Le réseau des FIER: une «réussite», selon Charest

Québec — Le premier ministre Jean Charest a qualifié, hier, le réseau des FIER de «réussite» au moment même où son ministre Raymond Bachand annonçait qu'il ordonnait à Investissement Québec de mener une enquête interne sur ces sociétés privées de capital de risque régional qui sont financées aux deux tiers par des fonds publics.

La chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, a réclamé plutôt une enquête en bonne et due forme du vérificateur général du Québec sur les 30 FIER régionaux auxquels l'État a consenti 200 millions, ce que le gouvernement a rejeté du revers de la main. Le porte-parole péquiste en matière d'économie, le député de Rousseau, François Legault, y est allé hier d'autres révélations sur des conflits d'intérêts possibles qui impliqueraient Valier Boivin, l'associé de Pietro Perrino. La députée de Taschereau, Agnès Maltais, s'est intéressée à l'hôtel de luxe pour chiens et chats, l'hôtel Muzo de Montréal, dans lequel a investi le FIER Montestrie Capital, ce qui a permis au ministre des Finances et du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, de se porter à la défense «des millions de Québécois qui sont propriétaires de chiens et de chats».

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, Jean Charest, a déclaré que les FIER (Fonds d'intervention économique régionale) «sont le miroir également de leur économie régionale», un «succès» qui a permis de créer 2000 nouveaux emplois et d'en maintenir 5000 autres. Il a accusé l'opposition officielle de salir des réputations, notamment celle de Liza Frulla, qui siège au conseil d'administration d'IQ FIER, la filiale d'Investissement Québec (IQ) chargée de superviser le réseau des 30 FIER-Régions et des 14 FIER-Soutien.

Pauline Marois a dénoncé le fait que Raymond Bachand demande à IQ de «s'enquêter sur eux-mêmes» alors que l'organisme, tout comme le ministre, ont «d'abord innocenté tout le monde pour ensuite se rétracter». Cette enquête interne «n'est absolument pas crédible», juge-t-elle.

La chef péquiste a toutefois reconnu que le vérificateur général n'a pas d'autorité directe sur les FIER étant donné que ce sont des sociétés privées.

Dans une lettre adressée à Robert Cloutier, le président du conseil d'IQ, Raymond Bachand demande à IQ FIER, présidé par l'ancien député libéral démissionnaire Jean-Sébastien Lamoureux, de revoir des dossiers FIER avec l'aide de ses vérificateurs internes et externes, soit le vérificateur général et Deloitte et Touche, en plus de «soumettre un rapport de conformité au comité de vérification d'Investissement Québec». IQ FIER doit procéder à «un examen minutieux de la gouvernance du programme et des règles de conflits d'intérêts». La gouvernance des FIER «comporte un degré de complexité» puisqu'il fait concilier l'intérêt public, les bonnes pratiques d'affaires et «l'esprit d'entreprise des entrepreneurs», écrit le ministre. L'exercice doit se conclure par la formulation de recommandations au ministre sur des changements à apporter au programme, «en particulier [un changement] au pourcentage d'investissement devant être effectué dans la région d'origine».

De son côté, le député de Shefford et porte-parole adéquiste en matière de finances, François Bonnardel, est revenu sur le cas des FIER ID, de Montréal, Anges Québec, ID Capital et Télésystèmes, une société de Charles Sirois et de sa famille, quatre entités qui partagent la même adresse. À M. Bachand, le député a posé, à deux reprises, une question simple à laquelle il n'a pas obtenu de réponse: «Est-ce qu'un investisseur peut démarrer un FIER, obtenir deux fois son investissement de l'argent des contribuables, siéger au conseil d'administration de ce FIER et réinvestir ces fonds publics dans ses propres entreprises?»

François Legault s'est à nouveau penché sur les cas du FIER Boréal-02 et du FIER Ville-Marie, tous deux dirigés par Pietro Perrino et Valier Boivin, deux sympathisants libéraux. Les deux FIER ont investi 375 000 $ et 1 million dans les Systèmes BUS, une société dont M. Boivin est à la fois actionnaire et administrateur. Systèmes BUS a été revendue à perte depuis pour quelque 500 000 $, selon le PQ. Or, Valier Boivin a perçu en tant qu'avocat des honoraires de 202 000 $ de la jeune entreprise en 2006 et 2007. «Est-ce qu'il peut nous dire si, oui ou non, il y a eu conflit d'intérêts?» a demandé M. Legault au ministre.

Pour sa part, Agnès Maltais n'a pas manqué d'en faire sourire plus d'un au Salon bleu quand elle a décrit l'objet d'un placement de 250 000 $ que le FIER Montrestrie a fait à l'extérieur de sa région. L'hôtel Muzo, qui a pignon sur rue à Montréal, est un hôtel de luxe pour chiens et chats avec «télévision, webcam, gym, limousine, collations, lit douillet, bol surélevé», a signalé la députée. «Il n'y a pas de sotte entreprise», a répliqué Raymond Bachand, qui a dénoncé «cette argumentation méprisante, hautaine envers les industries de service du Québec».

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