Finalement, le « Plan Nord » n'existe pas

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Québec - Ce que le gouvernement appelle le « Plan Nord » depuis un an... n'est pas vraiment un « plan », a fait comprendre Nathalie Normandeau, hier.
Aucun document pour expliquer ce plan n'existe, hormis les communiqués publiés sur le site du Parti libéral du Québec

« Il faut d'abord savoir que le Plan Nord, c'est une démarche », a précisé la titulaire des Ressources naturelles en marge d'une conférence de l'OCDE à Québec sur le développement rural. La ministre insiste beaucoup sur le mot « démarche » afin de désigner ce projet cher au gouvernement Charest depuis la spectaculaire présentation multimédia qu'en avait faite Jean Charest, le 28 septembre 2008, lors d'un conseil général du PLQ, à Lévis. Il disait alors, en pointant le territoire au nord du 49e parallèle: « C'est à nous, c'est notre avenir. »

Un an plus tard, Mme Normandeau déploie un autre vocabulaire: elle parle d'une « démarche nouveau genre » découlant d'un « nouveau paradigme » où « ce n'est pas le gouvernement qui dicte la façon de faire, mais où il se transforme en partenaire ». Et elle lance une grande consultation. Le 6 novembre, au Centre des congrès de Québec aura lieu une « opération d'envergure », a-t-elle dit: la création d'un « lieu de concertation », la Table des partenaires du Nord, qui comptera quelque 200 participants. « On a déjà pointé un certain nombre de communautés: 32 autochtones et 32 non autochtones, tous les maires, de même que les chefs des communautés, des partenaires de groupes environnementaux, le secteur privé, les ministères: on est rendu à 200 personnes », a-t-elle confié hier.

Elle insiste: cette rencontre ne constituera en rien un « sommet » à la péquiste et il ne faut pas s'attendre à de grandes décisions.

D'abord, « on veut s'assurer de partager la même vision avec eux ». Ensuite, on s'entendra sur une manière de fonctionner: « On va être dans la mécanique. Moi, je veux savoir de leur part comment on rend opérationnelle cette "démarche". On ne peut pas toujours travailler à 200, c'est sûr. Donc, de quelle façon on va travailler ensemble? Est-ce qu'on se donne des sous-comités de travail, par exemple? Sur les thèmes de l'énergie, des mines, de la faune, du tourisme. D'autres voudront parler du logement. »

Le plan introuvable

Officiellement responsable du Plan Nord depuis juin, Mme Normandeau avait été critiquée par les partis d'opposition la semaine dernière parce qu'aucun document pour expliquer ce plan n'existe, hormis les communiqués publiés sur le site du Parti libéral du Québec.

Le porte-parole du PQ en matière de ressources naturelles, Sylvain Gaudreault, a déclenché l'hilarité en comparant la recherche de certains citoyens pour trouver des explications sur le Plan Nord à la quête du Saint-Graal. Le site du ministère des Ressources naturelles avait redirigé ces citoyens vers... le site du PLQ. En commission parlementaire, même le président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, qui se référait au fameux Plan Nord dans son propre « plan stratégique » — à l'étude cette journée-là —, n'avait été en mesure de fournir aucun document explicitant le fameux plan, outre ceux du PLQ. Hier, Sylvain Gaureault a fait remarquer que dans la bouche de la ministre, le Plan Nord subit plusieurs transformations: « C'est parfois un document, parfois c'est un plan qui a été présenté, d'autres fois, c'est une chose à venir. »

« Démarche nouveau genre »

Mme Normandeau a rétorqué hier que les partis d'opposition « n'ont pas compris le sens de la démarche du gouvernement ». Elle convient toutefois d'une chose: « ce n'est pas simple à comprendre, parce que c'est une démarche qui est différente de toutes celles qu'on a faites auparavant ».

En 2009, il faut évoluer, explique-t-elle. Auparavant, le gouvernement avait des plans où « l'intention était annoncée; on y trouvait les objectifs, les moyens, les actions, et on partait de ça ». Mais « ce n'est plus comme ça qu'on fait du développement en 2009 », affirme-t-elle. De vastes consultations sont nécessaires: « Il faut s'asseoir avec les communautés. »

Outre la mécanique, l'objectif du 6 novembre est le suivant: « Mobiliser les participants et puis voir de quelle façon on rend opérationnel un plan d'action qui va se traduire par un plan de développement pour, dans le fond, donner vie et donner forme à un engagement qui a été pris. »

En somme, le Plan Nord ne correspond pas à un « plan » tel que défini par Le Petit Robert: « Tout projet élaboré comportant une suite ordonnée d'opérations destinées à atteindre un but. » Mme Normandeau n'aime pas la question: « Il est en partie élaboré. Et là, on a une démarche. Nos orientations sont connues. De toute façon, je ne pense pas que l'objectif soit de faire un débat de sémantique », dit-elle, soutenant que plusieurs « investissements » sont déjà annoncés ou réalisés: le barrage de la Romaine, des aéroports nordiques et des routes.

Irréversible

Bien qu'étant une « démarche », Mme Normandeau affirme déjà que le Plan Nord liera les gouvernements du Québec pour les cinq ou six prochains mandats: « Il va se déployer sur toute une génération. On ne parle pas d'un plan de deux ou trois ans, on parle d'un plan qui va se déployer jusqu'en 2035! » Elle décrit cette intention comme étant beaucoup plus ambitieuse que celle de Robert Bourassa à la baie James, puisque le Plan se déploie sur un territoire beaucoup plus grand et se veut plus « concerté »: « On est dans une démarche de développement continu. Et je pense que cette démarche, annoncée par l'engagement du premier ministre, deviendra irréversible: peu importe la couleur des gouvernements qui vont se succéder, le chantier Plan Nord est amorcé pour longtemps. » Aux yeux de Mme Normdandeau, celui-ci a beaucoup plus d'avenir que la politique de développement du Nord-du-Québec instaurée par le gouvernement péquiste en 2001 « justement parce qu'il est plus ambitieux et qu'il s'attaque à un plus grand territoire. Les sceptiques seront confondus », a ajouté la ministre.

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Le document du gouvernement Landry en version pdf