Bienvenue M. Bachand... en terrain miné

Québec — L'opposition officielle juge que le nouveau ministre des Finances, Raymond Bachand, n'a pas la poigne nécessaire pour s'opposer au premier ministre Jean Charest contrairement à celle qu'il remplace, Monique Jérôme-Forget.

C'était le premier échange à l'Assemblée nationale, hier, entre Raymond Bachand dans ses nouvelles fonctions et le critique péquiste en matière de finances, François Legault. Le député de Rousseau a commencé par souhaiter bonne chance à M. Bachand et lui offrir sa collaboration. Mais le pot n'était pas loin.

Déçu de la réponse du ministre à sa question sur la nomination du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Michael Sabia, le porte-parole péquiste a douté de la capacité de M. Bachand de s'imposer devant son chef. «Le nouveau ministre des Finances cautionne déjà les agissements du premier ministre sans avoir tous les faits et je pense que ça confirme ce que plusieurs analystes ont dit au cours des dernières heures, c'est que le nouveau ministre des Finances, il n'a pas la colonne vertébrale pour tenir tête au premier ministre», a lancé François Legault.

«Je constate que la collaboration et le ton de courtoise n'ont pas duré très, très longtemps», a répliqué M. Bachand.

François Legault cherchait à savoir si le ministre avait demandé des précisions au président du conseil de la Caisse, Robert Tessier, relativement au processus qui a conduit à la nomination de M. Sabia. «Est-ce que le ministre des Finances trouve acceptable que le président du conseil d'administration, M. Tessier, n'ait rencontré qu'un seul candidat, comme s'il y avait juste une personne qui était assez compétente au Québec pour être président de la Caisse?», a demandé le député.

Michael Sabia est un «homme remarquable» qui est «en place» comme président de la Caisse, a fait valoir M. Bachand. Le ministre s'est dit «tourné vers l'avenir et non pas vers le passé», vers le développement économique. «Je fais une totale confiance au premier ministre du Québec», a-t-il ajouté.

On sait, par ailleurs, que le nouveau ministre doit composer avec des finances publiques précaires. Quand Mme Jérôme-Forget a reconnu, à la mi-février, pour la première fois que l'État québécois essuierait en 2009-10 un premier déficit en dix ans, la ministre avait évoqué «une détérioration brutale en janvier» des revenus de l'État. Or, selon le rapport mensuel du ministère des Finances pour le mois de janvier, rendu public hier, cette chute n'a pas été aussi brutale que cela. Ainsi, les revenus autonomes de l'État n'ont baissé que de 20 millions sur un total de 4,178 milliards en janvier 2008. L'impôt sur le revenu a augmenté de 6 % et les taxes à la consommation ont diminué de 1 %. L'impôt des sociétés a chuté de 42 %, mais il ne compte que pour une faible part des revenus. Au total, on note une baisse des revenus budgétaires de 108 millions pour un solde négatif de 22 millions, contre un surplus de 277 millions en janvier 2008.

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