Campagne à la direction de l'Action démocratique du Québec - Finies les chicanes, au vote!

Mario Dumont parti, y a-t-il un avenir pour l'Action démocratique? C'est à cette question fondamentale que devra répondre le prochain chef du parti, que les militants éliront en fin de semaine lors d'un vote téléphonique.

Québec — Les trois aspirants chefs de l'ADQ ont confié leur sort aux militants hier, après une campagne marquée par les attaques personnelles et un désintérêt manifeste du public.

À compter de dimanche, le successeur de Mario Dumont à la tête de l'Action démocratique héritera de la tâche colossale de redonner du lustre à un parti en crise profonde, au bord de l'annihilation.

Dès 20h aujourd'hui, et jusqu'à 15h dimanche, les 13 500 militants ayant le droit de vote seront invités à inscrire par téléphone leur premier et deuxième choix parmi les trois candidats.

Élu à la majorité simple au terme du premier ou du second tour de scrutin, le gagnant prendra la parole devant les quelque 300 militants attendus dimanche après-midi à Québec pour célébrer l'arrivée du nouveau chef.

En conférence de presse pour faire le bilan de sa campagne, Gilles Taillon s'est montré le plus ambitieux des trois candidats en lice, promettant de rallier 30 % des électeurs « huit à dix mois » après son élection à la direction de l'ADQ.

« Un parti politique existe pour prendre le pouvoir. Si le chef n'est pas capable de "scorer", il faut qu'il parte. Je sais que je serai en sursis. Je serai un chef de transition si je ne réussis pas. Mais si j'amène les gens au pouvoir, vous allez voir que je vais être durable en maudit, même à mon âge », a dit le candidat de 64 ans.

Ex-député de Chauveau, M. Taillon a songé à se retirer au beau milieu de la campagne lorsqu'il a appris qu'il devait combattre une récidive du cancer de la prostate.

Après quelques jours de réflexion, il a choisi de demeurer dans la course, laissant à son bras droit, le député de Shefford, François Bonnardel, le soin de faire campagne.

M. Taillon s'est aussi fait remarquer pour la virulence de ses attaques contre Éric Caire le mois dernier, l'accusant d'avoir falsifié son curriculum vitae. Il ne regrette nullement ses propos même si son propre curriculum vitae contenait aussi des informations douteuses.

Ainsi, plutôt que « directeur général » de la Fédération des commissions scolaires du Québec, le CV de M. Taillon mentionne un titre plus ronflant, celui de « vice-président exécutif ». « Je ne m'avantageais pas avec ça. C'est comme ça que c'est apparu et c'est resté dans le curriculum », a-t-il dit pour se défendre.

Resté à l'écart durant la querelle Caire-Taillon, Christian Lévesque a dit avoir été fort déçu du comportement belliqueux de ses adversaires. Selon lui, la guerre ouverte que se sont livrée les deux aspirants sur la place publique a causé un tort considérable au parti. « La chicane n'a aidé personne. Quand est survenue la chicane, c'est devenu plus difficile tant au niveau du financement qu'au niveau du recrutement des nouveaux membres », a-t-il souligné.

Ancien député de Lévis, M. Lévesque est conscient qu'il ne peut espérer une victoire au premier tour du vote. Mais il prédit une « surprise » si jamais il parvient à éviter l'élimination. « Si je me positionne parmi les deux premiers dans la première vague, nous avons de grandes chances de remporter la course », a-t-il dit, certain d'être le « deuxième choix » d'une majorité de militants.

De son côté, Éric Caire se dit largement en avance sur ses deux adversaires, mais il ne pense pas pouvoir recueillir la majorité simple requise pour être élu au premier tour. Il croit que l'issue de la bataille se jouera entre lui et Gilles Taillon dans la deuxième vague du vote. « Je ne crois pas qu'il y aura un gagnant au premier tour. Nous ne sommes pas très loin de ça, mais nous n'y sommes pas encore », a-t-il admis.

Seul élu adéquiste inscrit dans la course, M. Caire reconnaît que le premier défi qui attend le chef sera de refaire l'unité du parti après une campagne tendue marquée par la bisbille. « Je regrette profondément ce qui s'est passé pour l'ADQ. C'est aux militants de juger de la responsabilité de chacun. De toute façon, il faut tourner la page sur les erreurs et se consacrer à ce qu'il faut faire à compter du 19 octobre », a-t-il relevé.

M. Caire s'engage, s'il est élu, à tendre la main à son principal rival, Gilles Taillon, pour qu'il contribue à remettre le parti sur les rails.

Une place attend également Christian Lévesque, dont le sens de l'organisation pourrait s'avérer « extrêmement nécessaire » pour l'avenir de l'ADQ, selon le député de La Peltrie.

M. Caire est le candidat qui a mené la campagne la moins coûteuse, avec des dépenses d'environ 30 000 $, soit 10 000 $ de moins que M. Lévesque.

M. Taillon a été de loin le plus dépensier. Il est parvenu à recueillir près de 100 000 $ en financement pour sa campagne.