Rhône-Alpes, Québec et Copenhague - Une relation qui aura approfondi l'espace économique transatlantique

Même si, comme à l'habitude, les Entretiens Jacques-Cartier ont eu lieu à Lyon en ce début de décembre 2009, c'est à Copenhague que plusieurs avaient la tête. La raison? La proximité — à la fois géographique et temporelle — de la fameuse 15e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

La relation Québec-Rhône-Alpes — vieille de quelque 30 ans, si on la fait démarrer lors de la signature du premier Pacte d'amitié entre Lyon et Montréal — n'a pas échappé à la vogue climatique en 2009. Le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, a annoncé pendant les Entretiens qu'il «reverrait» le premier ministre Jean Charest «bientôt»... à Copenhague, le 15 décembre, pour le 3e Sommet des leaders. Cette rencontre réunit des chefs de gouvernement d'États fédérés et de régions ainsi que des chefs d'entreprises internationales. Chacun y présente ses «meilleures initiatives» en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES). Le premier Sommet des leaders a eu lieu à Montréal lors de la conférence sur le climat, en 2005.

En 2009, c'est notamment à l'incitation du Québec que la région française Rhône-Alpes a décidé de se joindre à ce groupe. Le sommet organisé en collaboration avec le Climate Group s'est déroulé en marge du sommet de l'ONU à Copenhague. S'il y avait 30 États en 2005 à Montréal, ce sont quelque 60 États qui étaient représentés à Copenhague, dont la région Rhône-Alpes. Aussi, Jean-Jack Queyranne a souligné, lors des entretiens, que la visite de Jean Charest avait marqué le «point d'orgue» de la «Quinzaine pour le climat» organisée par Rhône-Alpes, dans laquelle ont été présentées «toutes les innovations qui contribuent dans la région à lutter concrètement contre l'effet de serre».

Selon M. Queyranne, les territoires comme les États fédérés et les régions «sont les bons échelons pour innover et mettre en oeuvre des réponses concrètes à ce grand défi» du changement climatique. Pour l'illustrer, Jean Charest a fait une visite de la Cité de l'environnement de Saint-Priest, en banlieue de Lyon, dans un parc technologique. À l'entrée d'un édifice aussi nouveau qu'écologique — qui produit plus d'énergie qu'il en utilise — il a planté un bouleau jaune, arbre emblématique du Québec.

Un exemple inspirant?

La visite de Jean Charest a marqué les 22es Entretiens du Centre Jacques Cartier, centre qui a célébré en 2009 ses 25 ans. Soulignant la popularité des Entretiens, le premier ministre a lancé à la blague: «J'ai appris, en devenant premier ministre du Québec, qu'une fois par année je devais faire un arbitrage pour décider lesquels parmi mes ministres iraient aux Entretiens Jacques-Cartier. Cette année, j'ai décidé que personne n'y irait! C'est moi qui allais enfin participer aux Entretiens Jacques-Cartier!», a-t-il dit sur un ton faussement monarchique.

Le premier ministre a reçu un doctorat honoris causa lors de la cérémonie d'ouverture, à l'Opéra de Lyon, au cours de laquelle il a fait l'éloge de la relation entre le Québec et la France, laquelle a su constamment, selon lui, se «réinventer». Il a soutenu qu'elle était plus «mature» que jamais. À preuve, à ses yeux, la signature de nombreux «arrangements de reconnaissance mutuelle» entre des ordres professionnels québécois et français, des accords nouveau genre qui sont «uniques au monde», a-t-il insisté. Or, au coeur de celle-ci, il y a la relation entre Rhône-Alpes et le Québec, «socle de cette coopération décentralisée».

Jean Charest a formulé le souhait que les accords de mobilité de la main-d'oeuvre entre la France et le Québec, signés en un temps record, inspirent le Canada et l'Europe. La fédération et l'Union européenne ont entamé en mai dernier des négociations qui pourraient mener dès 2011 à un partenariat nouveau genre. Les probabilités qu'un tel accord soit conclu? Il les évalue à 70 %, selon ce qu'il a confié lors d'un point de presse tenu après la cérémonie d'ouverture (c'est 10 % de plus que lorsque Le Devoir lui avait posé la question en février 2008).

Et après? Il espère un «effet d'entraînement»: l'accord attirerait l'attention des Américains. Ces derniers pourraient bien avoir envie d'imiter le Canada et de conclure un partenariat avec l'Union européenne. «Peut-être pourrons-nous dire, dans 20 ans, que notre relation aura contribué à approfondir l'espace économique transatlantique.» Les liens établis entre Québec et Rhône-Alpes auraient ainsi rapproché Washington et Bruxelles!

Des étudiants convoités

Par ailleurs, dans une allocution prononcée à la cérémonie d'ouverture des Entretiens, le président Jean-Jack Queyranne a dressé un tableau de plusieurs retombées de la relation entre le Québec et Rhône-Alpes. Il a par exemple souligné qu'Entreprises Rhône-Alpes International, installée à Montréal depuis plusieurs décennies, avait aidé quelque 700 entreprises de la région à développer des marchés nord-américains. Une quarantaine d'entreprises rhônalpines sont installées au Québec. En contrepartie, une vingtaine dont le capital est majoritairement québécois ont pris naissance en Rhône-Alpes.

M. Queyranne a mis en relief l'«engouement des jeunes Rhônalpins pour le Québec», qui est la «première destination internationale pour les étudiants» de cette région. Celle-ci offre des «Bourses Explo'ra Sup» qui permettent à «plus de 600 étudiants» rhônalpins de passer au moins une année d'étude au Québec. Jean Charest a souligné dans une allocution cette popularité du Québec et a eu cette boutade: «Ils sont formidables, ces étudiants. Nous les aimons beaucoup. Sauf quand ils reviennent dans leur région avec un Québécois ou une Québécoise.»

Enfin, M. Queyranne a rappelé que Lyon accueillera en 2010 les quatrièmes Ateliers franco-québécois de la coopération décentralisée. Un Fonds franco-québécois pour la coopération décentralisée (FFQCD) a été mis en place en 2004 par Jean Charest et son homologue français d'alors, Jean-Pierre Raffarin. Il vise l'apport d'un «soutien financier à la coopération décentralisée entre les collectivités territoriales du Québec et de la France». Un des thèmes majeurs des quatrièmes ateliers sera la comparaison entre les stratégies des pôles de compétitivité et des créneaux d'excellence québécois et français, a révélé M. Queyranne.

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