Charest décrie les propos de Parizeau

«Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté ?» a dit hier Jean Charest à l’Assemblée nationale.
Photo: La Presse canadienne (photo) «Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté ?» a dit hier Jean Charest à l’Assemblée nationale.

Québec — Comme s'il frappait une balle trop facile, le premier ministre Jean Charest a dénoncé vertement, hier, les propos de Jacques Parizeau qui juge qu'une crise politique, alimentée par un référendum sectoriel, pourrait servir la cause souverainiste et conduire à l'indépendance du Québec.

Pauline Marois ne s'est pas dissociée des propos de Jacques Parizeau. «Je ne dis pas que je ne suis pas d'accord avec M. Parizeau», a déclaré la chef du Parti québécois au cours d'un point de presse alors qu'elle assistait à la Conférence de Montréal. «Mon intention, ce n'est pas de provoquer des crises. Et si elles venaient, ce serait la responsabilité des gens d'Ottawa», a affirmé

Mme Marois. «Quand il y a blocage, bien sûr que ça vient choquer les gens.» La chef péquiste a cité l'exemple de l'échec de l'Accord du lac Meech.

Jean Charest ne s'est pas fait prier pour décrier les propos de l'ancien chef péquiste. «Souhaiter aux Québécois une crise pour faire avancer la souveraineté, c'est non seulement souhaiter du mal aux Québécois, mais à mon avis à moi, c'est le pire des scénarios», a livré, avant d'entrer au Salon bleu, le chef libéral, qui s'est dit «choqué».

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, il a surenchéri: «Est-ce qu'on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté?»

Dans les couloirs du parlement, les libéraux s'en donnaient à coeur joie. «Le chat sort du sac. M. Parizeau dit tout haut ce que tous les péquistes, Pauline Marois en tête, pensent tout bas», estime Jacques Dupuis, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, responsable en principe de mener à bien les demandes du Québec auprès du gouvernement fédéral.

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a souligné que les Québécois doivent «mener des combats en tout temps. Or, si cela provoque des crises, ce n'est pas un objectif, ça peut être une conséquence.»

Comme l'écrivait hier Le Devoir, lors d'un colloque des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO) qui a eu lieu en fin de semaine, Jacques Parizeau a fait une allocution dans laquelle il a donné ses vues sur l'état du mouvement souverainiste. Au sujet des référendums sectoriels pour réclamer des pouvoirs précis d'Ottawa, une formule que les péquistes envisagent de privilégier, l'ancien premier ministre a dit qu'ils pouvaient être très utiles. «Pour faire la souveraineté, il faut une crise», a-t-il dit, reprenant l'avis de l'un de ses conseillers d'alors. «C'est embêtant. Il y a des crises qui apparaissent de temps à autre, mais ce n'est pas toujours au bon moment pour nous. En fait, il faut susciter la crise. C'est évident qu'un référendum sur un sujet défini peut créer une crise.»

Le président des IPSO, Gilbert Paquette, a tenu à préciser, hier, que l'ensemble du colloque, y compris l'allocution de M. Parizeau, s'est déroulé à huis clos. Mais il était convenu, et M. Parizeau en a été dûment informé, que les vidéos de diverses interventions seraient diffusées sur le site des IPSO et sur d'autres sites souverainistes. Le Devoir a visionné, mardi, la prestation de M. Parizeau sur le site de vigile.net.

Dimanche dernier, Pauline Marois a dévoilé son Plan pour un Québec souverain, dont un des volets porte sur le rapatriement à Québec de pouvoirs exercés par Ottawa. Ce plan sera discuté samedi lors de la Conférence des présidentes et présidents (CNPP) du PQ à Rivière-du-Loup.

Le président du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), Marc Laviolette, était présent lors de l'allocution de Jacques Parizeau. Il est totalement d'accord avec l'ancien premier ministre. «Les changements sociaux arrivent quand il y a une crise», a fait valoir l'ancien chef syndical, donnant l'exemple du Front commun de 1972 qui s'est soldé par l'emprisonnement des présidents des trois grandes centrales syndicales. «Si tu es au pouvoir, tu avances des revendications et ça se peut que ça provoque des crises. Et ce n'est pas grave, ça permet d'aller plus loin», estime Marc Laviolette.

L'ancien conseiller de Jacques Parizeau, Jean-François Lisée, est un de ceux qui croient que les changements sociaux ou politiques majeurs ne se produisent pas sans crise. Il croit que M. Parizeau a fait preuve de sa franchise habituelle en livrant le fond de sa pensée. «C'est comme pour la réunification de l'Allemagne. Aucun changement important dans l'Histoire, quel qu'il soit, ne s'est fait en période de calme. Il y a toujours une crise nécessaire pour mettre crûment une population devant l'urgence d'un choix», a-t-il fait observer.

Pour la chef intérimaire de l'Action démocratique du Québec, la députée de Lotbinière Sylvie Roy, il est «tout à fait irresponsable de rouvrir ces débats stériles» entre fédéralistes et souverainistes. «Nous présenter la souveraineté en pièces détachées, je ne trouve pas ça correct. S'ils [les péquistes] veulent poser une question aux Québécois, qu'ils posent la vraie question et qu'ils ne se cachent pas derrière le paravent de l'autonomisme.»

Selon le député de Mercier, Amir Khadir, du parti souverainiste Québec solidaire, il est «louable» que le PQ tente de sortir de l'impasse dans laquelle il se trouve par sa propre faute. Il est toutefois «malheureux» que «la perception du public, c'est qu'il faut qu'on manipule l'opinion en créant des crises plutôt que de renoncer à tout ça et de retourner voir le peuple». M. Khadir a souligné que M. Parizeau lui-même, dans son discours de samedi, lançait un appel aux souverainistes pour qu'ils retrouvent «le goût des objectifs clairs, des idées simples et généreuses» pour renouer avec le peuple québécois, comme le rapportait Le Devoir.

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Avec la collaboration d'Éric Desrosiers et d'Alec Castonguay

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