Première rencontre de concertation - Le Plan Nord reste à écrire

Québec — La ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, a cherché à relativiser la vive opposition qu'ont manifestée cinq chefs innus envers la démarche nordique du gouvernement.

«C'est 5 chefs sur 33 chefs», a fait valoir Nathalie Normandeau au terme de la rencontre des «partenaires du Nord» qui a réuni, hier, 215 participants, selon le décompte ministériel. «Des chefs qui ont émis des réserves aujourd'hui [hier], certains sont en contestation devant les tribunaux. La meilleure façon de faire avancer les intérêts de toutes les communautés du Nord, c'est d'être assis à la table».

«Le Plan Nord, c'est parti, c'est lancé», s'est réjouie Nathalie Normandeau lors d'une conférence de presse où les ministres du gouvernement, dont le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre Corbeil, côtoyaient les présidents des Conférences des élus (CRE) du Nord québécois et des chefs autochtones innus, cris et inuits.

La journée de «concertation» s'est soldée par la création de plusieurs «tables des partenaires du Nord», la première réunissant tout le monde, y compris les communautés autochtones, les autres étant réservées à chacune des nations autochtones: crie, innue, inuite et naskapie. Les participants doivent se réunir à nouveau l'été prochain.

Le Plan Nord, c'est tangible, a soutenu, Mme Normandeau. «Vous avez un exemple concret: La Romaine, c'est un projet rattaché au Plan Nord.»

Il semble bien que le mérite de la démarche nordique du gouvernement tienne dans son flou et sa minceur. «On part avec une page blanche», a dit un participant en quittant la rencontre. «C'est ce qu'on appelle en anglais, un "feel good session"», a livré un autre invité. Le gouvernement n'est pas arrivé «avec du tout cuit», a souligné, enthousiaste, Gerry Lemoyne, le président de la CRE du Nord-du-Québec.

En matinée, les cinq chefs innus contestataires — Georges Bacon, d'Unamen Shipu, Georges-Ernest Grégoire, d'Uashat Mak Mani-Utenam, Jean-Charles Piétacho, d'Ekuanitshit, Raphaël Picard, de Pessamit, et Réal McKenzie, de Matimekush-Lac John — ont tenu une conférence de presse pour dénoncer le Plan Nord. Sans une entente globale sur leurs revendications territoriales, le Plan Nord est mort dans l'oeuf, soutiennent les chefs qui ont formé l'Alliance stratégique innue.

Nouvellement élu, le chef Georges Bacon a indiqué qu'il reniait l'entente, d'une valeur de

14, 5 millions répartis sur 60 ans, signée par son prédécesseur avec Hydro-Québec relativement au chantier de la Romaine. Fini le temps où les autochtones acceptaient des «miroirs», a-t-il indiqué.

En colère, le chef Grégoire a affirmé que «l'époque de la colonisation est terminée». Le Plan est une «invasion barbare» et «une attaque à l'encontre de notre autorité». De son côté, le chef Picard a évoqué le «vide juridique» qui touche les lignes de haute tension d'Hydro-Québec sur le territoire innu et la route 138. Il est «fort probable» que l'Alliance prenne «des mesures beaucoup plus draconiennes pour faire infléchir le gouvernement», a-t-il déclaré, sans plus de détails.

Nathalie Normandeau juge que ces cinq chefs innus ne pourront aucunement faire dérailler la démarche nordique du gouvernement.

À ses côtés, le chef innu François Bellefleur était d'avis que les communautés innues ne peuvent se priver du développement économique que promet le Plan Nord. Les négociations territoriales peuvent se tenir en parallèle. «Il y a un train qui passe et on est dedans», a-t-il résumé.

Pour sa part, Pierre Corbeil a indiqué que l'entente reniée par le chef Bacon a été signée de bonne foi et ratifiée par référendum.

Le ministre a rappelé que les gouvernements du Québec et du Canada avaient déjà réglé les contentieux territoriaux avec les Cris, les Inuits et les Naskapis. Le Plan Nord peut donc être déployé sur ces territoires. Par ailleurs, des négociations, qui découlent de l'Approche commune, se poursuivent avec trois communautés innues.

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