Budgets du lieutenant-gouverneur - Le PQ veut créer une «crise constitutionnelle», dit le PLQ

Québec — En voulant couper les vivres au lieutenant-gouverneur, le Parti québécois veut créer une «crise constitutionnelle», ont soutenu les députés libéraux hier, en Chambre.

Déposée hier matin par le PQ, la motion, si elle était adoptée, conduirait les parlementaires à dénoncer le refus récent du lieutenant-gouverneur «à rendre compte de ses dépenses aux parlementaires élus». En conséquence, l'Assemblée nationale s'opposerait à «l'adoption de tout crédit lié» à cette fonction, ce qui représenterait une économie d'environ 800 000 $ «sans coupure de services», a fait valoir la péquiste Agnès Maltais.

Dès la matinée, le leader Jacques Dupuis y a vu une «astuce» du PQ pour faire la souveraineté «par la porte d'en arrière». «On n'entrera pas dans le jeu des péquistes, a-t-il lancé. Je pense que le leader va gagner une médaille du lieutenant-gouverneur avec ce qu'il a dit», a raillé le leader péquiste Stéphane Bédard, faisant référence au fait que l'actuel vice-roi, Pierre Duchesne, a fait frapper des médailles à son effigie. M. Bédard a soutenu que le gouvernement Charest permettait ainsi au lieutenant-gouverneur de refuser impunément de rendre des comptes aux parlementaires et permettait de lui redonner ses budgets de 775 000 $. Un libéral, Yvon Marcoux, a fait valoir que, le 4 février dernier, le représentant du lieutenant-gouverneur avait comparu devant une commission parlementaire et avait fourni à cette occasion «les réponses appropriées». Le bureau du lieutenant-gouverneur a fait savoir en fin de journée que M. Duchesne avait accepté, dès son entrée en fonction, de comparaître devant la commission qui étudie les crédits.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a indiqué qu'il votera avec le PQ ce matin, lorsque la motion sera mise aux voix. M. Khadir a soutenu que le lieutenant-gouverneur, «comme d'ailleurs le serment à la reine» et «le système électoral lui-même», était un «vestige archaïque» du «système monarchique britannique» s'étant «imposé à nous par une guerre de conquête et d'invasion». Sylvie Roy, de l'ADQ, n'avait pas de position arrêtée lors du débat, mais elle a indiqué hier soir que l'ADQ appuierait la motion du PQ.

Dans le passé, le PQ a souvent proposé d'en finir avec le poste de lieutenant-gouverneur. Au moment de la démission de Jean-Louis Roux, en 1996, le premier ministre péquiste de l'époque, Lucien Bouchard, avait déclaré: «Tout ce que j'ai à dire, c'est que cette fonction devrait disparaître.»