Fédération des chambres du commerce du Québec - Pour en finir avec l'immobilisme

Pour stimuler le développement économique de chacune des régions de la province, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) lance son nouveau portail Québec en avant, un répertoire des grands projets dont la valeur est, selon la FCCQ, essentielle à la relance économique du Québec.

Ce ne sont pas les grands projets qui manquent au Québec, qu'on pense au complexe hydroélectrique de La Romaine sur la Côte-Nord, au pont de la 25 à Laval, à la mine Malartic en Abitibi, au Quartier des spectacles à Montréal ou au port méthanier de Gros-Cacouna près de Québec, pour ne nommer que ceux-là. Ces projets ne font pas toujours l'unanimité lors des consultations publiques, que ce soit pour des raisons de nature écologique ou sociale. Mais où est la place de la valeur économique du projet dans le débat public? Il y a là une lacune importante, estime la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui tente d'y remédier par le biais de son nouveau portail Internet: Québec en avant.

«Lorsque nous avons conçu l'idée du portail, c'était à la suite d'avortements de projets qui avaient eu un certain appui au début et dont nous étions au nombre des défenseurs, explique Françoise Bertrand, présidente de la FCCQ. Après l'échec de ces projets, nous nous sommes rendu compte que nous n'avions peut-être pas été assez vigilants pour revenir à la charge régulièrement sur le plan des communications et qu'il fallait donc se donner une lecture des projets pour le Québec.»

Ces projets, c'étaient ceux de la centrale du Suroît, qui a été abandonné par suite d'une forte opposition des groupes écologistes, et du déménagement du Casino de Montréal, lui aussi vaincu par la contestation des groupes sociaux.

«Dans les deux cas, nous avons fait une analyse sur la possibilité économique ratée et regardé le traitement dans les médias, pour nous rendre compte que l'information concernant les possibilités économiques était très peu mise en valeur, alors qu'une place beaucoup plus importante avait été accordée aux opposants à ces projets.»

Son intention n'est pas de dire qu'il y a trop d'opposition, loin de là. Françoise Bertrand estime que l'opposition, tout comme les consultations publiques, est nécessaire dans une démocratie et qu'elle contribue généralement à l'amélioration des projets. Mais la FCCQ, qui a pour mission de stimuler le développement économique de toutes les régions du Québec, soutient que l'argument économique doit aussi être entendu.

Elle avait donc demandé au gouvernement de créer une agence d'analyse économique qui pourrait, au même titre que la Direction de la santé publique ou que le bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE), participer de façon impartiale aux débats en mettant de l'avant les possibilités économiques de ces projets. Cela n'a pas été fait, au grand regret de la FCCQ, qui a donc choisi de faire valoir ses arguments à travers un portail Internet.

« Désorganisation démocratique »

Les sources de ralentissements et de «paralysie» des projets sont nombreuses: il y a, d'une part, les groupes d'opposition qui, souvent, réussissent à faire avorter les projets et, d'autre part, ce que Françoise Bertrand appelle la «désorganisation démocratique», ou le manque de concertation et de coordination entre les différents ministères concernés par un dossier, principalement au fédéral.

«Nous comprenons qu'il faille des étapes de consultation qui servent à améliorer les projets, nous disons par ailleurs que, lorsque les projets ont été approuvés par les instances, il faut aller de l'avant et, pour cela, il ne faut pas que tout à coup s'installent des tracasseries bureaucratiques [...]. Nous, on veut des projets qui avancent, pas des projets qui restent dans les cartons ou dont on parle pendant des siècles. On veut des projets qui se matérialisent.»

Ainsi, pour être en mesure d'éviter cet «immobilisme», le portail permet de suivre de façon régulière l'évolution de chacun de ces grands projets, de voir les échéanciers et d'être en mesure, dans le cas d'un ralentissement ou d'une interruption quelconque d'en identifier les raisons et la source afin de mobiliser le réseau et de veiller au dénouement des impasses.

Pour l'instant, le portail Québec en avant compte une trentaine de projets répartis sur l'ensemble de la province. Mais il s'agit d'un site en constante évolution, et on devrait en compter une cinquantaine d'ici l'an prochain. Ces grands projets sont choisis sur la base du potentiel économique, tant pour la région que pour l'ensemble de la province, par une équipe de la fédération qui en fait la cueillette auprès de ses 161 membres.

Crise économique

Selon la présidente de la FCCQ, la réalisation de ces projets est d'autant plus importante aujourd'hui, en temps de crise économique. «Pour nous, la crise économique vient accélérer l'importance de ces projets. Ne serait-ce qu'au plan des infrastructures, où il y a souvent de grands retards. Pendant que des emplois sont perdus dans certains secteurs d'activité économique, si les grands projets peuvent accueillir des employés qui étaient au chômage, il me semble évident qu'on ne peut pas retarder ces projets indûment.»

Heureusement, le Québec se sort passablement bien de la crise, selon les derniers indicateurs économiques publiés par la Fédération des chambres du commerce du Québec, en raison notamment des investissements dans les infrastructures, de l'innovation, de la diversification de l'économie dans plusieurs régions du Québec et du commerce extérieur. «Le Québec, par ses gens d'affaires, par la collaboration du gouvernement et des institutions financières qui sont robustes, a pu commencer le virage nécessaire pour s'adapter à de nouvelles conditions économiques. C'est pourquoi nous estimons que le Québec est assez bien positionné pour faire face à la relance économique.»

Mais, pour cela, il faut continuer d'investir dans les grands projets qui ont des retombées économiques positives dans les régions, qui créent de l'emploi et de la richesse. C'est pourquoi il est plus important que jamais, pour la FCCQ, de s'assurer que les projets d'envergure soient développés et qu'ils se réalisent sans tarder.

«C'est une façon de dire que la Fédération des chambres du commerce du Québec prend fait et cause pour les projets économiques au Québec et, à ce titre, s'assure que les projets qui ont été acceptés et ceux qui sont en processus d'acceptation reçoivent toute l'attention nécessaire pour qu'ils aillent de l'avant. Parce que, sans projet au Québec, on va perdre du terrain, et on n'a pas les moyens de perdre du terrain, surtout au lendemain d'une récession.»

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Collaboratrice du Devoir

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