Ottawa dans la mire de Marois

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a présenté hier à Montréal son Plan pour un Québec souverain destiné à raviver la flamme souverainiste.
Photo: La Presse canadienne (photo) La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a présenté hier à Montréal son Plan pour un Québec souverain destiné à raviver la flamme souverainiste.

Le Parti québécois entend rompre avec «l'attentisme». Un gouvernement souverainiste ne se contenterait pas d'attendre que les astres soient alignés pour tenir un référendum, il prendrait plutôt le sentier de la guerre pour rapatrier des pouvoirs d'Ottawa, selon le plan avancé hier par la chef péquiste, Pauline Marois.

«Il faut surtout qu'on tourne la page sur le référendum de 1995. Évidemment, on a vécu ça très durement et on s'est mis davantage dans une position d'attentisme, a affirmé Pauline Marois. Nous nous remettons à l'ouvrage et à l'action, et, oui, sûrement nous essaierons de retrouver cet esprit qui animait les militantes et les militants des années 1970.»

Dans son Plan pour un Québec souverain destiné à raviver la flamme souverainiste, quelque peu étouffée par l'absence d'échéance référendaire, Pauline Marois entend notamment exiger la création d'une déclaration de revenus unique administrée par Québec, le rapatriement des pleins pouvoirs en matière de langue et de culture. Elle a également promis de batailler fermement contre les intrusions du gouvernement fédéral dans les secteurs qui sont de la compétence exclusive du Québec, l'éducation, la santé et les politiques familiales notamment. Le PQ fera en sorte qu'Ottawa se retire de ces champs, et ce, non sans une compensation financière pleine et entière.

«Nous sommes convaincus qu'il faut passer de l'unique approche du tout ou rien à celle du toujours plus pour les Québécois. Nous voulons utiliser toutes les compétences du Québec pour faire avancer les Québécois», a fait valoir Pauline Marois, accompagnée du député de Borduas, Pierre Curzi, et du président du PQ, Jonathan Valois.

La chef péquiste est cependant restée plutôt vague sur les moyens à prendre pour conquérir de nouveaux pouvoirs. Les référendums sectoriels, évoqués cette semaine dans les cercles péquistes, non sans provoquer quelques remous, n'ont pas été mentionnés d'entrée de jeu hier.

Les calculs ont en toute vraisemblance été faits dans les rangs péquistes. Selon des sondages internes brandis hier, plus de 70 % des Québécois se disent favorables à l'ouverture d'un débat constitutionnel avec Ottawa pour le rapatriement de tous les pouvoirs en matière de culture et de langue ainsi qu'à l'établissement d'une seule déclaration de revenus.

Mme Marois n'a pas exclu de recourir à des référendums sectoriels s'il s'avérait qu'Ottawa se fasse imperméable aux demandes québécoises. «Notre objectif, ce n'est pas de tenir des référendums sectoriels. [Mais] nous allons utiliser la panoplie de tous les moyens qui existent», a-t-elle indiqué, rappelant que l'objectif central demeure la tenue d'un référendum sur la souveraineté.

Ménageant à la fois son aile plus pressée et celle plus réaliste, elle a réitéré sa volonté de tenir un référendum le plus rapidement possible, idéalement dans un premier mandat péquiste. Fidèle toutefois à la tradition des chefs qui l'ont précédée, elle a assuré que l'aventure serait tentée seulement si la partie pouvait être gagnée. «Nous serons prêts à [tenir un référendum] lorsque nous aurons la conviction que nous avons un appui majoritaire de la population», a souligné Mme Marois. «Ce que nous voulons, c'est qu'à terme, le Québec récupère tous les pouvoirs et devienne pleinement souverain», a-t-elle ajouté.

En plus de rapatrier des pouvoirs à Ottawa, un gouvernement souverainiste exploiterait davantage sa marge de manoeuvre dans les champs de compétence qui sont déjà les siens en adoptant une Constitution québécoise assurant notamment la primauté de la langue française, la promotion de la culture, la laïcité et l'égalité entre les hommes et les femmes. La loi 101 serait renforcée pour y obliger les entreprises de moins de 50 employés à franciser leurs employés et à confirmer l'utilisation du français dans leurs communications avec l'administration gouvernementale. Le PQ ferait aussi de l'enseignement de l'histoire nationale dans les écoles son cheval de bataille en éducation.

Aussi, un gouvernement péquiste occuperait tout l'espace législatif que Québec partage actuellement avec Ottawa. Le PQ désire notamment «prendre l'initiative» en matière d'environnement, de développement économique, d'immigration, et d'agriculture.

Le plan expliqué hier n'est pas sans rappeler la proposition avalisée par les militants lors de l'arrivée de la nouvelle chef, en mars 2008. Tout en introduisant le concept de «gouvernance nationale», qui comprend des gestes d'affirmation nationale et de revendication auprès du fédéral, Pauline Marois convainquait alors les militants de la dispenser de l'obligation de tenir un référendum dans un premier mandat.

Les suggestions seront débattues lors du prochain congrès national du parti, au printemps 2011. «En le présentant aujourd'hui, ça permet aux militantes et aux militants de s'approprier ce que je propose et d'en débattre avec leurs concitoyens et, lorsque nous arriverons à l'élection, notre plan d'action sera clair. Il sera sans doute bonifié, resserré par rapport à ce que je propose aujourd'hui. Donc, c'est aussi un instrument de mobilisation et d'animation», a dit Mme Marois. D'ici là, la chef du PQ soumettra le plan à la Conférence nationale des présidentes et présidents du PQ le 13 juin prochain à Rivière-du-Loup.

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