Jean Charest demeure stoïque - Feu nourri sur le gouvernement

Le premier ministre Jean Charest a connu une dure semaine avant de partir pour les Jeux de Vancouver.
Photo: Archives Le Devoir Le premier ministre Jean Charest a connu une dure semaine avant de partir pour les Jeux de Vancouver.

La session parlementaire qui s'est ouverte cette semaine à l'Assemblée nationale a commencé sur les chapeaux de roues. L'opposition officielle, qui avait amassé des munitions, est partie en lion, malmenant le gouvernement sur plusieurs fronts, dont la question de l'éthique et le favoritisme dans l'octroi des places en garderie. Les libéraux n'ont pu qu'encaisser les coups, alors que le premier ministre Jean Charest, à peine revenu de son périple en Inde et à la veille de partir pour Vancouver, semblait ailleurs, victime, peut-être, du décalage horaire.

C'est avec une grande facilité que l'opposition péquiste a repris là où elle avait laissé les choses en décembre dernier. La condamnation de Jean D'Amour, ce député lobbyiste, pour reprendre l'expression d'un collègue, qui a enfreint les règles d'après-mandat auxquelles il était soumis à titre d'ancien maire de Rivière-du-Loup, a permis au Parti québécois de ramener sur le tapis la question de l'éthique.

En proposant la nomination de Jean D'Amour comme membre de la Commission de l'administration publique, chargée de surveiller le Conseil du trésor et, par là, les contrats gouvernementaux, les libéraux ont envoyé une balle facile à la députée de Taschereau, Agnès Maltais, qui n'a pas manqué de dénoncer ce «loup entré dans la bergerie». Jean Charest a bien invité l'opposition à travailler sur le projet de loi 48 qui porte sur le code d'éthique des députés. Mais ce projet de loi, dont le principe est déjà adopté, achoppe sur la question de la rémunération supplémentaire que verse le Parti libéral au premier ministre.

Dans l'état actuel des choses, il y a peu de chances que le gouvernement soumette ce projet de loi pour discussion: les péquistes insistent pour que le code d'éthique interdise à Jean Charest de toucher cette rémunération qui était de 75 000 $ aux dernières nouvelles. Le premier ministre ne veut pas d'un débat sur cette paie libérale, dont il dit qu'elle est essentielle au maintien de son train de vie.

Des amis

Le ministre de la Famille, Tony Tomassi, a beaucoup d'amis et de partisans dans le domaine des garderies. Là encore, l'opposition péquiste, le député de Gouin, Nicolas Girard, en tête, a réussi à remettre au goût du jour des circonstances qui avaient grandement embarrassé le gouvernement lors de la session d'automne. Les contributions au PLQ des propriétaires de garderies privées qui ont obtenu des permis pour de nouvelles places, dont la garderie Les Petits Amis, au nom prédestiné, avaient défrayé la manchette à l'automne; maintenant, ce sont les amis et les organisateurs du ministre ainsi que des donateurs de sa circonscription qui semblent obtenir une proportion significative des nouvelles places. Qui plus est, ces garderies, dont celles de son ami Joe Magri, se sont vu décerner de mauvaises notes par le ministère. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le pauvre ministre a eu du mal à se défendre, d'autant plus que la transparence qu'il promettait en décembre à l'Association des CPE n'a pas été au rendez-vous: il a fourni une liste de notes attribuées aux projets en biffant tous les noms! Le ministre a même accusé Nicolas Girard de racisme, comme si les Italiens, Caucasiens comme tous les Québécois d'origine française, constituaient une race à part.

Devant le fiasco du procès avorté des dirigeants de Norbourg, la procureure générale, Kathleen Weil, a tenu à ne rien dire, se réfugiant derrière la complète indépendance dont jouirait le Directeur des poursuites pénales, ce que contestent la députée de Joliette, Véronique Hivon, une juriste de formation, et l'avocat criminaliste Jean-Claude Hébert. L'opposition est en voie de démontrer que l'actuelle ministre de la Justice et procureure générale est l'une des moins loquaces titulaires de ces fonctions depuis longtemps.

Le travail au noir

Le gouvernement fait parfois des compressions aveugles et le député de La Prairie, François Rebello, a réussi à dénicher une telle situation. Ainsi, non seulement le gouvernement refuse de tenir une enquête sur l'industrie de la construction, mais il a réduit de moitié — de 8 à 4 millions — le budget que la Commission de la construction du Québec consacre à la lutte contre le travail au noir, un fléau dont des enquêtes journalistiques récentes ont démontré l'ampleur. Le ministre du Travail, Sam Hamad, n'a évidemment pas donné d'explications valables.

Enfin, la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, s'est enferrée toute la semaine dans des demi-vérités entourant une entente signée avec six écoles juives orthodoxes. Un projet de règlement publié la semaine dernière dans la Gazette officielle modifie substantiellement le régime pédagogique pour permettre aux écoles d'ouvrir les samedis, les dimanches et les jours fériés, tout en précisant le nombre d'heures qu'elles doivent allouer à l'enseignement des matières obligatoires. Le nouveau règlement rend possible la mise en oeuvre de l'entente visant à permettre à ces écoles juives, qualifiées d'ultrareligieuses par le député de Borduas, Pierre Curzi, de continuer à dispenser quatre heures d'enseignement religieux par jour. En contrepartie, ces écoles juives se sont engagées à donner les cours que doivent obligatoirement suivre tous les autres élèves québécois. Les dimanches et l'été, s'il le faut.

