Entrevue avec Luc Harvey, battu dans Louis-Hébert - Pour remonter la pente au Québec, le PC devra suer sang et eau

Luc Harvey
Photo: Luc Harvey

Le Parti conservateur a beaucoup de travail à faire pour remonter au Québec, estime l'ancien député conservateur Luc Harvey. À commencer par trouver des porte-parole plus présents et charismatiques dans la province.

Ottawa — Le Parti conservateur a un «travail important» devant lui s'il veut remonter la pente au Québec et espérer faire des gains, estime l'ancien député conservateur Luc Harvey, battu lors des dernières élections dans la circonscription de Louis-Hébert, à Québec.

Lors d'une longue entrevue avec Le Devoir, Luc Harvey a livré le fond de sa pensée sur la situation du Parti conservateur dans la province et sur les leçons qu'il a tirées de la dernière élection, qui a été difficile pour les troupes de Stephen Harper au Québec. «J'ai toujours dit ce que je pense, je ne dois rien à personne», dit-il.

Luc Harvey lance d'entrée de jeu que la situation du Parti conservateur (PC) au Québec n'est pas «désespérée». Les choses peuvent changer rapidement, comme c'est souvent le cas en politique, juge-t-il. «Je ne suis pas désespéré du tout. Mais il faut reconnaître qu'il y a un travail important à faire au Québec. Les racines conservatrices ne sont pas aussi profondes que dans d'autres provinces.»

Selon l'ancien député, qui a été battu dans sa circonscription par le Bloc québécois en octobre dernier, le PC doit avoir un lieutenant au Québec et des ministres beaucoup plus visibles. «Ça prend quelqu'un pour donner la réplique à Gilles Duceppe. Ça prend quelqu'un de très présent au Québec. Denis Coderre réussit à le faire pour les libéraux, mais pour le Parti conservateur, il y a qui? Il n'y en a pas présentement», dit Luc Harvey.

Lorsqu'on lui fait remarquer que le ministre Christian Paradis devrait être en mesure de jouer ce rôle, lui qui est lieutenant de Stephen Harper au Québec, Luc Harvey répond: «Il devrait en effet être cette personne, mais il n'a pas encore réussi à prendre cette place.»

Peut-être que l'homme n'a pas la personnalité ou le temps pour s'en occuper, lui qui est aussi ministre des Travaux publics et responsable de Montréal, avance M. Harvey. «Ça prend quelqu'un qui est capable d'accrocher les médias et qui utilise les bons mots. Il faut attirer l'attention et mettre de la couleur. Regardez Denis Coderre, c'est le Dale Hunter de la politique! Il fonce sans arrêt. Parfois, il se casse la gueule, mais il continue.»

Mauvaise communication

Ce manque de visibilité a été criant lors de la dernière élection, estime Luc Harvey. Alors que Gilles Duceppe peut se contenter de faire campagne au Québec, Stephen Harper doit parcourir le pays, ce qui crée souvent un vide dans la province. «Les ministres n'ont pas fait leur job! C'était à eux de donner la réplique à Duceppe, mais on ne les a pas vus», dit-il.

Lui-même a appris de sa défaite électorale. «J'ai payé pour mes erreurs. C'est une leçon d'humilité de perdre. Au début de la campagne, je menais par 15 points dans mon comté. Je ne pensais jamais perdre. Mais j'ai laissé trop de terrain au Bloc. J'ai joué trop défensif. J'ai été déconcentré par les attaques du Bloc. J'aurais dû répondre coup pour coup», dit-il.

Autre faux pas de la dernière campagne selon lui: la mauvaise communication autour des compressions en culture. «Josée Verner n'a pas fait son travail là-dessus. Je sais qu'elle ne sera pas de bonne humeur après moi, mais c'est la vérité. Il n'y avait aucune raison de donner autant d'importance à la révision de ces programmes. Ç'a dérapé. Les artistes ont chialé parce qu'on leur coupait leurs voyages en Europe, et les gens ont retenu qu'on était contre les artistes. Pourtant, on a mis beaucoup d'argent dans la culture depuis 2006. Quelqu'un doit prendre la responsabilité de ce dérapage», dit-il.

Limiter le pouvoir fédéral de dépenser

Selon Luc Harvey, Stephen Harper a encore un atout dans sa manche au Québec d'ici aux prochaines élections: la limitation du pouvoir fédéral de dépenser, une promesse de 2006 qu'il tarde à remplir. «La particularité du Québec serait bien servie. Ça renforcerait le message conservateur qui veut que chaque gouvernement s'occupe de ses affaires», dit-il.

Après sa défaite, Luc Harvey est rapidement retombé sur ses pieds. Il est présentement président de l'entreprise Humus Canada, qui se spécialise dans le recyclage des matières putrescibles. Elle transforme des matières organiques en engrais pour les agriculteurs, ce qui évite d'utiliser des ingrédients chimiques dans les champs. Humus Canada prévoit construire une nouvelle usine d'une valeur de cinq millions de dollars dans la région de Saint-Hyacinthe. Luc Harvey est donc constamment sur la route entre Québec et cette région au nord-est de Montréal.

Harvey veut se représenter

Pense-t-il refaire de la politique un jour? Oui, répond-il, mais tout dépendra du moment. «Je vais me représenter, mais où et quand, c'est une autre histoire. J'ai bien aimé mon expérience en politique.»

Il n'écarte pas l'idée de se représenter si des élections fédérales ont lieu tard à l'automne ou dans un an. «95 % de mon énergie va à l'entreprise, alors si des élections avaient lieu maintenant, je passerais mon tour. Mais après, on verra», dit-il, ajoutant que le Parti conservateur lui a demandé de se présenter de nouveau.

Son ancienne circonscription de Louis-Hébert, à Québec, l'intéresse toujours. Aucune investiture n'a eu lieu pour l'instant. «J'ai vécu là. Je suis attaché à ce comté.» Mais s'il doit faire déménager sa famille dans la grande région de Montréal en raison de son nouvel emploi, il pourrait se présenter ailleurs, dit-il.

À voir en vidéo