D'Amour: «le loup dans la bergerie» ?

Jean D'Amour
Photo: Mathieu Bélanger Jean D'Amour

Québec — Coupable d'avoir enfreint la loi sur le lobbyisme, le député libéral Jean D'Amour siégera malgré tout à la Commission de l'administration publique (CAP), au Parlement. Aux dires de l'opposition, il s'agit de «laisser entrer le loup dans la bergerie», car c'est cette commission «qui voit tous les appels d'offres, qui voit tous les contrats du gouvernement», a dénoncé Agnès Maltais, en Chambre hier, jour de reprise des travaux parlementaires. La députée péquiste a qualifié d'«odieux» le choix du gouvernement de nommer M. D'Amour à ce poste «qui exige non seulement de l'intégrité, mais la confiance de ses pairs», a pesté Mme Maltais.

Le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, a accusé sa vis-à-vis de s'adonner au «salissage de réputation».

M. D'Amour ne mérite pas qu'on lui fasse ces reproches parce qu'il s'est soumis «à toutes les autorités compétentes du Québec», a-t-il fait valoir. Plus tôt, Jean Charest avait soutenu que

M. D'Amour avait «fait le bon geste» en «reconnaissant ses torts». Le député de Rivière-du-Loup a plaidé coupable la semaine dernière à une infraction à la loi sur le lobbyisme et a payé une amende de 500 $. «Il n'y a aucune sanction parlementaire à la loi sur le lobbyisme», a-t-on fait valoir au bureau du whip libéral, Pierre Moreau.

À son entrée au caucus hier, le principal intéressé a refusé de répondre aux questions des journalistes en se bornant à déclarer: «Je suis très heureux de retrouver mes collègues à l'occasion de la reprise parlementaire. Évidemment, je suis profondément désolé de toute cette situation-là; conscient aussi de l'embarras [dans lequel] j'ai pu [placer] mes collègues. Maintenant, j'ai pris la décision la semaine dernière d'assumer le geste. J'ai pris la décision que je devais prendre à mon sens, et à ce moment-ci, ce que je souhaite c'est de me consacrer entièrement à mon comté de Rivière-du-Loup.»

Retour

En fait, c'est un retour à la CAP pour le député de Rivière-du-Loup. Il y siégeait avant de s'exclure temporairement du caucus, le 10 novembre dernier, à cause d'une affaire de financement illégal. Il faisait alors l'objet d'une enquête de la Sûreté du Québec et du Directeur général des élections en lien avec une enveloppe qu'il avait reçue chez lui contenant cinq billets de 100 $ destinés à son successeur à la mairie de Rivière-du-Loup, Michel Morin. Au terme de vérifications, le 23 décembre, la SQ et le DGE avaient conclu qu'il n'y avait pas matière à poursuite.

Même s'il faisait à l'époque encore l'objet d'une autre enquête, celle-là du Commissaire au lobbyisme, M. D'Amour avait été réintégré au caucus, avant Noël. Mais à la fin janvier, le Commissaire au lobbyisme annonçait qu'au terme de son enquête, il transmettait son rapport au Directeur des poursuites pénales et criminelles, un rapport dans lequel il documentait 84 manquements à la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme, et dont le délai de prescription n'était pas échu pour 27 d'entre eux.

Le whip libéral souhaitait que M. D'Amour réintègre les commissions auxquelles il siégeait avant novembre, soit la CAP, mais aussi la Commission de l'économie et du travail. Il ne réintègre pas la Commission de la santé et des services sociaux, où il a siégé de septembre à novembre. Comme simple membre des deux commissions, il ne recevra pas d'émoluments supplémentaires. Toutefois, s'il devenait président de séance, il toucherait un montant additionnel représentant 15 % de son salaire de base (environ 90 000 $). Du 15 septembre 2009 au 10 novembre 2009, M. D'Amour a été président de séance.

Salaire

Agnès Maltais se perdait en conjectures, hier, sur les raisons qui poussent Jean Charest à accueillir un député qui a été à la source de plusieurs malaises pour le gouvernement. Outre l'affaire de présumé financement illégal, c'est M. D'Amour qui avait révélé le «salaire» secret versé par le Parti libéral à Jean Charest. M. D'Amour a aussi été reconnu coupable d'avoir conduit avec les facultés affaiblies. «Est-ce que c'est parce qu'il a été président du Parti libéral? Est-ce que c'est parce que c'est l'homme qui sait actuellement quel est le véritable salaire de Jean Charest? M. Charest a à répondre à ces questions», a-t-elle déclaré.

