Pour Jean Charest, Jean D’Amour peut rester

Le premier ministre Jean Charest a nié qu’il créait un précédent en gardant dans son caucus un de ses députés qui a reconnu avoir enfreint les règles sur les activités de lobbyisme. M. Charest a soutenu aujourd’hui que Jean D’Amour était de bonne foi lorsqu’il a rencontré des titulaires de charges publiques de la région du Bas-Saint-Laurent, de 2007 à 2009, peu après avoir quitté ses fonctions de maire de Rivière-du-Loup.

M. D’Amour exerçait alors des fonctions de directeur du développement des affaires pour une firme de génie-conseil, BPR, malgré le fait que la Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme impose des restrictions aux anciens titulaires de charges publiques.

Interrogé alors qu’il est en mission économique en Inde, le premier ministre a affirmé que M. D’Amour n’avait pas respecté les règles d’après-mandat lui imposant «une période de refroidissement» avant d’avoir des contacts avec son successeur à la mairie de Rivière-du-Loup.

Mardi, quelques jours après un rapport du commissaire au lobbyisme relevant que le cabinet de génie-conseil BPR avait commis des infractions dans la région de Rivière-du-Loup, M. D’Amour a admis sa culpabilité et versé une amende de 500 $.

Depuis le dépôt du rapport, la semaine dernière, l’opposition réclame son départ du caucus, mais M. Charest a jugé que cela serait inutile étant donné que, selon lui, M. D’Amour n’a pas «sciemment» contrevenu à la loi.

Le premier ministre a estimé que c’était une «bonne chose» que le député mette cette histoire «derrière lui».

«Je pense qu’il prend la bonne décision et il agit de façon assez transparente, a-t-il dit. Alors compte tenu des circonstances, c’est un fait qui est antérieur à son élection et en plus c’est une affaire qui a été largement évoquée pendant son élection.»

M. Charest a affirmé qu’il considère l’infraction sérieuse mais, selon lui, il serait exagéré d’exclure M. D’Amour du caucus libéral, notamment parce que cette sanction n’apparaît pas dans la loi.

«Il n’y a pas de question de précédent là-dedans, dans la mesure où c’est une infraction, a-t-il dit. Il n’y a pas d’autres conséquences de prévues en fonction de la loi.»
M. D’Amour est le premier député en fonction à l’Assemblée nationale à avoir enfreint la loi, adoptée en 2002.

Avant de représenter BPR, M. D’Amour avait été maire de Rivière-du-Loup pendant huit ans. De mars 2008 à août 2009, il a aussi été président du Parti libéral du Québec (PLQ).
M. D’Amour a été élu à député en juin dernier lors d’un scrutin complémentaire dans la circonscription de Rivière-du-Loup. Il a ainsi succédé à l’ex-chef adéquiste Mario Dumont.

Le nouveau député s’était exclu du caucus libéral, en novembre, le temps que des enquêtes déterminent s’il avait été mêlé à un cas de financement illégal. Il a réintégré les rangs en décembre, le Directeur général des élections et la Sûreté du Québec ayant conclu qu’il n’y avait pas matière à poursuites.

L’Ordre des ingénieurs du Québec a aussi ouvert une enquête, en décembre, afin de déterminer si M. D’Amour a été mêlé à un cas d’usurpation du titre d’ingénieur alors qu’il vendait des services de génie-conseil à des villes du Bas-Saint-Laurent.
5 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 3 février 2010 16 h 51

    TOUT UN PREMIER MINISTRE...

    Un geste commis de bonne foi est acceptable. C'est vrai qu'il voulait être , M Charest, le maître d'oeuvre de ce qui est acceptable ou non. Donc, on ne pouvait pas s'attendre à mieux.


    mais attendez dans les deux avant la prochaine élections, il va déchiré sa chemise sur la place publique pour un code d'éthique. LE PIRE : certains québécois vont encore le croire. Cré québécois, canadien français, habitant de l'amérique du nord...

  • Pierre Bernier - Abonné 3 février 2010 20 h 36

    Étonnant raisonnement.

    « ...c’est un fait qui est antérieur à son élection et en plus c’est une affaire qui a été largement évoquée pendant son élection.» (JC)

    Depuis quand doit-on considérer que les électeurs sanctionnent une faute qui, au moment de l'élection, n'est pas avérée ?

    Faudrait-il considérer dorénavant que l'électorat, érigé en juge à posteriori, n'est pas tenu de présumer à l'innocence d'un candidats sous enquête administrative ?

    Quant à la bonne foi, on peut se demander comment un élu local de premier plan, qui par surcroît assume la présidence nationale du parti gouvernemental, peut autant ignorer la loi ? Et que dire de l'organisation qui l'emploie et de l'appareil administratif public qui accepte de traiter à répétions avec lui ?

  • Claire Aubin Comtois - Abonné 3 février 2010 21 h 28

    Les deux mains sur le volant

    Voilà le résultat de cette élection; toujours plus d'argent dans les poches de mes amis.
    La démocratie connaît pas
    Enquêtes publiques:protégeons nos amis etc etc.

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 6 février 2010 19 h 55

    @Carole Dionne et Claire Comtois...

    Ne nous leurrons pas; le PQ en aurait fait tout autant et même plus. Cessez d'essayer de nous enguirlander avec vos discours partisans...

    On connaît la musique!

  • Véronique Martel - Inscrite 7 février 2010 11 h 57

    @Raymonde Chouinard

    Je comprends votre cynisme, bien que je ne partage pas votre opinion. Je pense qu'il faut avoir un "minimum" de confiance en nos politiciens. Le PQ, Pauline Marois et Agnès Maltais en tête, a mené une véritable bataille sur l'affaire Jean D'Amours et l'affaire Whissell et l'affaire Couillard.

    Je pense que de ce côté de la chambre il y a une réelle volonté de remettre l'éthique au coeur des pratiques politiques pour redonner confiance aux gens.