L'urgence de Maisonneuve-Rosemont déborde - Bolduc reçoit les foudres des infirmières et de l'opposition

Une cinquantaine d’infirmières et infirmiers ont manifesté hier midi pour dénoncer leurs conditions de travail.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une cinquantaine d’infirmières et infirmiers ont manifesté hier midi pour dénoncer leurs conditions de travail.

Les efforts du ministre de la Santé Yves Bolduc pour régler la crise qui sévit dans les hôpitaux débordés n'ont pas suffi, hier. Il a essuyé les critiques de l'opposition et des infirmières, dont une cinquantaine a manifesté devant l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Pendant que les infirmières exprimaient leur colère, le ministre a promis de régler la crise «aiguë» des derniers jours. Cent des trois cents patients en attente d'un lit de soins de longue durée devraient voir leur patience être récompensée en fin de semaine, mais le ministre a convenu en point de presse qu'il faudrait attendre quatre ou cinq ans avant de voir des progrès notables dans le dossier des urgences.

Environ le quart de la centaine d'urgences de la province rencontre des problèmes d'attente prolongée, dont l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.

La situation à Maisonneuve-Rosemont a été empirée par une éclosion récente de gastro-entérite et le manque d'omnipraticiens, qui a obligé la fermeture d'une unité. Après plusieurs jours de fonctionnement au-dessus des capacités maximales, l'achalandage avait légèrement baissé hier matin. Plusieurs civières étaient vides. Une patiente a expliqué avoir vu un médecin et passé des examens en moins de quatre heures.

«Prise en otage»

C'est à l'extérieur que le trop-plein se trouvait. Une cinquantaine d'infirmières et infirmiers ont manifesté sur l'heure du midi pour dénoncer leurs conditions de travail. Une infirmière s'est sentie «prise en otage», la fin de semaine dernière, alors qu'elle a dû travailler 18 heures en ligne aux soins intensifs. «Je me suis vraiment sentie abandonnée», confie-t-elle. La publication d'une lettre d'un de leurs collègues, Steeve Gauthier, par les médias en début de semaine en a mobilisé plusieurs. «Je l'ai écrite dans un moment de désespoir, confie ce dernier. On est pris en étau entre un employeur oppresseur, qui est l'État québécois, et un code de déontologie. L'État utilise cette force-là pour nous contraindre à faire des heures supplémentaires.»

L'opposition estime que le gouvernement a «échoué» dans sa gestion du système de santé. Le critique officiel du Parti québécois en matière de santé, Bernard Drainville, a demandé au ministre «un plan d'urgence pour les urgences.» Pas «dans quatre ou cinq ans», a-t-il ajouté. «Maintenant.» Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, a demandé au premier ministre Jean Charest de s'occuper du dossier «personnellement», estimant que «la situation s'est détériorée sous son gouvernement».

«Je suis le premier à être attristé par la situation qu'ils vivent, a dit le ministre en parlant des infirmières, mais on ne peut pas laisser des patients [...] sans soins dans nos établissements. Je suis contre les heures supplémentaires obligatoires, mais ma responsabilité de ministre, c'est de ne pas avoir de rupture de service.» En 2009, 50 000 patients ont passé plus de 48 heures à l'urgence, alors que le gouvernement s'était engagé à éliminer complètement cette situation.

Sacré-Coeur, blâmé, refuse de commenter

Le débordement ne concerne pas que l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, dont le ministre promet de rénover l'urgence «vétuste». Mais malgré les rénovations récentes, le coroner Jacques Ramsey blâme sévèrement l'hôpital Sacré-Coeur pour le décès d'une patiente survenu en mai dernier. Celle-ci est morte d'un arrêt cardiaque, alors que la salle de réanimation neuve était si bondée que le personnel «travaillait [comme] dans un garde-robe plutôt que dans ce qui devrait être la salle de réanimation la plus moderne au Québec». Des patients étaient «stationnés» dans la salle sans raison, conclut-il, «une façon de faire qui met en péril la mission même de l'urgence [où], les traitements prodigués sont sous-optimaux». L'hôpital du Sacré-Coeur a refusé de répondre aux questions du Devoir.

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Avec La Presse canadienne
10 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 27 février 2010 05 h 43

    Un crime à enquêter!


    Le laissé faire de charest et de son ministre de la santé pour ainsi forcer les citoyens vers le privé est pour moi criminel puisque des patients en meurt, les citoyens n'ont pas les soins qu'ils paient pour!

    Les excuses, les blames et les promesses du du 1er ministre, des ministres successifs de la santé cachent leurs intentions réelles de tout faire pour créer une propagande en faveur pro privé.

  • Claude Kamps - Inscrit 27 février 2010 05 h 55

    En Haiti, on parvient a monter un hopital en 48h

    Ici, on est pas capable de faire de la place pour sortir les gens des urgences...

