Éthique et politique - L'erreur du pourfendeur des tricheurs

Chef du Parti vert du Québec, Scott McKay était très critique envers le Parti québécois, notamment en matière d’éthique. Devenu député du PQ, le même Scott McKay dit aujourd’hui avoir erré.
Photo: Jacques Nadeau Chef du Parti vert du Québec, Scott McKay était très critique envers le Parti québécois, notamment en matière d’éthique. Devenu député du PQ, le même Scott McKay dit aujourd’hui avoir erré.

Dans une lettre ouverte publiée en décembre 2007, l'ancien chef du Parti vert et actuel député péquiste Scott McKay formulait des accusations graves envers le PQ et sa chef, Pauline Marois. Aujourd'hui, il soutient que c'était une critique «de l'extérieur».

Québec — À l'époque où il était chef du Parti vert du Québec, l'actuel député péquiste Scott McKay (Assomption) accusait le Parti québécois d'avoir «profané» la loi sur le financement des partis politiques et soutenait que ce «vieux parti» «avait l'intention de continuer». Sur cette question, Pauline Marois mentait, pestait-il. Aujourd'hui, il soutient que c'était là une critique de «l'extérieur». Car «de l'intérieur», il a constaté que «le financement, dans ce parti, se fait de façon citoyenne, démocratique, dans le respect de la loi».

C'est le 17 décembre 2007, soit quelques mois avant qu'il rejoigne les rangs du PQ, que M. McKay a fait parvenir au Devoir une «lettre ouverte» réclamant «un retour au contrôle populaire» du financement des partis politiques (le texte complet de la lettre se trouve au http://carnetsdudevoir.com/index.php/motsetmaux/). Cosignée par André Larocque, ancien sous-ministre de René Lévesque à la réforme électorale et à l'époque vice-président du Parti vert, la missive commentait le rapport d'un groupe de réflexion sur le financement des partis politiques. C'est le directeur général des élections qui avait formé ce groupe dans la foulée du scandale des commandites et du rapport Moisan. McKay et Larocque rappelaient qu'en juin 2006, le juge Jean Moisan avait démontré que «par l'entremise des employés de son entreprise ou par l'achat de billets, Jean Brault a versé des contributions au Parti québécois, à hauteur de 96 400 $. Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux». Mckay et Larocque soulignaient aussi qu'à l'automne 2007, Guy Fournier, ex-président de la firme d'ingénierie Tecsult, avait admis devant un tribunal qu'il avait fréquemment contourné la loi électorale: il demandait à ses employés de donner au PQ et au PLQ et il les remboursait par la suite. Les deux signataires se surprenaient que Pauline Marois avait soutenu à l'époque que le PQ était «blanc comme neige». Soulignant que le ministère du Revenu du Québec, devant les tribunaux, avait démontré que le PQ avait encaissé des chèques de prête-noms, «donc en réalité de chèques de personnes morales», ce qui est illégal, McKay et Larocque écrivaient: «Quelqu'un ment: madame Marois, ou le ministère du Revenu!» Les signataires concluaient que les vieux partis ont «mis en place tous les moyens dont ils avaient besoin pour [...] contourner» la loi sur le financement des partis politiques. «Les vieux partis, le PQ en tête, l'ont profané et ont parfaitement l'intention de continuer.»

Rassuré

Quand Le Devoir l'a rencontré à son bureau récemment, Scott McKay a d'abord souligné que la lettre avait été écrite par André Larocque et qu'il l'avait simplement cosignée. C'est pourtant de son adresse courriel que la lettre était parvenue aux médias. Ensuite, il a expliqué qu'à l'époque, il était «à l'extérieur» du parti. «Maintenant que je le vois de l'intérieur [...], je constate que les députés croient toujours [aux principes de la loi électorale], qu'ils travaillent très fort au niveau d'un financement citoyen», a-t-il dit. «Je suis rassuré quand je vois les agissements du Parti québécois. [...] Le parti semble avoir évolué.»

Selon lui, un fait est indéniable: «À coups de 5 et de 10 dollars, c'est très difficile d'aller chercher les sous qui sont nécessaires pour faire fonctionner le parti. [...] Ça oblige les partis à être créatifs.» Le député salue par exemple la formule du type «Club des 400», où 400 personnes promettent de donner un montant au parti. En contrepartie, le député ou le candidat organise un souper, offre des prix. Faut-il changer la loi, comme il le réclamait à l'époque? «Je le disais parce que je parlais au nom du Parti vert du Québec. Mais maintenant, je suis député du Parti québécois. Si le parti veut s'exprimer là-dessus, eh bien, ce n'est pas moi le porte-parole sur cette question», a-t-il rétorqué.

Lorsque Le Devoir a joint André Larocque et lui a fait part de son entretien avec Scott McKay, l'ancien fonctionnaire a éclaté de rire à l'autre bout du fil pour ensuite refuser de commenter les explications du député péquiste. Toutefois, selon celui qui a été un des architectes de cette loi sur le financement des partis, une chose demeure: «Les deux partis sont très satisfaits de la loi: ça va bien, a ironisé André Larocque, ils la contournent tant qu'ils veulent.»

Un des anciens proches collaborateurs de M. McKay au Parti vert s'est montré plus cynique envers son ex-chef. Selon lui, M. McKay voulait «être député coûte que coûte». «Si les libéraux lui avaient offert un siège, je crois qu'il aurait été tenté en maudit.»

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