Le combat du Québec

Photo: Le Devoir

Le 10 janvier 1910 paraît le premier numéro du Devoir, journal auquel son fondateur, Henri Bourassa, rêvait depuis déjà quelques années. Il voyait là le nécessaire organe de propagande — oui!, c'est le mot qu'on employait à l'époque — pour assurer la diffusion de ses idées. Ce premier numéro affichait clairement ce qui allait être le programme d'action de ce journal. À travers la défense de la «race canadienne-française», de la moralité publique et de l'Église se trouve ce qu'on appellerait aujourd'hui un projet de société.

Homme politique, Bourassa plaide sur toutes les tribunes. Au Parlement à Ottawa, à l'Assemblée législative à Québec, sur les hustings de la Ligue nationaliste canadienne et dans son journal, il porte l'héritage de tous ceux qui, depuis la Conquête, ont cherché à assurer la pérennité de la langue et de la culture françaises en Amérique du Nord, dont son grand-père, Louis-Joseph Papineau. Il défend les minorités françaises en Ontario, au Manitoba, en Nouvelle-Angleterre. Il réclame des timbres et de la monnaie bilingues. Il s'oppose aux guerres impériales de l'Angleterre. Il appelle à l'indépendance du Canada (qui se réalisera avec l'entrée en vigueur du Statut de Westminster en 1931). Son programme en est un d'affirmation nationale.

D'hier...

Un regard rétrospectif sur ces 100 années montre à quel point le Québec s'est transformé au cours de ce siècle du Devoir. Nous vous proposons, dans les pages qui suivent, de mesurer le chemin parcouru et de revoir comment le Québec s'est construit. On verra que c'est petit à petit qu'il s'est affirmé. Chaque époque apportant sa pierre à l'édifice, la province du Québec s'est peu à peu transformée en un État moderne qui, sans avoir tous les attributs d'un État indépendant, a au moins celui d'être l'État national de la francophonie nord-américaine. Puisque le Québec forme une nation, il va de soi que le Québec en est le pays et qu'il doive assumer le rôle qui est le sien à cet égard.

On croit volontiers que l'État du Québec est né de la Révolution tranquille. C'est oublier que l'acte constitutionnel de 1867 a fait du Canada une fédération d'États qu'on nomme provinces. Le Québec détient des pouvoirs en propre qu'il exerce. Si, à partir de 1960, on assiste à une certaine accélération de l'histoire, de tout temps le parlement québécois a veillé à doter la province des outils lui permettant de s'affirmer. Retenons quelques dates-clés de cette affirmation.

1910: adoption d'une loi rendant le bilinguisme obligatoire dans les entreprises de services publics.
1921: étatisation de la vente de boissons alcooliques.
1940: reconnaissance du droit de vote pour les femmes.
1944: adoption de la loi créant Hydro-Québec.
1948: adoption du fleurdelisé comme drapeau du Québec.
1954: création d'un impôt sur le revenu des particuliers par le gouvernement Duplessis, qui force Ottawa à réduire de 10 pour cent son propre impôt.

Années 1960: adoption de diverses mesures dont la création du ministère des Affaires culturelles, du ministère de l'Éducation et du ministère des Affaires intergouvernementales; nationalisation des entreprises privées d'électricité, institution de la Caisse de dépôt et placement.

Années 1970: adoption du régime universel d'assurance santé; participation du Québec à la nouvelle Agence de coopération culturelle et technique; adoption de la loi 22 proclamant le français langue officielle du Québec par le gouvernement Bourassa, puis de la Charte de la langue française par le gouvernement Lévesque; adoption de la loi sur le financement des partis politiques, de la loi sur les consultations populaires, de la loi sur le zonage agricole; tenue d'un premier référendum sur l'avenir politique du Québec.

Années 1980: le Québec est présent au premier Sommet de la Francophonie à titre de gouvernement participant; ratification par l'Assemblée nationale de l'accord de libre-échange Canada-États-Unis; négociations pour l'Accord du lac Meech.

Années 1990: le premier ministre Robert Bourassa affirme, après l'échec de la ratification de l'Accord du lac Meech, que le Québec sera toujours «une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement»; référendum sur l'Accord de Charlottetown, rejeté par le Québec; tenue d'un deuxième référendum sur la souveraineté du Québec; adoption de l'assurance médicaments.

Années 2000: déconfessionnalisation du système scolaire québécois; création de nouvelles grandes villes, dont Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau, par voie de regroupements de municipalités; entente avec Ottawa sur la participation du Québec au sein de la délégation canadienne à l'Unesco; ratification par l'Assemblée nationale de l'accord sur la diversité culturelle; reconnaissance par la Chambre des communes que le Québec forme une nation.

