Béchard ne veut pas des déchets nucléaires venus d'ailleurs

«Ça ne se fera pas au Québec!» C'est en ces termes qu'a réagi hier le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, au projet Securad de stockage de déchets nucléaires dans la région de Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord, exposé hier par Le Devoir.

Le ministre a ajouté en entrevue téléphonique que le Québec n'a ni le besoin ni le goût d'accueillir un site d'entreposage à long terme des déchets nucléaires du reste du Canada et de l'étranger.

«Avec seulement 3 % des déchets nucléaires canadiens, je ne vois pas pourquoi on écoperait des déchets du reste du pays», précise le ministre, qui rappelle que son parti a aussi appuyé la motion adoptée par l'Assemblée nationale l'automne dernier pour s'opposer à toute forme d'importation de déchets nucléaires au Québec.

Alors, pourquoi Hydro-Québec siège-t-elle toujours au sein de la Société de gestion des déchets nucléaires du Canada? «Parce qu'on veut être à la table pour voir ce qui s'en vient, affirme le ministre. Hydro-Québec a le mandant d'informer les autres partenaires et de leur dire qu'avec 3 % des déchets du pays, on n'ira pas très loin» avec un projet de stockage en territoire québécois.

Le ministre québécois estime que les méthodes de stockage d'Hydro-Québec à la centrale nucléaire de Gentilly-2 sont sécuritaires et permettent d'attendre qu'un site de stockage définitif soit construit quelque part au Canada.

Mais la loi fédérale, reconnaît Claude Béchard, impose à Hydro-Québec de participer au processus de sélection d'un site et de verser 4 millions par année en plus des 20 millions versés initialement pour mettre en marche le processus. L'Ontario a initialement versé 500 millions et sa contribution annuelle s'élève à 100 millions.

Claude Béchard est cependant conscient «qu'on ne peut pas empêcher le fédéral» d'examiner ou même d'implanter un projet de stockage au Québec en raison de la prépondérance constitutionnelle des lois fédérales. Mais au plan politique, ce serait une autre affaire.

Le ministre se déclare par ailleurs très sceptique quant à la possibilité de voir le gouvernement Williams de Terre-Neuve, une province qui n'a aucun équipement nucléaire, accepter ce projet chez lui, comme le promoteur du projet Securad l'a laissé entendre en entrevue hier au Devoir.

En effet, l'ingénieur Guy Arbour a indiqué que son projet de s'établir sur la Basse-Côte-Nord «était toujours actif». Il précise que le projet est présentement en phase de financement et d'examen d'une campagne d'information pour obtenir éventuellement l'adhésion de la région à la suite d'un débat qu'il espère rigoureux et objectif, compte tenu de l'importance des retombées économiques pour cette région.

Il regrette que le Devoir ait publié un extrait d'un document de son groupe, qui datait de quelques années, dit-il, et dans lequel «on était optimiste sur une entente prochaine avec les maires». Le projet Securad étant au ralenti depuis deux ans, dans l'attente de l'accélération du processus fédéral, Guy Arbour dit craindre de perdre prématurément l'appui des maires, qu'il espérait obtenir sur la foi d'études plus complètes.

Le p.-d.g de Securad évoque aussi la possibilité de transférer son projet du côté de Terre-Neuve, dans la région du lac Melville, si les élus québécois de la Basse-Côte-Nord n'en veulent pas chez eux, comme devait l'affirmer plus tard hier après-midi le président du Conseil des maires de la région, Randy Jones, maire de Gros-Mécatina.

Selon le maire Randy Jones, «jamais les maires de la région n'ont appuyé de près ou de loin ce projet qui, en réalité, ne nous semble pas très sérieux, compte tenu du flou des réponses que nous avons obtenues à nos questions. Oui, les promoteurs du projet nous appellent souvent, mais on ne répond plus. Ils nous ont même invités à visiter des centrales nucléaires en Ontario. Mais aucun maire d'ici n'a accepté l'invitation. On a assez de problèmes avec notre eau potable, nos eaux usées et l'absence de routes pour ne pas ajouter les déchets nucléaires en plus. On est une région de pêcheurs, et voir des navires bourrés de matériel irradié passer par ici n'intéresse personne. On ne va pas risquer de contaminer le golfe et de perdre le plus beau coin de la province. On ne veut pas devenir la fosse septique du reste de la planète. Je ne veux pas parler pour nos voisins de Terre-Neuve, mais je ne pense pas que le comité de réception sera meilleur de ce côté-là.»

Quant au Parti québécois et au Bloc, ils ont écrit tous les deux ces derniers jours à la Société fédérale de gestion des déchets nucléaires, qui avait transporté son matériel d'information hier à Trois-Rivières, pour faire état de leur opposition la plus totale au projet.