Stoïcisme

Devant le feu nourri en provenance de l'opposition, Jean Charest est resté relativement passif, comme s'il avait l'esprit ailleurs. Jeudi, après la période de questions à l'Assemblée nationale, le premier ministre s'envolait pour Vancouver afin d'assister aux Jeux olympiques; il est prévu qu'il soit de retour à temps pour la période de questions de mardi. Mais il repartira à la fin de la semaine pour participer à une mission du conseil de la fédération à Washington. La semaine suivante, Jean Charest aura la paix, l'Assemblée nationale faisant relâche.

Paradoxalement, les meilleurs moments qu'a connus Jean Charest cette semaine, c'est quand les partis d'opposition ont abordé la question des finances publiques. Il faut dire qu'il avait devant lui le député péquiste de Rousseau, l'économiste Nicolas Marceau, dont il a souligné les positions passées, soit le recours aux hausses de la taxe de vente et de tarifs.

Quand le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, a lui aussi abordé l'état des finances publiques et «la douleur de l'endettement de notre province», le chef libéral n'a eu aucun mal à le mettre dans sa petite poche. Il a souligné que le chef adéquiste avait ouvert la porte à la possibilité d'appuyer le gouvernement lors du prochain budget. Et s'adressant aux deux partis, Jean Charest s'est réjoui du consensus qui semble exister entre l'opposition et le gouvernement sur l'obligation de réduire les dépenses de l'État. Maintenant, ce sont le PQ et l'ADQ qui exhortent le gouvernement de faire des compressions. C'est peut-être le prochain budget, aussi austère sera-t-il, qui tirera pour un temps les libéraux des tourments que leur vaut leur éthique élastique.
24 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 13 février 2010 00 h 18

    L'importance pour la population de manifester son mécontentement

    Étant en congé de travail, j'ai pu suivre cette semaine à la télé les débats à l'Assemblée nationale.

    C'est vrai que l'opposition n'a pas eu trop de mal à coincer à nouveau plusieurs ministres sur certains dossiers. Et je pense ici notamment à M. Tomassi qui ne savait plus quoi répondre au député de Gouin qui l'interrogeait au sujet du favoritisme pratiqué par les libéraux dans l'obtention de places dans des garderies privées.

    Cependant, l'action des partis d'opposition aurait plus d'impact si celle-ci était fortement appuyée par la population.

    Comment se fait-il encore que les gens ne soient jamais descendus dans la rue pour exprimer leur mécontentement quand furent publiés les résultats catastrophiques de la Caisse de Dépôt pour 2008 ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu encore de manifestation vraiment importante des électeurs afin de réclamer une véritable enquête sur la corruption et la collusion concernant l'octroi de contrats pour des travaux publics ? Pourquoi, également, la population n'exige-t-elle avec force que le gouvernement se dote enfin d'un code d'éthique..?

    On dirait que bien des électeurs sont actuellement amorphes. Probablement parce qu'ils croient de moins en moins en la classe politique !

    Quant au premier ministre Charest, on peut dire qu'il avait la tête ailleurs cette semaine, même s'il était présent lors des débats parlementaires. Peut-être pensait-il plutôt à ses prochains voyages !

  • Jacques Morissette - Inscrit 13 février 2010 01 h 07

    Faut-il croire que l'éthique est un trop grand luxe pour les politiciens?

    Actuellement, les partis de l'opposition sont en train de nous farcir opportunément de leur sens de l'éthique petit bourgeois. Concernant cette problématique qu'est le sens de l'éthique chez les politiciens, quand le parti au pouvoir est remplacé par l'un ou l'autre des partis de l'opposition, n'est-ce pas simplement le flambeau qui change de main pour intervertir les jeux de rôles?

    Socialement parlant, faut-il penser que l'intelligence de ceux qui nous arrangent ne devrait bien servir que la classe politique limitée de leur parti? En politique, nous avons notre façon de faire établie de longue date? Paraphrasant la chronique d'aujourd'hui de Gil Courtemanche, on dirait que nous avons nous aussi des paysages de complaisance façonnés un peu comme en Suisse.

  • Normand Carrier - Inscrit 13 février 2010 07 h 09

    Symptômes d'un gouvernement usé ......

    Dès que ce gouvernement est majoritaire , il tombe dans ses vieilles ornières manipulatrices et mensongères et le premier ministre a l'air de celui qui n'a pas d'intérêt et veut être ailleurs ! Comme un chroniqueur très connu l'écrivait hier ; si Jean Charest n'est plus intéressé a la job et qu'il se sent mieux a l'extérieur a voyager , qu'il parte avec Michou en permanence a voyager a travers ce vaste monde et qu'il laisse quelqu'un de plus intéressé a faire la job .....
    Protéger et récompenser les ti-namis politiques n'est pas en soi un programme électoral et les con-tribuables réalisent que ce sont eux qui paient pour les largesses aux amis comme les 30% de surfacturation dans la construction et les infrastructures ce qui représentent la jolie somme de 2 @ 3 milliards par année ! Dommage que la procédure de destitution (impeachment) n'existe pas ici comme chez nos voisins du sud .....

  • epervier - Inscrit 13 février 2010 08 h 46

    Le pourquoi des pourquoi.

    Quand aurons-nous un gouvernement vraiment responsable?
    Quand pourrons-nous croire en nos politiciens et politiciennes?
    Devrons-nous nous enrager encore et encore?
    Pouvons-nous espérer à un certain "respect" d'un peuple essoufflé?

  • Nestor Turcotte - Inscrit 13 février 2010 08 h 54

    AMIS

    Qu'il se lève celui qui est capable de me nommer un SEUL gouvernement dans le monde qui ne favorise pas ses amis. Les organisateurs d'élection s'attendent à un petit retour direct ou indirect. Je pourrais vous nommer bien des exemples, tous partis confondus. Je risquerais les foudres de certains qui pensent que leur parti est blanc comme neige.