    Il est inconcevable que depuis l'arrivé des libéraux qui allaient régler le problème des urgences, nous avons encore un ministre qui nous dit que pour plusieurs années il y aura des morts inutiles de payeurs de taxes dans nos urgences...
    Que les infirmières seront les esclaves d'un système qui est depuis trop longtemps pas à la hauteur de la demande.
    Que cette demande accrue est prévue depuis bien longtemps et que personne, même pas les lucides, ne s'en préoccupe à part par des mots qui ne résultent en aucun résultat visible.

    Il y a pleins de bâtiments industriels vides qu'il serait facile de transformer, avec la volonté politique en hébergement de semi-longue durée pour désengorger les étages des hôpitaux et du coup les urgences...

    Construire un CHUM nouveaux et laisser St Luc pour désengorger les hôpitaux de Montréal, voilà une autre solution viable.

    Mais comme la clientèle des gens qui votent pour le parti libéral est bien servie, pourquoi se casser les méninges pour ne pas avoir de mort inutile parmi les amis de l'opposition, ou les inutiles qui ne votent pas...

  • moimeme - Inscrit 27 février 2010 08 h 29

    le monde inospitalier

    se peut il aussi que nous soyons un peu beaucoup pris en otage par les médecins et travailleurs de la santé... je ne nommerai pas l'hôpital ou j'ai du me rendre. c est en région, et quand je suis arrivée à l'urgence, il n'y avait personne en attente, personne non plus dans les chambre l'autre coté de la porte, et à l'accueil on m'avait affirmer ne pas avoir eu de cas depuis au moins deux heures. croyez le ou non mais j'ai quand même du attendre plus de deux heures avant d'entrer dans une des petites chambres vides ou j ai attendu une heure avant de voir le médecin qui badinait dans le bureau à coté avec les infirmières sur place. Il y a quelques années avant les supposées crises dans le domaine de la santé, à cette même urgence, j'aurais à peine attendu 20 minutes.
    une autre histoire,
    Mon frère avait rendez vous avec son médecin, il avait une ou deux verrues à faire enlever, il attend quelques minutes avant d'entrer dans le bureau du dit médecin. Celui ci regarde quelques secondes et lui signale qu'il n aura pas le temps de lui enlever ces verrues cette journée là,
    alors... chique chique pour rien, le médecin vient de gagner le coût d'une visite en quelques secondes mon frère doit reprendre un autre rendez vous... (en entrant dans ces hôpitaux on a parfois l'impression d'entrer dans la maison qui rend fou d'astérix) et c'est très souvent comme cela, on passe plusieurs visites inutiles avant d'avoir une intervention aussi bénigne.. On se demande pourquoi ça coûte cher la santé au Québec... car ce ne sont là que deux très petites exemple du manque d'efficacité de certains travailleurs de la santé... si on ajoute à cela des administrations pourries, les agences privées d'infirmières et des administrateurs trop payés ben on est dans la m... et on comprend pourquoi...

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 février 2010 08 h 47

    La fameuse promesse de Jean Charest aux élections de 2003 !

    Rappelons-nous de la belle promesse de Jean Charest lors de la campagne électorale d'avril 2003.

    L'actuel premier ministre répétait alors partout que, si son parti l'emportait, la santé - et notamment les délais d'attente dans les urgences - serait la grande priorité de son gouvernement.

    Et depuis que M. Charest est au pouvoir, soit depuis 7 années déjà, la situation des salles d'urgence, loin de s'améliorer, comme il avait tant juré, s'est plutôt détériorée - sans compter le personnel qui est de plus en plus épuisé. Cependant, comme d'habitude, notre cher PM répète qu'il n'y est pour rien et que tout ça est dû à l'ancien gouvernement péquiste (sa fameuse cassette) de 2002 !

    Toujours en santé, si, au moins, le dossier des fameux hôpitaux universitaires avançait, mais ce n'est guère le cas...

    Remarquez que le ministre Bolduc fait ce qu'il peut. Pas facile, pour lui, d'agir, de tenter de trouver des solutions à des problèmes aussi complexes ! Pas facile pour lui, non plus, d'avoir affronter bien des fois seul la situation. Son « boss », comme on le sait, est souvent parti en voyage !

  • France Marcotte - Inscrite 27 février 2010 09 h 05

    Les otages prennent l'air

    La lassitude se lit sur leur visage; aucun mal à imaginer dans quel enfer elles sont piégées. Il y a aussi le chantage du coeur: le lien souvent maternel entre l'infirmière et ses patients exploité au maximum. Et ce temps passé à manifester hors les murs, sans doute rogné sur leurs congés (je ne les imagine pas abandonnant leur poste pour le faire). Combien elles doivent rêver de partir au large, laissant derrière elles plaies infectées et râles de mourants. Que dire sinon bon courage.