Remaniement à Québec - Clément Gignac entre par la grande porte

Québec - Sitôt les élections partielles passées, Jean Charest a procédé, hier, à un mini-remaniement ministériel pour intégrer sa recrue, le nouveau député de Marguerite-Bourgeoys, Clément Gignac, au Conseil des ministres. Mais le premier ministre donne aussi de nouvelles charges à Nathalie Normandeau, arrache Laurent Lessard des griffes de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et le remplace par l’aguerri Claude Béchard, tout en confiant à ce dernier d’autres responsabilités qui permettront d’augmenter la force de frappe des libéraux à l’Assemblée nationale. (mis en ligne mardi, 17h)

Le changement le plus important de ce remaniement vise sans aucun doute Claude Béchard. Le ministre pugnace prend le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation des mains de Laurent Lessard qui avait maille à partir avec l’UPA. L’organisme syndical avait réclamé la tête de M. Lessard qui tentait laborieusement d’appliquer certaines recommandations des rapports Pronovost, Saint-Pierre et Ouellet, notamment en ce qui a trait à la réforme de l’assurance stabilisation et de la Financière agricole.

C’est donc Claude Béchard, lui-même un fils d’agriculteur, qui aura la tâche d’accoucher d’une véritable réforme de l’industrie agricole, une réforme battue en bréche par l’UPA. Soulignons qu’à titre de ministre des Ressources naturelles et de la Faune, il vient de se faire la main avec la réforme du régime forestier.

Claude Béchard se voit aussi confier la responsabilité des Affaires intergouvernementales canadiennes que le leader parlementaire et ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, assumait de mauvaise grâce. C’est ce dernier qui a demandé au premier ministre de le soulager de cette charge, a révélé M. Charest.

En outre, Claude Béchard devient leader adjoint en remplacement de Line Beauchamp qui doit préparer la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques, un événement qui se déroulera en décembre.

Comme les Affaires intergouvernementales canadiennes sont un sujet qui revient souvent lors de la période de questions, Claude Béchard pourra user davantage de ses talents de franc-tireur à l’Assemblée nationale. Il «va défendre avec beaucoup de fermeté les compétences québécoises et notre vision», a dit Jean Charest. Le premier ministre a rappelé que M. Béchard faisait partie du comité, présidé par Benoît Pelletier, qui a défini en 2001 la position constitutionnelle du Parti libéral du Québec.

Laurent Lessard remplace la vice-première ministre, Nathalie Normandeau, à titre de ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire. Cet ancien maire de Thetford-Mines, qui ne parle pas anglais, tiendra un rôle de figurant dans les affaires de la métropole, avec lesquelles Mme Normandeau avait d’ailleurs éprouvé quelques difficultés. «Raymond Bachand est toujours le ministre responsable de l’île de Montréal. Les relations sont très bonnes entre le ministre Bachand et le maire Tremblay, et les autres maires d’arrondissements de Montréal», a indiqué Jean Charest.

Très heureuse en général par les temps qui courent, Nathalie Normandeau est ravie de prendre les rênes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. En outre, le premier ministre lui a confié la responsabilité du Plan Nord. Elle est familière avec le domaine des ressources naturelles: quand les libéraux étaient dans l’opposition, elle en avait été la porte-parole. Nommée en 2005 aux Affaires municipales, elle avait fait le tour du jardin, avait-elle fait savoir.

Le néophyte Clément Gignac entre par la grande porte au conseil des ministres après une élection facile que n’importe qui aurait pu remporter sous la bannière libérale. Comme prévu, il obtient le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation que lui laisse Raymond Bachand, qui demeure ministre des Finances. M. Gignac aura aussi sa place au Saint des Saints, le Comité des priorités. C’est «une occasion pour nous d’intégrer une personne de très haut niveau dans l’équipe économique du gouvernement», a souligné Jean Charest.

Quant à la position que Clément Gignac a prise en faveur d’une commission fédérale des valeurs mobilières alors qu’il était économiste en chef de la Financière Banque Nationale, elle est chose du passé. «Quand j’ai fait le saut en politique, je connaissais la position du Parti libéral, du gouvernement du Québec et de l’Assemblée nationale et je suis prêt à la défendre», a-t-il affirmé. Hier, M. Gignac s’est réfugié derrière son «devoir de réserve» pour ne rien dire de son rôle, comme conseiller du sous-ministre fédéral des Finances, dans l’élaboration du projet d’Ottaw. Il a occupé ce poste pendant quelques mois en 2009 avant de se lancer en politique. Au Devoir, M. Gignac avait dû admettre qu’il avait été «impliqué au niveau des réflexions» sur la création de cet organisme pancanadien. Selon nos informations, M. Gignac était actif dans la préparation d'un argumentaire et de stratégies pour contrer l'opposition des provinces, et particulièrement du Québec.

Évidemment, Clément Gignac n’a guère apprécié se faire traiter de «traître» par la chef du Parti québécois, Pauline Marois. «Je trouve regrettable que certaines personnes utilisent des épithètes pour des employés du gouvernement fédéral», a-t-il fait valoir hier.

Mentionnons finalement que Sam Hamad, qui, après sa disgrâce, avait été admis à nouveau au Conseil des ministres à titre de ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, vient de faire son entrée du Comité des priorités, le nec plus ultra du pouvoir à Québec.