Réactions aux propos de Lucien Bouchard - Mulcair se porte à la défense du PQ

Ottawa — Les propos incisifs tenus par Lucien Bouchard envers le Parti québécois de Pauline Marois n'ont pas laissé la classe politique fédérale indifférente, hier. La sortie la plus surprenante sera venue du chef adjoint Thomas Mulcair, qui s'est inscrit en faux contre l'ancien premier ministre pour se porter à la défense du PQ, son ancien adversaire.

Prorogation oblige, la bombe larguée par Lucien Bouchard n'a pas atterri sur le parquet de la Chambre des communes pour y embraser les échanges. Il n'en reste pas moins que tous les chefs fédéraux invités à commenter l'événement ont accepté sans hésitation. Seuls les conservateurs sont restés muets: de retour d'Haïti, Stephen Harper ne s'est pas rendu disponible, alors que sa ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Josée Verner, est à l'extérieur du pays pour quelques jours.

En conférence de presse, le chef du NPD, Jack Layton, a dit que sa formation «est toujours en train d'essayer de créer les conditions gagnantes pour le Canada au Québec». Son bras droit, Thomas Mulcair, s'est montré plus expansif.

Il s'est offusqué des accusations de radicalisme identitaire adressées aux péquistes. «J'ai du mal à m'expliquer la réaction de M. Bouchard. Je comprends bien qu'il est une éminence grise et qu'il a beaucoup de bons conseils à donner à tout le monde, mais je ne crois pas dans un discours du Parti québécois [qui serait empreint d'] autant de radicalisme.» Ancien libéral provincial, il a rappelé que les péquistes étaient ses «adversaires», mais «plutôt rares étaient les fanatiques et les zélotes».

Quant à la vitalité du mouvement souverainiste, il partage le constat de Lucien Bouchard voulant qu'il soit «en étiage en ce moment». «Mais la plus grave erreur qu'on peut faire en politique canadienne et québécoise, c'est de décréter la mort de cette option.»

Duceppe croit à l'unité

Joint en matinée alors qu'il était en tournée au Témiscouata, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a avoué une «divergence» avec son ancien chef sur la question identitaire et le «radicalisme» du PQ. «Je ne pense pas que le PQ soit un parti fermé, a-t-il dit. C'est un parti d'ouverture et il l'a prouvé souvent.»

Sur le fond, Gilles Duceppe ne croit pas que les propos de M. Bouchard auront un effet démobilisateur sur les souverainistes. «Personne n'est prophète, il y a des choses qu'on ne peut pas prévoir dans la vie et qui surviennent néanmoins», a-t-il dit en faisant référence à la possibilité de voir le Québec devenir souverain dans un avenir envisageable. «En 1987, Lucien Bouchard ne se voyait certainement pas quitter les rangs du Parti conservateur [quelques années plus tard].»

Selon le chef bloquiste, les propos M. Bouchard illustrent simplement une réalité. «Il nous dit que les Québécois sont en état de veille et que la souveraineté est un rêve. [...] L'important, c'est d'avoir des rêves et de travailler à les réaliser. Les souverainistes en ont un, mais les fédéralistes n'en ont plus.» Il note que M. Bouchard a aussi déclaré mardi soir que l'élection d'une quarantaine de députés bloquistes à chaque scrutin était significatif. «Il faut prendre ses déclarations dans son ensemble, et au final, il y a plus d'unité que de divergences», croit-il.

Pour sa part, le chef libéral Michael Ignatieff a applaudi le constat posé par Lucien Bouchard sur la souveraineté. «Je crois que c'est la première fois de ma vie que je suis en accord avec M. Bouchard, a-t-il indiqué. J'ai le plus grand respect pour lui, mais je suis en total désaccord avec sa pensée politique. Or, il a fait hier un constat. Il a eu le courage d'admettre un fait.»

M. Ignatieff a souligné être «en politique pour offrir aux Québécois une vision d'appartenance au Canada qui n'exclut pas une appartenance profonde et pleine de fierté envers le Québec».

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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté
1 commentaire
  • Christian Montmarquette - Abonné 18 février 2010 14 h 54

    Le NPD et les souverainistes..

    Il est clair pour moi que Mulcair et le NPD tentent ici de séduire l'électorat bloquiste. C'est un peu facile, mais de bonne guerre.

    Mais, selon les dernières nouvelles, le NPD est aussi centralisateur que les libéraux eux-mêmes..

    - CM