Hausse des tarifs publics - Quelle révolution culturelle?

Monique Gagnon-Tremblay
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique Gagnon-Tremblay

Québec — La présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, ne sait pas de quoi parle son collègue des Finances, Raymond Bachand, quand il se fait le chantre d'une «révolution culturelle» visant la tarification des services publics.

«Je n'en ai aucune idée», a répondu hier aux journalistes Monique Gagnon-Tremblay, alors qu'elle s'apprêtait à participer au Conseil des ministres. Cette révolution culturelle, «je ne sais pas exactement ce que ça veut dire», a-t-elle avoué.

De même, la présidente du Conseil du trésor n'a cure du «pacte 50-50» que propose le comité d'économistes mandatés par Raymond Bachand. Avec ce pacte, dont la simplicité rappelle les formules de marketing, on établit que pour chaque dollar qui est prélevé du côté des dépenses pour permettre à l'État de renouer avec l'équilibre budgétaire, un autre dollar est tiré des revenus sous forme de nouveaux tarifs ou taxes ou tarifs. «Je ne veux pas discuter de ça parce que moi, je fais mon propre travail; je sais la capacité que j'ai de réduire [les dépenses]», a affirmé Mme Gagnon-Tremblay.

Même objectif

Il n'est donc pas question pour le gouvernement de changer d'objectif en matière d'augmentation de dépenses, soit 3,2 % par an d'ici 2013-14, année prévue pour l'atteinte du déficit zéro, pour porter cet objectif à 2,5 %, comme le proposent les experts choisis par le ministre des Finances. «Chose certaine, il faut que ce soit réaliste», a fait valoir la présidente du Conseil du trésor. «Notre cible, c'est 3,2 %. C'est ambitieux.» Et surtout, «c'est réaliste», a-t-elle ajouté.

Dans un discours qu'il a livré lundi devant les membres du Conseil du patronat, Raymond Bachand a emprunté une expression désignant un épisode particulièrement sanglant de l'histoire de la Chine communiste, celle de révolution culturelle, afin de préparer la population aux mesures que contiendra son prochain budget, première pierre qu'il posera en vue de l'assainissement des finances publiques. «Pour chaque service que l'État offre, il y a une question fondamentale, et je pense que c'est une révolution culturelle, qui est celle-ci: "Quelle est la juste part que moi, comme citoyen, je dois payer, et que la collectivité doit payer?"», a expliqué le ministre.

Main dans la main

Hier, au cabinet du ministre des Finances, on a affirmé ne «pas s'inquiéter» du fait que Mme Gagnon-Tremblay ne sache pas où M. Bachand veut en venir avec sa révolution culturelle, évoquant la nouveauté de l'utilisation par ce dernier de cette expression maoïste. «Les deux ministres poursuivent le même objectif; ils travaillent main dans la main», a soutenu l'attachée de presse de M. Bachand, Catherine Poulin.

Dans leur troisième fascicule prébudgétaire rendu public le jour même de l'allocution du ministre, les quatre économistes Pierre Fortin, Robert Gagné, Luc Godbout et Claude Montmarquette, pour la plupart associés aux «lucides», plaident pour que les Québécois se lancent dans une révolution culturelle qui se résume toutefois à la gestion des finances publiques. Ils proposent des pistes pour récupérer les quelque 5 milliards annuellement qu'il manquera dans quatre ans pour atteindre le déficit zéro, mais pas seulement du côté des revenus comme l'envisage le gouvernement. En réduisant la hausse des dépenses à 2,5 % par an, la ponction supplémentaire pour chacun des Québécois adultes serait de 900 $ plutôt que de 1200 $, ont-ils calculé, un niveau plus acceptable, à leurs yeux.

En outre, les quatre économistes, dont le ministre Bachand a loué la contribution, relèvent l'importance d'améliorer de 1 % par an la productivité de l'administration publique et des sociétés d'État.