...à demain

Oui, beaucoup de chemin a été parcouru, mais, à travers ces avancées, le Québec subit aussi des reculs. L'une des dates les plus sombres demeure 1982, avec le rapatriement unilatéral de la Constitution, auquel l'Assemblée nationale s'est opposée parce qu'il lui retirait une partie de ses pouvoirs en matière d'éducation et de langue. L'Accord du lac Meech, qui visait à réparer cet affront en lui reconnaissant son caractère distinct, a été rejeté par le Canada anglais.

On ne voit d'ailleurs pas le jour où cette réparation deviendra possible. Le poids politique du Québec au sein de la fédération canadienne ne cesse de diminuer. Lorsqu'Henri Bourassa fonda Le Devoir, la population du Québec représentait 27,3 % de la population canadienne. Aujourd'hui, elle n'en forme plus que 23,3 %. En conséquence, ses 75 sièges à la Chambre des communes représentent un poids moins important.

Le nombre des francophones au Canada diminue aussi en pourcentage. La proportion n'est plus que de 22 %. Raison de plus pour tenir à ce Québec État national des francophones en Amérique du Nord. Pour le renforcer. L'histoire du Québec est celle d'un combat. Ce n'est pas sans raison que Bourassa choisit pour titre de son premier éditorial, ce 10 janvier 1910, «Avant le combat».
3 commentaires
  • charlemagne - Inscrit 13 février 2010 12 h 16

    BRAVO le QUEBEC

    Bonsoir les Canadiens Français
    Nos pays lointains sont dans nos coeurs nous sommes fiers de votre courage et de votre ténacité pour exister malgré les oppositions a votre liberté de vous exprimer
    a bientôt le QUEBEC
    charlemagne

  • michel lebel - Inscrit 13 février 2010 16 h 54

    Clichés et erreurs

    M.Descôteaux,

    Votre texte véhicule des clichés et certaines faussetés au sujet du rapatriement de la Constitution:

    1) Il n'y a pas eu de rapatriement unilatéral, mais rapatriement sans l'accord du gouvernement du Québec et de l'Assemblée nationale. Neuf gouvernements provinciaux et le Parlement fédéral étaient en faveur de ce rapatriement.
    2)Le rapatriement n'a donné lieu à aucune perte de pouvoir véritable pour le Québec. Ni en éducation ni en matière de langue, on ne peut sérieusement parler de diminution de pouvoirs. Dans le domaine de la langue comme dans le domaine de l'éducation, l'Assemblée nationale conserve l'essentiel de ses pouvoirs. L'article 23(1)a) de la Loi constitutionnelle de 1982(critère dela langue maternelle por l'accès à l'école minoritaire)) a été suspendu dans son application pour le Québec. Le reste n'est que des droits linguisiques de réciprocité et en pratique des vétilles, indépendamment d'une récente interprétaion erronée de la Cour suprême.
    3) Il ne faut jamais oublier que c'était un gouvernement souverainiste qui était au pouvoir lors du rapatriement de la Constitution. Aucune forme fédéraliste de rapatriement ne pouvait ête acceptée par un tel gouvernement. Quant à Claude Ryan, chef de l 'Oppostion officielle à cette époque, il a mal analysé et jugé la teneur de ce rapatriement. Il s'est tout simplement fourvoyé et je crois qu'à un moment donné il s'est rendu compte de son erreur.

    J'ai toujours pensé qu'il fallait clarifier ces choses. Un jour ou l'autre, un gouvernement fédéraliste québécois devra dire précisément ce qu'il veut voir modifier à la Constitution. Des négociations, sans ultimatum et dans un esprit fédéraliste, donc de compromis, devront suivre. On ne peut s'attendre cependant à de négociations fructueuses avec un gouvernement souverainiste. Ce dernier ne peut que demander la souveraineté, qui implique la rupture politique avec le Canada. Projet tout à fait légitime, mais que je ne partage pas.

    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit constitutionnel

  • Jacques Gagnon - Abonné 17 février 2010 13 h 34

    La retraite est dure monsieur Lebel

    Pour un ancien prof, je trouve très faible votre intervention. La rigueur ne semble plus de mise. Corrigez-vous vous-mêmes, vos fautes sont hénaurmes.

    J'ai remarqué depuis assez longtemps maintenant que votre parti pris trop grossier vous ampute de pas mal de crédibilité.