Désabusé, le péquiste Camil Bouchard quitte la politique

Après François Legault, Pauline Marois perd un autre député d'envergure. Camil Bouchard croit qu'il pourra faire davantage pour la société en quittant la politique et surtout... l'opposition.

Québec — Camil Bouchard voulait changer le monde, et son passage en politique ne lui a pas permis de le faire. Après sept années passées sur les banquettes de l'opposition, le député de Vachon tire sa révérence sur un constat d'impuissance, déçu que le pouvoir lui ait échappé comme à son parti.

Pour la chef du Parti québécois, Pauline Marois, c'est un deuxième départ d'un député d'envergure en six mois, après celui du ténor péquiste François Legault.

C'est en mars dernier, lors d'un colloque de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), que le déclic s'est fait dans l'esprit de Camil Bouchard. «Je me suis entendu dire que j'aurai sans doute contribué à changer le monde davantage comme chercheur que comme politicien», a relaté cet intellectuel, maintenant âgé de 64 ans, que Pauline Marois avait attiré en politique en 2003.

Camil Bouchard juge qu'il a influencé la société bien davantage avec le rapport, intitulé Le Québec fou de ses enfants, qu'il a signé en 1991 et qui a entraîné notamment le développement du réseau des Centres de la petite enfance (CPE). «Je constate, après ces presque sept années en politique, que j'aurai moins aimé faire de la politique que faire des politiques», estime ce docteur en psychologie.

Non sans franchise, Camil Bouchard reconnaît qu'il serait resté en politique si le PQ avait pris le pouvoir il y a un an. Il a dit s'être présenté aux élections de décembre 2008 «avec une seule idée en tête, celle de développer et de mettre en oeuvre des politiques au sein d'un gouvernement péquiste capable d'engager le Québec dans un autre cycle vers sa souveraineté et son développement économique et social. La population en a décidé autrement».

Le «climat accablant» qui entoure la classe politique à Québec n'a rien fait pour arranger les choses, a-t-il dit. «La politique, dit-on, doit nous faire rêver, et vous conviendrez que le contexte actuel, imprégné d'odeurs de corruption, de malversations et de collusion, n'a rien qui puisse nous faire rêver.»

Camil Bouchard a eu des bons mots pour Pauline Marois, soulignant «combien cette femme est aimée de son caucus et des membres du parti». Il la juge «plus patiente» que lui. «Un jour, j'en suis certain, la population l'adoptera de la même façon.» Si l'objectif de la souveraineté semble loin vu des banquettes de l'opposition à trois ou quatre ans des prochaines élections, Camil Bouchard se défend de partir parce que la souveraineté serait inaccessible. Le député se dit d'accord avec la stratégie des petits pas préconisée par la chef péquiste. «J'épouse beaucoup cette idée de Mme Marois à l'effet que chaque pouvoir de dépenser, chacun des pouvoirs qu'on va chercher, chacun des points d'impôt qu'on va chercher, c'est plus de souveraineté. [...] Mais, à un moment donné, on fera le compte, puis on fera le pas final», a fait valoir le député.

«Je perds de très bons collègues» en Camil Bouchard et François Legault, a reconnu Pauline Marois qui croit cependant que le parti est capable d'attirer une «relève de très grande qualité». Elle a cité l'exemple de l'économiste Nicolas Marceau qui a remplacé M. Legault. C'est «l'un des plus durs métiers au monde que de faire de l'action politique; il faut y mettre du coeur, de la passion. Et quand le coeur n'y est plus — et je sais de quoi je parle —, il vaut mieux se retirer», a déclaré la chef péquiste, qui a dit comprendre les raisons invoquées par M. Bouchard pour justifier son départ. Le député démissionnaire reste au PQ et contribuera au colloque sur l'égalité des chances que tiendra le parti au printemps.

Le député de Borduas, Pierre Curzi, est le «coloc de bureau» de Camil Bouchard depuis deux ans et demi au Parlement et il est devenu son ami. Pierre Curzi a souligné l'intelligence de son collègue, «sa connaissance réelle, précise» des dossiers ainsi que sa rigueur. «Son dynamisme était pressé. C'était un homme qui voyait vite les solutions et il était prêt à les mettre en oeuvre rapidement. Il a une sorte de désir brûlant d'agir, et je pense que c'est ça qui l'a brûlé», a fait valoir le député.

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