Opération Marteau pour taper sur les doigts des corrompus et des corrupteurs

Le gouvernement Charest n'a pas totalement exclu la mise en place d'une commission d'enquête publique pour élucider les liens entre la mafia, l'industrie de la construction, la collusion dans l'octroi des contrats publics et la corruption municipale. Mais il veut d'abord donner une véritable chance aux enquêtes policières.

«La confiance du public dans les institutions démocratiques passe d'abord par le travail des policiers, de la Couronne et des tribunaux, a soutenu hier Jacques Dupuis, le ministre de la Sécurité publique. C'est la meilleure façon de mettre fin aux allégations qui circulent. On veut faire la lumière sur tout ça, parce que c'est grave. Je ne refuse pas une enquête publique, mais on estime que la Sûreté du Québec a les moyens de faire cesser ces agissements illégaux et immoraux. Le jour n'est pas arrivé pour une commission d'enquête.»

La réponse immédiate du gouvernement du Québec, décrite comme «musclée» par le ministre Dupuis, passe par la création d'une nouvelle escouade policière mixte qui enquêtera sur le milieu de la construction et la corruption. Pour l'instant, les firmes de services-conseils, très présentes dans le milieu municipal, semblent exclues du mandat de l'enquête. L'escouade a déjà un nom: opération Marteau.

Les ministres Jacques Dupuis, Sam Hamad et Robert Dutil en ont fait l'annonce au siège de la SQ, à Montréal. Vingt-quatre policiers de la SQ et 14 employés spécialisés s'ajouteront aux 20 policiers déjà affectés au dossier par la SQ.

Cette escouade spéciale comptera 60 personnes. Il faut également ajouter 11 représentants du Directeur des poursuites criminelles et pénales, ainsi que des agents de la GRC, des employés de la Régie du bâtiment du Québec et de la Commission de la construction du Québec. Le Bureau de la concurrence du Canada apportera aussi sa contribution. Le Service de police de la Ville de Montréal, même si la majeure partie des problèmes se trouvent sur son territoire, sera seulement associé à l'enquête. Près de 27 millions de dollars seront consacrés à l'opération Marteau.

Le gouvernement et la SQ lancent aussi une ligne téléphonique pour dénoncer les pratiques douteuses (1 888 444-1701). «On peut protéger les témoins. On a les moyens d'assurer la sécurité de ceux qui parlent», ont précisé à plusieurs reprises les ministres et les policiers présents à la conférence de presse.

De son côté, la Régie du bâtiment mettra sur pied un dispositif de vérification des antécédents judiciaires des entrepreneurs. Le ministre du Travail, Sam Hamad, a dit vouloir modifier la loi pour permettre à la Régie du bâtiment de retirer sa licence à un entrepreneur si un de ses actionnaires ou créanciers a été condamné pour une infraction criminelle dans les cinq années précédentes.

Réactions

Malgré cette annonce, les demandes pour tenir une enquête publique ont continué de se multiplier hier.

La candidate à la mairie de Montréal, Louise Harel, tient à une enquête publique. «Il faut démanteler ce système qui fait que nous avons six enquêtes de police en cours présentement», a-t-elle dit hier.

Le Parti québécois a réclamé la même chose, tout comme le député de Québec solidaire, Amir Khadir. «Même si la création d'une escouade anticorruption constitue un pas dans la bonne direction, c'est très loin d'être suffisant, dit-il. Une escouade policière se limite à désigner des coupables, sans s'attaquer aux racines du problème. Une enquête publique demeure plus que jamais nécessaire.»

L'ex-ministre péquiste Guy Chevrette, qui a fait partie de la commission Cliche sur le domaine de la construction il y a plus de 30 ans, abonde en ce sens. Il estime qu'une commission a un pouvoir de recommandation et de recherche de solutions, ce qui n'est pas le cas des enquêtes policières.

Avec La Presse canadienne

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4 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 23 octobre 2009 01 h 54

    Opération Marteau

    Simpliste, me direz-vous, mais le marteau n'a que des oreilles...Il est muet comme une carpe.

    Je suggère donc à M. Dupuis de rebaptiser son escouade.

    L'Opération tourne-vices me semblerait plus appropriée.

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 23 octobre 2009 10 h 44

    Mafia.

    Qui dirige les 10 plus grandes villes du Québec? Qui «organise» les élections dans ces 10 villes? Combien d'entre elles sont «entre les mains» de la même clique depuis plus de 10 ans? de 20 ans? Qui sont ces rois qui ont réussi à éliminer toutes oppositions à coup de mises en demeure? Qui sont ces journalistes locaux qui se contentent de parler de chiens écrasés plutôt que de magouilles politiques? N'aurait-été de la grossière erreur d'imbéciles pour faire sauter Labonté, qui entendraient les bonzes qui règnent dans les municipalités et à Québec?

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 23 octobre 2009 11 h 03

    La terreur rouge!

    «le premier ministre Jean Charest, le leader du gouvernement et ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, et le leader adjoint Claude Béchard ont tous trois réclamé que Mme Roy quitte ses fonctions de chef parlementaire. Ils l'ont accusée de ternir la réputation du cabinet et d'abuser du privilège qui permet aux députés de faire des déclarations en Chambre sans risque d'être poursuivis.» La Presse 09-010-23
    Mutatis Mutandis : c'est comme cela que le silence est apparu au Conseil de ville de Laval.

  • Rodrigue Guimont - Inscrite 23 octobre 2009 13 h 21

    C'est mal parti que cette opération "marteau"

    Vraiment! quelle appellation pour une opération policière! On ne pouvait si mal choisir.

    «Opération Marteau», sait-on seulement que d'après le dictionnaire le Robert (québécois) "qu'être marteau" c'est être fou ou cinglé! Bien mal parti pour une enquête...