Le PQ en campagne - Le doux ronron de Bernard Landry

Bernard Landry parle fort peu de la souveraineté.
Photo: Jacques Nadeau Bernard Landry parle fort peu de la souveraineté.

La campagne du Parti québécois ronronne depuis trois semaines, révélant un nouveau Bernard Landry. Le premier ministre carbure à la prudence, retenant avec application tout éclat de voix. Le politicien connu pour son impétuosité demeure sans adhérence, presque serein. Du coup, les aspects moins reluisants du bilan du régime péquiste ne provoquent qu'un haussement d'épaules chez le premier ministre.

Stratégie ou marketing politique? Chose certaine, le délicat dossier de la santé a été abordé en plein déclenchement des hostilités des États-Unis contre l'Irak, reléguant les élections au deuxième plan. Bernard Landry a saisi la balle au bond et tenté de présenter une image de chef d'État. Pour ce qui est de la santé, le PP avait épuisé ses munitions avant la campagne électorale, se contentant de répéter les promesses du plan d'action d'il y a quelques mois.

Dans les premiers jours de la campagne, M. Landry était revenu à la charge avec sa nouvelle obsession: non pas la lutte contre la pauvreté ou la souveraineté mais bien la famille. Après tout, le temps, ce n'est pas que de l'argent, «c'est de l'amour», a chaque jour martelé le Bernard Landry nouvelle mouture.

La famille est donc devenue le leitmotiv du PQ: semaine de quatre jours pour passer plus de temps en famille, crédit d'impôt pour donner des loisirs aux enfants, crédit d'impôt pour se payer des vacances en famille, prêt sans intérêt pour acheter une maison afin de loger la famille, remboursement d'une partie du prêt étudiant pour fonder une famille. Expliquant jour après jour sa vision de la famille, M. Landry s'est même aventuré sur un terrain plus glissant un soir à Thetford Mines. Il a souligné à ses militants venus l'entendre l'importance aujourd'hui pour les «mâles» et les «femelles» de partager les tâches en ce qui a trais aux enfants. Même moi, j'ai changé des couches quand ma femme n'était pas là, a-t-il alors lancé. Depuis, le credo familial est demeuré, mais cette façon de présenter les choses a disparu.

Et Bernard Landry a continué son petit train-train quotidien dans un univers protégé, dans la promiscuité péquiste. Lui qui n'avait à peu près jamais prononcé de discours écrit se retrouve chaque après-midi avec un texte entre les mains pour prendre des engagements. Mis sur la défensive mercredi dernier en ce qui concerne le système de garderies à 5 $ par jour, M. Landry a même lu l'argumentaire préparé par son entourage.

Les seules failles de cette carapace sont apparues en soirée, devant les assemblées partisanes, par ailleurs dominées par les têtes grisonnantes. Alors seulement, Bernard Landry est reconnaissable: il livre ses discours sur un ton professoral. Il y a eu quelques exceptions, notamment lors d'une assemblée à Lévis, où il a été en osmose avec la salle en abordant avec un peu plus de ferveur que d'habitude la question nationale.

La souveraineté

M. Landry parle fort peu de la souveraineté. Aux militants, il réserve quelques phrases en fin de discours qui soulèvent d'ailleurs toujours un bel enthousiasme. Aux journalistes qui le suivent, il fait des exposés théoriques dans lesquels il répète inlassablement qu'il fera un référendum seulement s'il a «l'assurance morale» de le gagner. Se laissant toutes les portes ouvertes, il a tendu la main aux fédéralistes.

Le grand chef des Cris, Ted Moses, a entendu l'appel. De passage à Montréal lundi dernier, il s'est prononcé en faveur du Parti québécois, qui a signé la paix des Braves, sans pour autant appuyer le projet souverainiste. Bernard Landry affichait par la suite un large sourire pour conduire sa caravane dans les régions éloignées.

Rapidement, le chef adéquiste n'est plus apparu comme l'adversaire à abattre dans cette campagne. Il y a dix jours, le Parti québécois a pris un virage et s'est concentré uniquement sur le Parti libéral de Jean Charest. Depuis, pour chacun des engagements de ce dernier, le PQ produit un communiqué pour dénoncer les impacts des propositions libérales. Souventes fois, M. Landry s'est mis en retrait, laissant au collègue qui l'accompagne la tâche de vilipender les libéraux.

Et le manège tourne sans anicroche, sans dérapage mais avec beaucoup de retenue et dans une atmosphère terne.

«Content mais non satisfait», M. Landry continue de répéter à ses militants que la campagne va bien.

Hier encore, de passage à Gaspé puis aux îles de la Madeleine, il a souligné n'avoir «jamais vu l'espoir jouer de mauvais tour». Mais il reste encore deux semaines avant d'aller aux urnes.