Landry et Michaud appuient la démarche de Parizeau

Québec — L'ancien premier ministre Bernard Landry salue la sortie de Jacques Parizeau, qui juge que les crises politiques peuvent favoriser l'accession à la souveraineté.

«Ce débat et tous ceux qui y participent vont faire avancer la marche vers l'indépendance», estime Bernard Landry. L'ancien premier ministre était conférencier invité au congrès de la Fédération des travailleurs et travailleuses du papier et de la forêt (CSN).

«Ça remet le sujet [la souveraineté] à l'ordre du jour, a poursuivi M. Landry. Ça va amener des gens à réfléchir. C'est un peu comme la «Saison des idées»: ça ne peut que sensibiliser les gens et faire un brassage dans l'opinion publique, ce qui est intéressant dans une société démocratique.»

Pour l'heure, Bernard Landry ne veut pas se prononcer sur le fond et juger de la justesse de la stratégie politique évoquée par M. Parizeau, ni sur le «Plan pour un Québec souverain» qu'a dévoilé dimanche Pauline Marois, la chef du Parti québécois. Il le fera mais plus tard, sans doute par écrit, a-t-il précisé.

Yves Michaud était invité à la même tribune que M. Landry. L'ancien député, journaliste et diplomate n'a pas hésité, lui, à émettre son opinion. «Parizeau a bien raison de parler d'une crise», a-t-il confié à un journaliste du réseau TVA. «Multiplions les crises. Et plus il y en aura, mieux c'est, jusqu'à la dernière qui nous donnera un pays souverain.»

«Il y a une crise: elle est là depuis 1760, depuis la Conquête. Il va falloir que cette crise aboutisse», ose espérer Yves Michaud.

Bernard Landry s'est porté à la défense des «belles-mères», ces anciens dirigeants politiques qui donnent leur avis sur la chose publique. «Je pense que le mot devrait être banni, estime M. Landry. C'est insultant pour les belles-mères et c'est sexiste.

Le Québec est le seul endroit au monde où les anciens dirigeants politiques sont qualifiés de «belles-mères», un terme «indélicat», a déploré M. Landry. «Si des gens ont quelque chose à dire, surtout s'ils ont une longue expérience de la vie publique, comme Bill Clinton ou Tony Blair, qu'ils le disent. C'est bon pour le débat.» M. Landry a aussi mentionné Jimmy Carter, Michel Rocard et Lionel Jospin.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, Pauline Marois, empêtrée dans cette thématique de la crise, a cherché à se dépatouiller. La chef de l'opposition officielle a sommé Jean Charest de «se tenir debout» devant Ottawa. «Pas de demande, pas de débat, pas de crise, mais pas d'argent», a-t-elle soutenu, soulignant que Dalton McGuinty, le premier ministre de l'Ontario, et Danny Williams, son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador, eux, avait obtenu des milliards d'Ottawa. Citant un récent sondage, Mme Marois a rappelé que plus de 60 % des Québécois rejettent la «politique de statu quo» de Jean Charest. «Il a choisi le camp des fédéralistes qui misent sur la lassitude des Québécois pour qu'ils rentrent dans le rang.»

Jean Charest n'a eu aucun mal à parer les attaques de la chef péquiste, lui demandant à plusieurs reprises si elle était d'accord avec «cette stratégie de nuire aux intérêts des Québécois avec les crises», sans obtenir de réponse. Le chef libéral s'est même permis de citer un passage du discours de M. Parizeau qu'il n'avait pas exploité mercredi. «Ceux qui pensent appartenir à l'élite souverainiste doivent changer leur façon de faire. Le monde ordinaire n'est pas là où on veut. Pourquoi il ne croit pas en nous? Qu'est-ce qu'on fait tout croche?»

Demain, à Rivière-du-Loup, Pauline Marois présentera son plan à la Conférence des présidentes et présidents (CNPP) du PQ. Le brassage d'idées péquiste se poursuivra jusqu'au congrès d'orientation de 2011.

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