Décrochage: Courchesne appuie les objectifs du rapport Ménard

Québec — Dans un geste aussi surprenant qu'inattendu, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a fait volte-face, hier, et a indiqué qu'elle voulait réduire le taux de décrochage scolaire de 31 à 20 %, d'ici à 2020.

Pendant deux heures, hier, la ministre avait été interpellée en Chambre par les députés de l'opposition à ce sujet, et elle avait toujours soigneusement évité de fixer l'objectif du gouvernement, tout en reconnaissant la nécessité de fixer une cible de réduction du taux de décrochage scolaire.

Elle disait qu'elle annoncerait plus tard les intentions du gouvernement. Mais lors d'un bref point de presse improvisé, à sa sortie de l'exercice, elle a indiqué explicitement qu'elle appliquerait intégralement les dix recommandations du rapport Ménard, dont celle visant à ramener à 20 % le taux de décrochage au secondaire public.

Au pouvoir depuis 2003, les libéraux de Jean Charest n'ont jamais fixé d'objectif chiffré de lutte contre le décrochage scolaire.

Vu l'ampleur du dossier et sa place dans l'actualité, la façon de procéder de la ministre peut étonner. L'opposition officielle ne mentionne même pas la volte-face de Mme Courchesne dans son communiqué, tellement sa sortie n'était pas prévue et s'est faite en quelques minutes, dans un corridor, en présence de seulement quelques journalistes.

Au Québec, au secondaire, le taux de décrochage au secteur public se situe autour de 30 %. Et il est encore plus élevé chez les garçons, de même qu'en milieu défavorisé.

Durant l'interpellation, Mme Courchesne avait reconnu qu'il fallait s'attaquer de toute urgence à ce fléau. «Il y a urgence d'agir», a-t-elle convenu, en disant vouloir «fixer très certainement des objectifs de résultats».

Mais malgré l'importance de l'enjeu, elle ne semblait pas prête à aller de l'avant, ce qui a contrarié le député de l'opposition officielle responsable du dossier, Pierre Curzi.

«Quels sont les objectifs de la ministre? Quand va-t-elle nous les donner ces objectifs-là? Où allons-nous trouver les moyens, parce que, quel que soit le plan d'action, il y aura forcément une utilisation de fonds publics. Alors, où seront-ils pris ces fonds publics-là? C'est inquiétant», a soutenu le député péquiste de Borduas.

La ministre disait qu'elle verrait plus tard à définir des cibles de réduction sur une base régionale.

Le rapport du groupe de travail dirigé par le banquier Jacques Ménard, de la Banque de Montréal, en est venu à la conclusion, en mars, que le problème avait pris de telles proportions qu'il fallait en faire un vaste chantier national de lutte contre le décrochage, et fixer des cibles précises et élevées.

M. Curzi a reproché à la ministre de demeurer très vague dans ses réponses, et de ne pas avoir de résultats probants à afficher, malgré six ans de pouvoir libéral.

«Plus vague et plus flou que ça, vraiment, il y a de quoi en perdre son latin», selon lui.

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