Programmes d'aide aux entreprises

Le gouvernement devrait aussi revoir ses programmes d'aide aux entreprises, auxquels il consacre 3,3 milliards par an, estiment les économistes. Hier, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, a indiqué qu'une révision des programmes destinés aux entreprises sera effectuée. Mais il a fait observer que l'aide aux entreprises générait de l'activité économique qui augmentait les rentrées fiscales, ce dont il fallait tenir compte.

Monique Gagnon-Tremblay a répété, hier, que tous les ministères seront mis à contribution en regard de coupes évaluées à quelque 900 millions en 2010-11.

Parmi les exemples de mesures que les économistes ont citées pour hausser les revenus de l'État figurent une hausse des tarifs d'électricité de 1,5 cent le kilowattheure (2,2 milliards), une augmentation de la taxe de vente du Québec (TVQ) de 1 % (1,6 milliard), un ticket modérateur en santé de 25 $ par visite (670 millions), un relèvement des droits de scolarité (650 millions) et des frais de garde qui passeraient de 7 $ à 10 $ par jour (200 millions).
21 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 25 février 2010 06 h 41

    L'économie au noir

    Selon ce reportage, Mme Gagnon-Tremblay et M. Bachand travaillent la main dans la main. Pourtant une main ne sait pas ce que l'autre veut dire.Quel gouvernement.
    Mme Gagnon-Tremblay, M. Bachand, messieurs les économistes consultés, tous les lucides de pays, ne vous rendez-vous pas compte que l'ÉCONOMIE AU NOIR NOUS PRIVE DE MILLIARDS DE REVENU par année.
    Avant de v ous en prendre aux étudiants, aux retraités aux salariés, pourquoi , en toute justice sociale, ne pas vous en prendre aux tricheurs ?

  • pierre savard - Inscrit 25 février 2010 07 h 22

    Lamentable

    Les libéraux ne savent plus quoi faire. Il est beaucoup plus difficile de faire un budget équilibré que de proposer des sottises sur le réchauffement planétaire ! N'est-ce pas monsieur Charest ?

  • Bernard Gervais - Inscrit 25 février 2010 07 h 53

    Comme un bateau qui s'en va à la dérive !

    Même si les deux s'occupent des finances publiques du Québec et devraient normalement se consulter, la présidente du Trésor, l'ineffable Monique Gagnon-Tremblay, déclare ne pas savoir vraiment quelles sont les intentions budgétaires de son collègue et ministre des finances, Raymond Bachand !

    En tenant de tels propos, la ministre nous donne l'impression que son gouvernement est comme un bateau qui ne s'est pas où il s'en va. Si celui-ci avait un vrai capitaine pour tenir le gouvernail, le diriger, les choses se passeraient bien sûr autrement, mais ce n'est pas le cas.

    Le capitaine du navire, le premier ministre Charest, est plutôt, comme on le sait, actuellement souvent absent, accaparé par ses nombreux voyages en avion, la préparation de sa nouvelle carrière....

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 25 février 2010 07 h 54

    Réduire les dépenses somptuaires les deux mains sur le volant

    Le bureau du Premier ministre vie dans un autre monde. Trois Lexus avec chauffeur pour monsieur, sa femme et amis. Une multitude d`adjoints politiques et des ministres en voyages à l`année longue genre Arcand. Un usage abusif du Challenger sans raison autre que le plaisir de chacun. Des cadeaux à l`industrie par Bachand et des ristournes sur contrats pour rejoindre $100,000 par ministre. Un système de racolage avec les entrepreneurs et leur réseau mafieux. Quelques examples d`abus qui doivent être terminés. Madame Gagnon-Tremblay aurait plus de mérite au Trésor en ramenant Charest à la raison au lieu de créer plus de taxes pour le bon peuple.

  • Anne Beauchemin - Abonné 25 février 2010 08 h 16

    Et les abris fiscaux

    Quand va-t-on, enfin, s'en prendre aux abris fiscaux et à la fiscalité des entreprises? Il y a là des milliards et des milliards!