Certes, reconnaît Scott McKay, porte-parole du PQ en matière d'environnement, la prépondérance du fédéral en matière d'énergie nucléaire est difficile à contourner au plan juridique. Mais si Ottawa amorçait l'examen d'un site de stockage au Québec, ce serait, dit-il, un défi inacceptable aux pouvoirs du Québec et de ses régions de planifier elles-mêmes l'aménagement du territoire.

À l'opposition des écologistes et des anti-nucléaires, dont Le Devoir faisait état hier, s'est ajouté hier celle de la députée de Duplessis, Lorraine Richard, qui promet «une vive opposition» si le processus fédéral envisage quelque scénario de stockage pour la Basse-Côte-Nord.
6 commentaires
  • Robert Dufresne - Inscrit 3 juin 2009 07 h 51

    Les retombées

    Jusqu'où iras-t-on pour profiter de retombées économiques ? Le projet La Romaine a été accepté sous ce rêve, allons nous accepter les déchets nucléaires ? Les fameuses retombées économiques se transformeront-elles en retombées nucléaires ?

  • Simon Blais - Inscrit 3 juin 2009 09 h 34

    Y'a pas 36 places où mettre ces déchets

    Tiens, pourquoi ne pas enfouir les déchets nucléaires en Alberta? Après tout, ils ont déjà creusé les trous!

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 3 juin 2009 09 h 49

    À chacun ses poubelles...

    Il faut se méfier du gouvernement libéral, combien de fois le PLQ a laissé entendre une chose tout en faisant exactement le contraire? Le ministre Béchard disait en entrevue téléphonique: «le Québec n'a ni le besoin ni le goût d'accueillir un site d'entreposage à long terme des déchets nucléaires du reste du Canada et de l'étranger ».

    « Le goût et le besoin d'accueillir... », c'est équivoque, mou et flottant comme réponse et laisse perplexe quant au désir de défendre véritablement les intérêts supérieurs du Québec face à Ottawa. Pourquoi ne pas affirmer haut et fort que non jamais le Québec ne servira de poubelles aux déchets nucléaires, radioactifs et dangereux de type REFIOM, DMS, DTQD, etc. Le Québec n'est pas, et ne sera jamais la poubelle nucléaire des autres provinces.

    Si, d'autre part, aux yeux de Securad la région du lac Melville au Labrador semble une option en cas de refus des élus de la région de la Basse Côte Nord, qu'en disent les Innus? N'ont-ils pas eux aussi comme premier devoir de protéger leurs territoires ancestraux pour les générations à venir?

    L'Ontario est la province qui utilise et exploite actuellement le plus de produits radioactifs. À ce que je sache, la formation rocheuse précambrienne du bouclier canadien couvre aussi une grande partie de cette province, qu'elle assume ses chois et à chacun ses poubelles.

  • Fernand Trudel - Inscrit 3 juin 2009 10 h 54

    Béchard influencé par les écolos.

    Ou mettrons-nous les déchets radioactifs de Gentilly II ? Peut-être en plein centre de Montréal, la poubelle de la province, notre Naples québécoise? Plus précisément dans le sous-sol du terrain de la Maison du développement durable donné par l'Hydro à Équiterre, le bébé de Steven Guilbault pour services rendus. Ou tout simplement dans l'usine d'éthanol de Varennes qui a coûté 200 millions sans produire une seule goutte de cette énergie "miracle".

    On pourrait eut-être noliser un bateau pour l'envoyer aux russes comme ça se fait en Europe. Des convois ferroviaires traversent de part en part l'europe pour aller enfouir les déchets des centrales nucléaires françaises, espagnoles, allemandes, etc... dans le sous-sol russe...

    Mais trèvce de plaisanteuries, dans le grand-nord loin de la civilisation ce serait un site idéal. Je ne suis pas surpris que Béchard subisse encore l'influence de ses amis les écolos qu'il a subventionné à tour de bras. C'est ce que sa réplique reprise par le haut-parleur des alarmistes du climat, Louis-Gilles Francoeur, me laisse comme impression...

  • cyril109 - Abonné 3 juin 2009 20 h 57

    L'Ontario nous aide, aidons l'Ontario, seulement.

    Si l'Ontario n'avait pas de centrales nucléaires, elle en aurait au charbon. Le Québec gagne beaucoup à ne pas recevoir de pollution de centrales au charbon de l'Ontario.

    Comme nous recevons des bénéfices, nous devrions aussi supporter une part des responsabilités des déchets nucléaire de l'Ontario. Et de l'Ontario seulement.