Le commissaire au lobbyisme a les yeux sur le génie-conseil

Québec — Le commissaire au lobbyisme s'inquiète de ce qu'aucune des 10 plus grandes firmes de génie-conseil du Québec n'est inscrite au registre des lobbyistes.

André C. Côté s'en préoccupe d'autant plus que le gouvernement québécois promeut une politique qui prévoit l'investissement de 40 milliards $ dans les infrastructures au cours des prochaines années.

Après avoir rendu public son plus récent rapport annuel, hier, M. Côté s'est étonné qu'aucune des 10 plus grandes firmes de génie-conseil du Québec n'admette faire du lobbyisme auprès du gouvernement, dont les nombreux projets de construction nécessitent les services d'ingénieurs-conseil.

«Je trouve ça assez curieux et particulier qu'aucune des grandes firmes de génie-conseil au Québec n'admette faire des activités de lobbyisme et se gouverne en conséquence, a-t-il dit. Je me permets d'être sceptique.»

M. Côté a affirmé que cette situation l'incite à une plus grande vigilance concernant les activités du génie-conseil.

«Ça me dit que c'est une situation qu'il faut regarder, et on la regarde», a-t-il dit.

Le bureau de M. Côté effectue des vérifications dans certains dossiers afin de s'assurer qu'aucune entreprise de génie-conseil ne contourne la loi obligeant ses représentants à s'enregistrer avant de rencontrer des titulaires de charges publiques.

SNC-Lavalin est la seule firme de génie-conseil à avoir mandaté un lobbyiste-conseil, mais cette inscription remonte à 2005, indique le registre.

La p.-d.g. de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec, un regroupement inscrit au registre des lobbyistes afin de représenter les entreprises du secteur, a affirmé qu'elle est au courant des inquiétudes de M. Côté, qu'elle a rencontré récemment.

Johanne Desrochers ne partage pas l'analyse du commissaire, mais elle a affirmé que son regroupement a mis sur pied, en mai, un comité chargé d'étudier la question.

«Quand la réputation du secteur qu'on représente est un petit peu mise en doute, c'est certain que ce n'est pas quelque chose qui ne nous atteint pas», a-t-elle dit.

Selon Mme Desrochers, les besoins de représentations des firmes de génie-conseil sont pratiquement éliminés parce que les projets publics sont toujours annoncés par le gouvernement, que les appels d'offres sont publicisés, que le processus de sélection est rigoureux et empêche toute intervention des entreprises soumissionnaires.

«Les grands projets publics, c'est connu à l'avance, a-t-elle dit. Il y a des mémoires et un processus tellement bien encadré, alors les firmes sont forcément informées assez facilement durant ce processus-là.»

Mme Desrochers a affirmé que, dans ce contexte, elle s'explique difficilement les inquiétudes de M. Côté.

«Je ne sais pas pourquoi il est si convaincu, a-t-elle dit. Nous, on pense qu'il y a simplement une différence au niveau de l'interprétation.»

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