La dame de fer jouera les grands-mères

«Je vais retrouver ma famille, mes petits-enfants, ma filleule, mon mari», a dit Monique Jérôme-Forget, âgée de 68 ans.
Photo: Jacques Nadeau «Je vais retrouver ma famille, mes petits-enfants, ma filleule, mon mari», a dit Monique Jérôme-Forget, âgée de 68 ans.

Québec — Monique Jérôme-Forget, la dame de fer du gouvernement libéral, a quitté, hier, la vie politique, après l'adoption de son dernier budget, comme elle l'avait planifié avant les élections. Le premier ministre Jean Charest l'a prestement remplacée au poste de ministre des Finances par le candidat tout désigné, Raymond Bachand.

C'est en matinée, tout juste avant la réunion du conseil des ministres, que la ministre des Finances, accompagnée de Jean Charest, a annoncé son départ. «J'avais pris la décision très sereinement, il y a déjà pas mal longtemps, qu'après le vote du budget je partirais», a-t-elle indiqué. Lors d'une conférence de presse en après-midi à Montréal, Monique Jérôme-Forget a confirmé qu'elle ne voulait pas se présenter aux dernières élections du 8 décembre, mais que Jean Charest avait insisté pour qu'elle fasse un dernier tour de piste pour le bien des troupes libérales. «Je vais retrouver ma famille, mes petits-enfants, ma filleule, mon mari», a dit la ministre âgée de 68 ans. Durant les prochaines semaines, elle se consacrera à l'étude intensive de l'espagnol au Mexique. Contrairement à Philippe Couillard, qui a démissionné en juin 2008, elle n'a sollicité aucun poste et on ne lui en a pas offert, a-t-elle précisé.

En après-midi, Jean Charest et Raymond Bachand se sont présentés devant le lieutenant-gouverneur, Pierre Dufresne, pour l'assermentation du nouveau ministre des Finances. Raymond Bachand conserve sa charge de ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation ainsi que la responsabilité de la région de Montréal. En revanche, la responsabilité des Infrastructures, que Mme Jérôme-Forget s'était réservée, échoit désormais à la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay. C'est elle qui se chargera de défendre les partenariats public-privé (PPP).

Raymond Bachand a souligné que sa collègue démissionnaire lui avait laissé «les choses en bon ordre», même si l'État québécois essuiera des déficits totalisant près de huit milliards pour les deux prochaines années, selon les prévisions. «Le défi du Québec au printemps 2009 dans la récession mondiale, c'est de s'assurer que notre économie continue de rouler grâce à ce qu'on fait dans l'ensemble des programmes. Et c'est une bonne période pour avoir une jonction développement économique et finances», juge-t-il.

Le départ de Mme Jérôme-Forget fait en sorte que la parité hommes-femmes dans le cabinet Charest est brisée, le conseil des ministres se retrouvant avec 25 membres.

Monique Jérôme-Forget, à qui l'on doit les expressions «ma sacoche» et «le syndrome de la pépine», a cité trois réalisations qui, selon elle, ont marqué son bilan: le règlement de l'équité salariale, qui a bénéficié à 400 000 Québécoises, le programme d'infrastructures de 35 milliards, qui fut porté à 41 milliards, et le contrôle des dépenses qu'elle a exercé et qui fut suivi par le relèvement de la cote de crédit du Québec. Elle s'est dit particulièrement fière d'avoir «attaché les mains des politiciens pour les prochains 15 ans» avec une loi qui oblige l'État à entretenir les infrastructures publiques.

Monique Jérôme-Forget n'a pas mentionné, dans cette courte liste, le projet de réingénierie dont elle s'était faite la championne dès 2003. Mais plus tard en après-midi, elle a défendu les PPP qui ont permis de réaliser des économies d'un milliard pour les autoroutes 30 et 25 et qui donneront aussi de bons résultats pour les grands hôpitaux universitaires, selon elle.

Les quatre derniers mois de sa vie politique ont été particulièrement éprouvants pour Mme Jérôme-Forget. Après avoir soutenu qu'il n'y aurait pas de déficit en campagne électorale, elle a dû se résigner à signer un budget déficitaire pour 2009-10. En outre, elle a dû subir les attaques de l'opposition relativement à la perte de 40 milliards de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La ministre démissionnaire a d'ailleurs promis de sortir de sa retraite pour comparaître devant la Commission des finances publiques qui se penchera ce printemps sur les résultats désastreux de la Caisse, si les parlementaires réclament sa participation. Elle a toutefois prévenu qu'elle n'avait rien à ajouter à son témoignage sur le sujet devant la même commission en mars.

Jean Charest a souligné, hier, que c'est lui, en 1998, quand il était chef de l'opposition officielle, qui l'a convaincue de laisser l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) qu'elle présidait pour se porter candidate dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys.

Le premier ministre a loué la femme politique. Mme Jérôme-Forget est «pour les femmes du Québec un exemple de courage, de leadership, de persévérance, de détermination et d'originalité».

Rappelant que Mme Jérôme-Forget avait été pendant près de six ans à la tête du Conseil du trésor, Jean Charest a affirmé qu'elle avait fait sa marque dans la gestion des fonds publics en faisant en sorte que la croissance des dépenses de l'État soit l'une des plus faibles au Canada. En tant que ministre des Finances, elle a signé en 2007 «le budget des infrastructures et des réductions d'impôt pour la classe moyenne d'un milliard», puis l'année suivante, un budget qui marquait «un virage» dans la fiscalité pour encourager l'investissement avec l'abolition de la taxe sur le capital, et enfin, un budget «courageux» pour affronter le ralentissement économique, a fait valoir Jean Charest.

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Avec la collaboration d'Alexandre Shields

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