Les élus venus de la télévision ont la cote

47 % de la population a une bonne opinion du député péquiste Pierre Curzi, ce qui le place au premier rang du baromètre Léger Marketing–Le Devoir.
Photo: - Le Devoir 47 % de la population a une bonne opinion du député péquiste Pierre Curzi, ce qui le place au premier rang du baromètre Léger Marketing–Le Devoir.

Le député péquiste Pierre Curzi est le politicien le plus populaire du Québec, devant Pauline Marois, Amir Khadir et Jean Charest. Le baromètre des personnalités politiques Léger Marketing-Le Devoir révèle en outre que 6 des 12 politiciens les plus appréciés des citoyens sont d'anciennes vedettes de la télévision.

Léger Marketing a sondé le coeur des citoyens sur 52 personnalités politiques appartenant aux quatre principaux partis à l'Assemblée nationale. Autre constat frappant: les gens connaissent peu ou pas du tout les députés et ministres qui dirigent les destinées du Québec.

En revanche, au palmarès de la popularité, les hommes et les femmes qui ont fait carrière à la télévision avant de faire le saut en politique s'en tirent bien. Outre Pierre Curzi, Marguerite Blais (5e), Maka Kotto (9e), Bernard Drainville (10e), Christine St-Pierre (11e) et Gérard Deltell (12e) se hissent en tête.

Selon Jean-Marc Léger, président de Léger Marketing, ces anciens acteurs, animateurs ou journalistes ont une cote de popularité qui ne témoigne pas nécessairement de leur notoriété en tant qu'élus. «On ne peut pas dire qu'on entend beaucoup parler de la ministre Marguerite Blais ou encore de Maka Kotto, mais ils sont populaires», affirme le sondeur.

Le Parti libéral ne classe que trois députés dans le top 10 et il ne s'agit pas des ministres les plus influents. Outre Jean Charest et Marguerite Blais, le ministre des Affaires intergouvernementales, Claude Béchard, est du lot. «Ses problèmes de santé ont touché les gens. Il est une figure qu'on reconnaît», dit Jean-Marc Léger.

Fait à noter, les deux porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir (3e) et Françoise David (8e), décrochent une place dans le top 10 (voir tableau). «C'est un parti de gauche qui défend les plus démunis. Les gens apprécient. Et Amir Khadir a un franc-parler. Mais ça ne veut pas dire que ce préjugé favorable va se traduire en votes», prévient Jean-Marc Léger.

Quand on sépare les électeurs du Parti québécois et du Parti libéral du Québec, on se rend compte qu'Amir Khadir est la 4e personnalité la plus populaire chez les péquistes, devant Maka Kotto, mais derrière Pauline Marois (1re), Pierre Curzi (2e) et Louise Beaudoin (3e).

Chez les électeurs libéraux, Jean Charest est le plus populaire, suivi des ministres Claude Béchard, Raymond Bachand, Marguerite Blais et Yves Bolduc. L'ensemble des résultats est en ligne sur notre site Internet.

Les moins populaires

La performance de Pauline Marois et de Jean Charest, qui sont aussi populaires qu'impopulaires, n'étonne pas Jean-Marc Léger. «Le solde négatif est tout à fait normal parce que les chefs sont toujours sous les projecteurs et suscitent des réactions fortes autant chez les partisans du parti que chez les adversaires», dit-il.

Le sondage révèle par ailleurs que les ministres qui sont liés de près ou de loin à la controverse sur la collusion et la corruption dans le milieu de la construction sont parmi les plus impopulaires. C'est le cas de la ministre des Transports, Julie Boulet, qui dirige un ministère récemment montré du doigt par le vérificateur général. Le coup de sonde montre que 29 % de la population a une impression négative de Mme Boulet, contre à peine 11 % qui ont une opinion positive.

David Whissell, qui a dû démissionner de son poste de ministre du Travail en raison des activités de son entreprise de construction, récolte 22 % d'opinions défavorables et seulement 6 % de favorables. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, qui est l'un des porte-parole du gouvernement dans ce dossier, subit aussi les foudres de l'électorat, avec une cote négative (15 % positifs et 20 % négatifs).

Les illustres inconnus

Par ailleurs, le sondage révèle que la classe politique demeure largement inconnue du public. Même le ministre de la Santé, Yves Bolduc, pourtant à la télévision tous les jours pour parler de la grippe A (H1N1), est totalement inconnu de 39 % de la population. «Il n'a clairement pas le rayonnement d'un Philippe Couillard, dit Jean-Marc Léger. Les gens le voient plus comme un fonctionnaire qu'un ministre.»

Il n'est pas le seul. La ministre de la Justice, Kathleen Weil, ne dit rien à 70 % des gens. La vice-première ministre, Nathalie Normandeau (44 %), le ministre des Finances, Raymond Bachand (39 %), et la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne (42 %), font un peu mieux, mais demeurent largement méconnus.

«Pour un sondeur, c'est l'art de se faire des ennemis! lance Jean-Marc Léger. Les politiciens sont dans une bulle à Québec et pensent tous être bien connus. Mais la réalité est très différente.»

Une situation particulièrement préoccupante pour les ministres du gouvernement Charest. «Ils ne réussissent pas à capter l'attention», dit M. Léger.

En général, et depuis quelques années, la classe politique ne soulève plus les foules, ce qui nuit à la notoriété de ses membres. «Les gens ne sentent pas qu'il y a des enjeux importants. Les politiciens gèrent à la petite semaine, il n'y a aucun projet mobilisateur, alors les citoyens se désintéressent de la politique et de ses acteurs», dit Jean-Marc Léger.

«Un peu plus de porte-à-porte pour se rapprocher du monde ne leur ferait pas de tort», conclut le sondeur. Les politiciens en sont d'ailleurs à leur dernière semaine de la session à Québec, après quoi ils retourneront dans leur circonscription pour les Fêtes.

Le coup de sonde a été réalisé en ligne entre le 23 et le 26 novembre dernier selon une méthodologie fiable et éprouvée. Un échantillon probabiliste de 1008 répondants présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.

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Le baromètre politique du Québec (pdf)
Les résultats du sondage Léger Marketing-Le Devoir (pdf)

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