Le chef libéral tente de rassurer les électeurs souverainistes

Drummondville — S’il accède au pouvoir, Jean Charest se sent capable de devenir le premier ministre de tous les Québécois, y compris celui des souverainistes.

C’est ce que le chef libéral a affirmé, hier, en liant ce rôle au respect de l’opinion contraire. «Est-ce que vous pouvez être le premier ministre des souverainistes?» lui a-t-on demandé. «Oui, je peux l’être en respectant d’abord une autre vision de l’avenir du Québec que la mienne parce que c’est d’abord une question de respect d’accepter sans remettre en question les choix que les autres font», a dit M. Charest au cours d’un point de presse dans le local électoral des libéraux de la circonscription de Lotbinière.
Ce respect, dont il veut donner l’exemple une fois devenu premier ministre, c’est reconnaître «qu’il y aura toujours au Québec un mouvement souverainiste et qu’il ne faut pas chercher à dire qu’il y a là quelque chose d’illégitime», a expliqué M. Charest. «Il ne sera jamais question pour nous de chercher à dénigrer» la vision souverainiste.
À son avis, les souverainistes pourraient même trouver leur compte dans la nouvelle relation que les libéraux proposent d’instaurer avec le reste du Canada. «Je souhaite que le plus grand nombre de Québécois, incluant ceux qui se voient aujourd’hui souverainistes, voient là-dedans des choses dans lesquelles ils sont capables de se reconnaître et qu’ils y verront des progrès dans le sens de la défense des intérêts du Québec», a dit le chef libéral.
Jean Charest veut «traduire en gestes concrets» une nouvelle relation avec le reste du Canada : bataille pour le transfert de points d’impôt et pour des changements dans la péréquation puis création d’un Conseil de la fédération. «Nous allons bouger sur le front du déséquilibre fiscal, du changement à la péréquation et sur les mesures qui vont nous permettre de faire évoluer le système fédéral et de centrer nos actions sur les services aux citoyens», a-t-il dit. Pas d’amendement constitutionnel en vue ni son corollaire, la signature de la constitution de 1982 modifiée, a-t-il précisé.
Toute la journée d’hier, le chef libéral a fait des sauts de puce dans sept circonscriptions, de Lévis à Iberville en passant par Lotbinière, Arthabaska, Nicolet, Richelieu et Drummond, pour terminer sa course en soirée à Sherbrooke. À chacun des arrêts, une foule d’une centaine de partisans, souvent des centaines de personnes, étaient venus l’acclamer dehors où il leur adressait brièvement la parole. La bonne humeur règne chez les libéraux. Leur chef a eu l’air de faire campagne moins pour l’emporter que pour s’assurer d’une importante majorité. À Drummondville, il a invité ses partisans «à faire en sorte que le changement soit le plus significatif possible».
Entre ces apparitions publiques, Jean Charest a préparé le discours qu’il prononcera demain soir dans son comté de Sherbrooke, en fait, plusieurs versions de ce discours. «J’ai préparé tous les scénarios», a-t-il dit.
Dans son local électoral de Sherbrooke en soirée, après que son épouse Michèle Dionne l’a présenté comme le prochain premier ministre du Québec, Jean Charest a parlé de leurs 20 ans passés côte à côte en politique, finissant sur note émotive sa tournée de 32 jours. Mme Dionne a essuyé une larme. Le moment n’était plus aux slogans : Jean Charest s’est passé de scander son inévitable «Nous sommes prêts».