Mme Maltais a une nouvelle fois réclamé que les parties du rapport d'enquête du Commissaire au lobbyisme concernant M. D'Amour soient rendues publiques. Le leader du gouvernement lui a répondu que le Commissaire est une «autorité indépendante, impartiale» et que le rapport lui appartient; «nous n'y avons pas accès, elle le sait très bien». Mme Maltais a déploré qu'il soit «impossible de savoir même si le député de Rivière-du-Loup avait d'autres constats d'infraction que celui qui n'a pas été prescrit». Elle a soutenu que si tous les députés, qui nomment le Commissaire au lobbyisme, le souhaitaient, ils pourraient réclamer qu'il rende le rapport public. Bref, pour Mme Maltais, il «subsiste un doute» quant à l'intégrité de M. D'Amour. Or à la CAP, «normalement», les partis y désignent des «des gens qui sont au-dessus de tout soupçon» parce que ce sont ces députés qui exigeront des comptes à l'administration publique. Que Jean D'Amour y revienne, «c'est contre nature», a-t-elle opiné.
20 commentaires
  • pagerry3 - Inscrit 10 février 2010 04 h 03

    Il est à souhaiter que la corruption soit talonnée sans relâche.

    Il est à souhaiter que l'Opposition, toutes forces regroupées et déployées en rangées bien serrées, ne lâchera pas le morceau de ce monument de la honte politique que constitue le blanchiment de monsieur BPR, blanchiment qu’avalise et qu’applaudit Jean Charest. C'est Maurice Duplessis qui doit se bidonner, au regard d'une telle bouillabaisse libérale si infecte, laquelle risque de restaurer son image et lui greffer quelques ailes de chérubin … Par ailleurs, qui sait ? Se pourrait-il que Le Noblet ait eu accès à la réincarnation, dès le 8 septembre 1959 et que, aujourd’hui dans la cinquantaine, il puisse occuper une des banquettes de l’Assemblée nationale?

    Les forces de l’opposition ne manquent pas d’aplomb ni de munitions de plombs pour provoquer quatre crevaisons au taco-charrette du chauffard qui prétend être seul à en tenir le volant.

  • Trobadorem - Inscrit 10 février 2010 05 h 22

    Au fond d'une urne habite l'espérance ; Au fond d'un pot de vin cherchons notre assurance.[Edouard Pailleron]

    Tout le monde a des choses à cacher et c'est normal. La transparence totale, c'est le totalitarisme.
    [Pierre Palmade]

    Le pot-de-vin est une sorte de vaso-dilatateur de la conscience politique qui provoque très rapidement un regain d'intérêt chez ceux à qui on l'administre.
    [Jacques Mailhot]


    La malhonnêteté a davantage de classe quand elle sert à acheter des signes de respectabilité. [Philippe Bouvard]

  • Normand Carrier - Inscrit 10 février 2010 06 h 15

    Trop D'Amour du chef ......

    Comme Jean Charest le disait , Jean D'Amour n'a pas enfreint la loi sciemment , il a avoué devant toutes les preuves du commissaire a l'éthique et a posé le bon geste ......Toutes ses erreurs de jugement a répétition lui sont pardonnés par ce chef magnanime dont l'éthique s'étire selon son bon vouloir ou la crainte de cet ancien président du PLQ qui en connait beaucoup sur les magouilles de ce parti et du chef dont il en a dévoilé le salaire de $75,000 payé par le parti dont les dons des membres sont déductibles d'impôt ce qui fait que tous les contribuables participent au salaire de Jean Charest ! Comment expliquer ce traitement de Jean Charest autrement ?

  • Sanzalure - Inscrit 10 février 2010 07 h 30

    Les québécois sont passifs

    En ce qui me concerne, les Québécois sont bien plus passifs que les Haïtiens. Le gouvernement nous rit en pleine face et nous nous laissons faire comme des moutons.

  • Vincent Bussière - Inscrit 10 février 2010 07 h 39

    -Porteur d'enveloppe peut-être!-

    On peut aussi se poser la question suivante, monsieur D'Amour qui avait une enveloppe chez lui contenant cinq billets de 100 $ destinés à son successeur à la mairie de Rivière-du-Loup. Avait-t'ii aussi d'autres enveloppes destinée à d'autres membres influents du parti libéral, était t'il le porteur d'enveloppes pour les haut placés du parti libéral? Monsieur Charest, comme pour la justice, non seulement doit t'il y avoir de l'intégrité , il doit y avoir aussi apparence d'intégrité.