seule communauté juive pour remporter les prochaines élections alors il nous jette cet os sans viande.

    Cette manipulation grotesque ne changera rien à l'opinion de ceux et celles qui trouvent inacceptable que les institutions publiques permettent à leur personnel de faire du prosélitisme religueux. Je m'attendais à ce que des gens se servent de notre opposition à la burqa pour nous faire accepter le hijdab mais je ne m'attendait pas à ce que le gouvernement fonce dans le piège avec autant de vigueur.

  • Robert Boucher - Abonné 24 mars 2010 16 h 14

    ET LA PRIÈRE IMPOSÉE A TOUS LES CITOYENSQUI ASSISTENT AUX ASSEMBLÉES DE CONSEILS MUNICIPAUX?

    Mme Weil, que faites-vous des pouvoirs, des devoirs et des responsabilités que vous avez envers les municipalités du Québec?

    Robert Boucher

  • Claude Kamps - Inscrit 24 mars 2010 16 h 29

    Ils ne peuvent pas

    Ils ne peuvent pas défendre les signes religieux, leur clientèle privilégiée ne pourrait plus porter la Kirrpa, ce qui serait un non sens pour le PLQ...

  • Marie-Andrée Paquet - Inscrite 24 mars 2010 16 h 48

    NON!

    Dois-je comprendre qu'une femme voilée (hijab), portant cet odieux symbole de discrimination, de ségrégation, d'enfermement, de violence envers les femmes pourrait enseigner à ma fille? NON, NON et NON!