Beaudoin et Besson discutent identité

Paris — De passage à Paris, la porte-parole du Parti québécois en matière de relations internationales, Louise Beaudoin, a rencontré jeudi dernier le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale français, Éric Besson. L'ancienne ministre du Parti québécois a été reçue pendant une heure par le ministre qui a récemment lancé un débat controversé sur l'identité nationale.

Louise Beaudoin a qualifié l'entretien de chaleureux. Elle dit avoir voulu expliquer à Éric Besson que le Parti québécois était, au Québec, le parti le plus proche de la conception de l'identité nationale que défend la France en Europe et dans le monde. Elle a aussi fait part au ministre du virage identitaire que le parti a pris lors de son récent colloque sur le développement culturel.

«Ce qui ressort de notre colloque fait certainement du Parti québécois le parti au Québec le plus proche de la conception de l'identité nationale que défend la France, dit Louise Beaudoin. Notre modèle d'intégration des immigrants est fondé sur l'identité nationale. Il ne s'agit pas de plaquer un modèle étranger au Québec, mais les sarkozistes ne peuvent quand même pas nous accuser d'être repliés sur nous-mêmes parce que nous parlons d'identité

nationale.»

Louise Beaudoin ne se prononce pas sur la pertinence du débat en cours en France, mais elle a écouté les arguments du ministre et a visiblement apprécié sa rencontre avec ce transfuge socialiste partisan de Tony Blair qui est venu à plusieurs reprises au Québec en vacances.

«Qu'il y ait des dérapages dans le débat français, ça n'empêche pas que le gouvernement a raison de parler d'identité nationale et que nous rejetons, comme la France, le modèle multiculturaliste anglo-saxon», dit-elle. Plus généralement, Louise Beaudoin et Éric Besson semblent se rejoindre sur l'idée qu'à l'ère de la mondialisation, les peuples ont plus que jamais besoin de se sentir rassurés sur leur identité.

Cette rencontre représentait le premier contact entre le parti souverainiste et des proches de Nicolas Sarkozy depuis les incidents de février dernier. Le président français avait alors accusé les souverainistes québécois de pratiquer la détestation de l'autre, avant de devoir s'excuser de façon diplomatique dans une lettre adressée à Pauline Marois et Gilles Duceppe. Éric Besson est connu pour faire partie des rares ministres qui ont l'oreille du président.

Le ministre, qui a des contacts réguliers avec son homologue britannique, aurait confié à Louise Beaudoin que même le Royaume-Uni s'interrogeait sur son modèle multiculturel d'intégration. Il a indiqué qu'il se rendrait au Québec d'ici quelques mois et qu'il y rencontrerait des représentants du gouvernement et de l'opposition.

Louise Beaudoin était de passage à Paris avec plusieurs parlementaires québécois pour la rencontre annuelle du groupe parlementaire d'amitié France-Québec. Les députés québécois ont d'ailleurs eu droit à une ovation debout lorsqu'ils sont arrivés à l'Assemblée nationale française. Louise Beaudoin a aussi rencontré en privé Pierre Moscovici, actuellement responsable de la rédaction du programme du Parti socialiste, et Jean-Louis Debré, un ancien ministre de Jacques Chirac aujourd'hui président du Conseil constitutionnel. «Je voulais dire aux Français qu'on est de retour sur le terrain de l'identité», conclut l'ancienne ministre.

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Correspondant du Devoir à Paris

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