La nomination de Sabia a été bâclée, dénonce le PQ

La décision de Michael Sabia de renoncer jeudi à toute vitesse à ses options d'achat d'actions de BCE est une preuve supplémentaire que son embauche s'est faite sans la moindre rigueur de la part du gouvernement, selon ce qu'ont martelé péquistes et adéquistes hier.

«Ce qu'on a vécu hier [jeudi] démontre que le processus de nomination qui a été dirigé par Jean Charest a été précipité, bâclé et improvisé», a lancé le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault. «Ça prouve que les vérifications de base n'ont pas été faites» sur les actifs que possédait le nouveau président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement.

M. Legault se montre aussi très critique du rôle joué par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget. «Encore une fois, elle ne semble pas dans le coup: elle semble toujours deux coups en retard», juge-t-il.

Il souligne ainsi la confusion de Mme Jérôme-Forget lorsqu'elle a affirmé que la fiducie de M. Sabia avait déjà été créée, contrairement à ce que ce dernier a par la suite indiqué dans un communiqué émis jeudi soir et dans lequel il disait renoncer à 863 000 options d'achat d'actions de BCE. «Elle nous a dit aussi, à l'Assemblée nationale, que c'était déjà fait, que les actions étaient déjà dans une fiducie, alors que ce n'est pas le cas, explique-t-il. Qu'elle soit deux coups en retard, comme ministre de tutelle, moi ça me préoccupe.» Les péquistes exigent de plus de «reprendre le processus de nomination».

Le porte-parole adéquiste, François Bonnardel, a affirmé pour sa part que, dans l'empressement qui a mené à la nomination de M. Sabia, le président du conseil d'administration de la Caisse, Robert Tessier — lui-même nommé quelques jours avant M. Sabia —, n'a pas pris la peine de demander au candidat une liste de ses actifs.

«C'est le résultat d'un processus de nomination qui s'est fait sans transparence et à la sauvette, a-t-il dit. Est-ce que Sabia, aussi, avait remis ou est-ce que M. Tessier, comme nouveau président du c.a., a demandé à M. Sabia de déposer tous ses actifs qui sont reliés à des compagnies soit canadiennes, américaines ou à l'extérieur du pays? Faut croire que ça n'a pas été fait.»

Michael Sabia chez Power Corporation

Par ailleurs, une journaliste de LCN a pu arracher quelques mots à M. Sabia alors que ce dernier se rendait hier à une rencontre avec le gratin du Québec inc., rencontre qui se tenait dans les bureaux montréalais de Power Corp. Selon des informations obtenues par Le Devoir, la rencontre s'est justement tenue à l'invitation d'André Desmarais, son président et co-chef de la direction.

«Ça va, ça va. On continue. Nous avons des choses à faire», a laissé tomber le nouveau président de la Caisse lorsqu'appelé à donner ses impressions sur ses nouvelles fonctions.

Et pourquoi avoir renoncé à sa future rente de retraite de la Caisse d'une valeur de 235 000 $, à une indemnité de départ équivalente à son salaire annuel de 500 000 $ et aux primes pour les deux prochaines années. «Je pense que la Caisse est une institution québécoise énormément importante, donc c'est un honneur pour moi d'essayer de faire une contribution à la croissance à la Caisse», a répondu celui qui touche depuis septembre une rente de 968 000 $ par an de BCE. Au total, M. Sabia a encaissé 21 millions à son départ de l'entreprise. Il ne se dit d'ailleurs pas inquiété par la controverse au sujet de cette généreuse rémunération. «C'est une affaire du passé. Ce n'est pas une affaire de la Caisse, donc ça va.»

«Pourquoi allez-vous chez Power Corp.?», a finalement demandé la journaliste avant que M. Sabia ne s'engouffre à toute vitesse dans les locaux de la multinationale. «Pour déjeuner», a-t-il dit. Le gratin du Québec inc. était aussi de ce déjeuner. Rémi Marcoux, président exécutif du conseil de Transcontinental, Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, mais aussi Louis Vachon, p.-d.g. de la Banque Nationale et François Jean-Coutu, de l'entreprise du même nom, faisaient partie des gens conviés à cette réunion.

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Avec la collaboration de Antoine Robitaille

Avec La Presse canadienne

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