Le «vaudeville» se poursuit de plus belle à l'ADQ

«Ce que je souhaite, c'est que Gilles prenne conscience du tort incroyable qu'il cause au parti», a plaidé Éric Caire au cours d'une conférence de presse. Le candidat s'est dit prêt à passer l'éponge si Gilles Taillon s'excuse auprès du caucus, du personnel et des militants du parti pour avoir tenu des «propos diffamatoires et mensongers» à son endroit. «Quand il y a un acte de contrition qui est sévère, tout se pardonne dans la vie», a-t-il fait valoir.

Mais à peine Éric Caire avait-il prononcé ces paroles apaisantes que l'équipe de Gilles Taillon ajoutait de l'huile sur le feu, en faisant parvenir aux journalistes sur leur téléphone portable — la magie des communications instantanées aidant — une copie de la lettre que le candidat venait d'envoyer au président du comité électoral de l'ADQ, Pierre-Éloi Talbot. La mention «Baccalauréat en communications» qui figure dans le CV de M. Caire est «une irrégularité qui pose réellement problème et empêche la poursuite normale de la course à la chefferie», écrit M. Taillon. «[...] nous avons appris de sources dignes de foi que M. Caire n'aurait complété ou réussi aucun cours», ajoute-t-il.

Gilles Taillon demande à M. Talbot d'intervenir pour que M. Caire retire de son CV, qui apparaît sur les sites de l'ADQ et de l'Assemblée nationale, la mention de cette formation universitaire ou, qu'à défaut d'obtempérer, il fournisse au parti son bulletin de l'Université Laval. M. Talbot a informé M. Taillon qu'il n'allait pas intervenir.

M. Taillon agit en «kamikaze», et la course à la succession de Mario Dumont tourne au «vaudeville», a déploré Éric Caire. C'est «une campagne extrêmement malheureuse. Et j'irai plus loin que ça: c'est une campagne qui, actuellement, nuit à l'ADQ.» Le parti se décompose-t-il? «Oui, j'ai ce sentiment», a-t-il reconnu.

M. Caire a répété qu'il n'avait jamais eu l'intention de tromper la population en inscrivant dans son CV: Baccalauréat en communications (1993-). Ajoutant à la confusion, le tiret manquait dans la version française du site de l'ADQ, une erreur typographique que le parti a corrigée.

M. Caire a révélé son intention d'envoyer une mise en demeure au Journal de Montréal, qui avait révélé l'affaire dans son édition de vendredi dernier, afin d'obtenir du quotidien un rectificatif. L'auteur de l'article, Dany Doucet, qui est en temps normal rédacteur en chef du Journal de Montréal, a indiqué, hier, au Devoir, qu'aucun rectificatif ne serait publié.

Éric Caire est demeuré flou quant aux crédits qu'il aurait obtenus au terme de l'unique session de cours qu'il a suivis en vue de l'obtention d'un baccalauréat en communications. Il n'a pas voulu préciser s'il avait réussi ou non ces quelques cours. «Je ne jouerai pas ce jeu-là. C'est une escalade», a-t-il affirmé.

En août dernier, Éric Caire avait dévoilé son programme en matière de décrochage scolaire qui mettait l'accent sur le sort réservé aux garçons à l'école. Lui-même est un décrocheur qui a fini par obtenir une attestation d'études collégiales en informatique du Collège Multi-Hexa. «J'ai été dans un modèle pédagogique qui, moi, ne me convenait pas [et] où on me demandait de rester assis pendant des heures et des heures à écouter un professeur parler, ce qui n'est pas, pour moi, une façon d'enseigner et qui a fait que mon intérêt à l'école n'a jamais été fort», a-t-il expliqué. Il existerait de nos jours des méthodes pédagogiques qui lui auraient permis de poursuivre plus avant ses études, a-t-il évoqué.

Éric Caire était accompagné d'une dizaine de ses partisans, dont l'ex-député d'Arthabaska, Jean-François Roux, qui a annoncé hier qu'il lui accordait son appui. En marge de la conférence, l'ex-député de Berthier, François Benjamin, s'est lancé hier dans une attaque en règle contre Gilles Taillon qu'il a côtoyé pendant 18 mois dans l'opposition officielle. «Il démontre encore aujourd'hui que ce n'est pas un homme d'équipe», a affirmé M. Benjamin. «À ce que je sache, Gilles Taillon, on a toujours dit que c'était le numéro deux, alors c'est le numéro deux de l'échec qu'on a vécu. Alors, qu'il l'assume.»

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