La Francophonie suspend Madagascar

Québec — Amir Khadir a refusé mercredi qu'une motion soit déposée à l'Assemblée nationale pour dénoncer la rupture de l'ordre constitutionnel à Madagascar, pays où devait se tenir le prochain sommet de la Francophonie. Le Parti québécois, qui entendait déposer la motion, s'est dit «décontenancé» que l'unique député de Québec solidaire y oppose son veto.

Le projet de motion condamnait la «suspension de l'ordre constitutionnel et des institutions démocratiques» et appelait le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) à adopter des sanctions allant jusqu'à la «suspension du pays» de l'organisation internationale en vertu de la déclaration de Bamako. C'est précisément ce que le CPF a fait hier à Paris, lors d'une réunion d'urgence. Le Québec y était représenté par Wilfrid-Guy Licari, sherpa de Jean Charest et délégué général du Québec à Paris. Il a voté pour la suspension, mais a souligné que le CPF a réaffirmé la disponibilité de l'OIF à «accompagner le processus de retour à un ordre constitutionnel démocratique, et en particulier la tenue d'élections libres, fiables et transparentes, dans les délais les plus rapides».

Or, c'est ce dernier élément que M. Khadir aurait voulu voir dans la motion du PQ. «Pour Québec solidaire, un ordre constitutionnel ne vaut rien s'il brime la liberté d'un peuple qui finit par complètement le paralyser dans sa capacité à agir sur son destin.» Pour illustrer les torts du président démis, Marc Ravalomanana, M. Khadir a eu cette comparaison: «Imaginons si, au Québec, M. Charest se retrouvait soudainement à la tête d'une église évangéliste, qu'il privatisait Hydro-Québec en la redistribuant au profit des gens dans son cabinet [...] et qu'en plus il devenait propriétaire d'un monopole des produits laitiers. Que se passerait-il?» Cela provoquerait «une commotion et les Québécois diraient "ça suffit!"». Une révolte aurait rompu l'ordre constitutionnel du Québec «parce que le premier ministre aurait été renversé. On se dirait, "c'est pas pour ça qu'on l'a élu". Un peu comme dans la chanson Libérez-nous des libéraux. Mais si ça se produisait chez nous, est-ce que je voudrais que la Francophonie reproche au peuple québécois d'avoir agi parce qu'il en avait marre?».

Pour M. Khadir, l'armée malgache, en s'emparant du pouvoir, n'a fait que «remplir un vide». «C'était une révolte spontanée [...]. L'armée est intervenue pour ne pas que ça aille de tout bord tout côté, que ce soit le chaos.»

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