Départ de Monique Jérôme-Forget - Jean Charest perd son paratonnerre, dit l'opposition

Québec — L'opposition a accusé Jean Charest de s'être servi de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, comme d'un «bouclier» ou encore d'un «paratonnerre» et d'être responsable de son départ.

Monique Jérôme-Forget semblait en mission commandée pour le premier ministre depuis les dernières élections, estime la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois. «M. Charest lui a fait jouer le rôle de paratonnerre», a-t-elle souligné. «C'est évident que les derniers mois auront terni un peu son image.»

«C'est un gros morceau qui part et c'est inquiétant pour le gouvernement Charest», juge Mme Marois.

Bien qu'elle ait dit qu'elle admirait Mme Jérôme-Forget, Mme Marois n'a pas manqué de souligner qu'après une première partie de mandat «plus lumineuse», la ministre a renoncé à ses objectifs durant la dernière année et demie et on se retrouve aujourd'hui avec une «situation budgétaire très critiquable».

De son côté, le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, n'a pas voulu émettre de critique envers son adversaire. «Aujourd'hui, c'est la journée de Monique», a-t-il dit. «Je perds une adversaire coriace, une femme de caractère, qui m'a souvent fait enrager mais qui m'a aussi fait souvent sourire.»

Pour le député adéquiste François Bonnardel, Monique Jérôme-Forget, c'était la crédibilité du gouvernement. Mais elle quitte la vie politique sur un échec: la situation de la Caisse de dépôt, l'explosion de la dette, la réingénierie qui n'a pas fonctionné. «Le premier ministre a emmené Monique Jérôme-Forget dans des pièges successifs et aujourd'hui, le premier ministre perd son principal bouclier», a fait valoir François Bonnardel.

À l'Assemblée nationale, Jean Charest a accusé Pauline Marois d'avoir manqué «d'élégance» en critiquant Mme Jérôme-Forget le jour de sa démission alors que François Legault s'en est abstenu. Le premier ministre a rappelé que Mme Jérôme-Forget, de son côté, avait rendu hommage à Mme Marois au moment de son retrait de la vie politique.

Les parlementaires ont finalement a adopté une motion unanime pour souligner le départ de Mme Jérôme-Forget même si celle-ci avait émis le souhait que les élus s'abstiennent de lui rendre hommage.

Autres réactions

Par ailleurs, la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFM), Michèle Asselin, a salué d'entrée de jeu la contribution de Mme Jérôme-Forget au règlement de l'équité salariale. Cependant, Mme Asselin juge que la «dame de fer» s'est montrée «très peu sensible aux questions de pauvreté».

Pour sa part, le président du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPPGQ), Gilles Dussault, a insisté sur le fait que le bilan de la ministre en matière d'équité salariale n'était pas aussi positif que celle-ci l'a laissé croire hier.

Il a ainsi rappelé qu'une fois terminés les travaux déterminant les classes d'emplois discriminées, Mme Jérôme-Forget et Michel Audet, le ministre des Finances de l'époque, avaient, au mois d'octobre 2006, demandé à la Commission de l'équité salariale d'étaler le versement des indemnités sur sept ans au lieu de quatre. Cette dernière avait finalement décidé d'un étalement sur six ans, ce qui aurait, selon lui, fait perdre des millions de dollars aux personnes visées par l'équité salariale.

«En somme, il serait plus juste que Mme Jérôme-Forget se présente comme la championne du patronat face aux revendications légitimes des femmes que comme la championne de l'équité salariale», a laissé tomber M. Dussault.

Pour le Conseil du patronat du Québec, la ministre et son gouvernement «ont démontré une préoccupation pour la compétitivité fiscale du Québec» en abolissant dès 2008 la taxe sur le capital pour le secteur manufacturier et en prévoyant l'abolir pour les autres secteurs au 1er janvier 2011. Du côté de l'impôt des particuliers, le Québec a pratiquement rejoint la moyenne canadienne sous la gouverne de Mme Jérôme-Forget, un résultat qui constitue «un incitatif au travail et un outil important pour la rétention des travailleurs très qualifiés au Québec».

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