CHUM: des salles d'opération seront inutilisées durant cinq ans

Une portion des 39 salles d'opération prévues dès la phase 1 du futur CHUM demeureront inutilisées jusqu'à ce que l'hôpital soit achevé cinq ans plus tard, faute d'un nombre de lits suffisant pour hospitaliser tous les patients passés sous le bistouri. Ce n'est donc qu'en 2018 que les 772 lits seront disponibles et répondront au flot des chirurgies.

Comme l'a appris Le Devoir, cette situation s'applique également à un certain nombre de laboratoires et de salles d'imagerie médicale qui dormiront, sans équipement, entre la phase 1 et 2 de la construction du CHUM. «Il y aura pendant un certain temps plus de blocs opératoires et de plateaux techniques disponibles qu'il n'y en aura en fonction», confirme au Devoir le directeur général par intérim du CHUM, Serge Leblanc.

Il y a une semaine exactement, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, se plaisait à dire qu'en 2013, le CHUM serait «complet». Or, l'édifice devant être construit à l'arrière de l'actuel pavillon Saint-Luc constitue la phase 1 du projet et ne comptera qu'environ 400 des 772 lits prévus. Le deuxième édifice s'élèvera en lieu et place de Saint-Luc qui sera rasé. On devrait y trouver quelque 372 lits. Mais le partage du nombre de lits n'est pas définitif. Il pourrait varier selon les discussions qui auront lieu avec les deux consortiums soumissionnaires en partenariat public-privé que les gens proches du dossier appellent les «PPPistes».

Entre les deux phases de construction, la première devant théoriquement prendre fin en 2013 et l'autre, en 2018, l'offre de services du CHUM se limitera à un certain nombre des 35 spécialités prévues dans le projet définitif. Cela signifie que les patients continueront à être soignés dans les pavillons Notre-Dame et Hôtel-Dieu. Mais personne ne peut dire quelle spécialité médicale sera offerte à tel ou tel endroit. La démolition de Saint-Luc pour la deuxième phase n'entraînera pas automatiquement le déplacement des spécialités de cet hôpital dans l'édifice déjà construit.

«Il faut établir avec les PPPistes et les gens du CHUM la séquence des différents déplacements des activités cliniques. Bien que la construction se fasse en deux phases, il y en aura plusieurs pour les soins. [...] Je ne peux pas prédire comment ça va se passer», soutient Serge Leblanc.

Pour reprendre les exemples donnés par M. Leblanc, il se pourrait que la cardiologie, actuellement concentrée à l'Hôtel-Dieu, ou la neurologie que l'on retrouve à Notre-Dame, soit déménagée dans la phase 1 et que certaines spécialités de Saint-Luc, que l'on s'apprêtera à démolir, soient déménagées pour cinq ans dans l'un ou l'autre des pavillons existants.

Quels seront les critères pour choisir telle spécialité plutôt que telle autre? Rien n'est arrêté, confirme M. Leblanc

«Ce n'est qu'au moment de la fusion complète que le CHUM offrira les 35 spécialités. Un plan de transition est prévu», a expliqué l'attachée de presse du ministre de la Santé, Marie-Ève Bédard.

Tout ce va-et-vient reste toutefois à planifier, tout comme le nombre de lits ou même la traduction immobilière du plan clinique. Cela se décidera lors des négociations avec les soumissionnaires. L'exercice commencera le 20 avril prochain et s'étendra sur 44 semaines au cours desquelles se dérouleront 198 ateliers touchant l'ensemble des facettes du projet.

Le coup d'envoi de cette importante étape a été donné lundi dernier alors que le premier ministre Jean Charest a procédé au lancement officiel de l'appel de propositions qui avait été reporté à quelques reprises. Pour accélérer le processus, le gouvernement du Québec a décidé de passer outre aux règles habituelles de consultation publique afin de ne pas ralentir davantage le projet qui a été revu et corrigé à maintes reprises.

Serge Leblanc y a vu une volonté de premier plan de voir s'ancrer le CHUM le plus rapidement possible au centre-ville. Il reconnaît toutefois qu'il y a encore un scepticisme «légitime» dans les corridors. Selon lui, le chantier n'est plus très loin, et sa planification devrait se faire sans trop de heurts. «Ce qui reste n'est pas compliqué. On a établi tout notre programme fonctionnel et technique et il ne reste que quelques détails mineurs», soutient M. Leblanc.

Les changements apportés l'automne dernier à la suite du lobby assidu des médecins spécialistes ont fait en sorte que le CHUM comptera 772 lits plutôt que 700 et 39 salles d'opération plutôt que les 30 d'abord prévues. Les blocs opératoires seront concentrés dans le premier édifice. Quelles spécialités s'y retrouveront les premières? Et combien de lits pourront répondre au volume des opérations chirurgicales? Chose certaine, il y aura un grand ballet que d'aucuns tenteront sinon d'orchestrer, du moins d'influencer.

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