Perquisition à la FTQ - Québec doit scruter le Fonds de solidarité

Le Fonds de solidarité de la FTQ, qui a été perquisitionné par la police mardi, devrait faire l'objet d'une enquête d'un comité parlementaire, surtout que ce Fonds est un des partenaires principaux du plan de relance du gouvernement, lequel s'apprête à modifier sa loi constitutive. Quant à l'hypothèse d'une deuxième commission Cliche, malgré la nervosité à Québec, tous trouvent l'idée prématurée.

Québec — Au lendemain de la perquisition policière aux bureaux du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FSTQ), un examen serré de l'existence de cette «bébite particulière» et de son fonctionnement s'impose, croit le juge à la retraite Robert Lesage, puisque ce fonds est partenaire de plusieurs initiatives du gouvernement Charest pour la relance.

Celui qui a présidé la Commission d'enquête sur les dépassements de coûts de la Gaspésia souligne qu'une occasion en or va se présenter prochainement. Dans le dernier budget, on annonçait que «des modifications seront apportées à la Loi constituant le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec».

Le gouvernement disait vouloir ainsi assouplir certaines règles imposées au FSTQ afin de «reconnaître la participation» du FSTQ dans «deux nouveaux fonds dont la mise en place est annoncée à l'occasion du discours du budget». D'une part, le Fonds d'urgence de 500 millions de dollars «pour la relance des entreprises», dans lequel le FSTQ injectera 250 millions de dollars. D'autre part, un «fonds pour financer des fonds sectoriels de capital de risque», dans lequel le FSTQ injectera 250 millions de dollars.

C'est un ancien p.-d.g. du FSTQ de 1997 à 2001, l'actuel ministre du Développement économique Raymond Bachand, qui dévoilera les détails relatifs à ces nouveaux fonds. M. Bachand a aussi été premier vice-président du FSTQ de 1994 à 1997.

Selon Robert Lesage, le «Fonds de solidarité, très riche, fait l'envie des politiciens. Ils ont intérêt, pour des raisons syndicales et économiques, à être en bons termes».

Selon lui, il règne un «manque de transparence» autour de la gestion du FSTQ en raison de la proximité entre le syndicat et le FSTQ.

Rappelant les résultats de son enquête de 2004-05, M. Lesage soutient que «c'est l'équivalence entre le bras financier et le bras syndical qui crée une sorte de conflit d'intérêts». Dans le chantier Gaspésia, cela «leur donnait une autorité qu'ils n'auraient pas dû avoir». Il soutient que les 15 à 18 personnes qui font partie du conseil d'administration sont des présidents des fédérations de la FTQ et «ne décident à peu près rien». Selon lui, les dirigeants du Fonds «ne font rapport à personne». Or, l'actif net du FSTQ est de 6,2 milliards de dollars: «C'est curieux qu'autant d'argent soit confié à si peu de personnes.»

Au sujet des deux nouveaux fonds créés par le gouvernement avec l'aide de la FSTQ, il s'interroge: «Comment font-ils [les gens du FSTQ] pour s'avancer dans un fonds d'urgence de 500 millions?» La création de ces fonds et la modification législative annoncée est pour lui l'occasion d'enfin appliquer la première recommandation de son rapport: «Qu'un comité parlementaire évalue la raison d'être et le cadre d'action des fonds d'investissement dont les souscriptions sont admissibles à des déductions fiscales.»

Nervosité à Québec

S'ils ont refusé de commenter l'enquête de la Sûreté du Québec sur le présumé blanchiment d'argent dans le monde de la construction et les perquisitions au FSTQ, les membres du gouvernement n'ont pas caché leur inquiétude, hier. Jean Charest a souligné que «c'est beaucoup d'argent qui va être dépensé dans les prochaines années» dans le domaine de la construction: 42 milliards de dollars sur cinq ans. «C'est une préoccupation pour nous de faire en sorte que les choses se passent correctement et on fera les ajustements au besoin», a déclaré le premier ministre. Des criminels profiteront-ils du plan de relance du gouvernement? La question a indigné Raymond Bachand, mais son collègue de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a eu ces mots: «C'est évidemment préoccupant. Nous n'avons pas les yeux fermés. Nous avons les yeux très ouverts. Les oreilles très ouvertes.»

Faudrait-il une nouvelle commission Cliche, qui avait enquêté dans les années 1970 sur la violence et la corruption dans le domaine de la construction? «C'est prématuré, on verra», a déclaré M. Dupuis.

Même son de cloche du côté de l'ancien ministre du Travail de 1971 à 1975, Jean Cournoyer, qui avait mis quatre syndicats sous tutelle au terme de la commission Cliche. Tant que les enquêtes policières ne sont pas terminées, ça ne sert à rien, croit-il. Par ailleurs, il souligne que «lorsque tu regardes des cas comme la Gaspésia, tu te dis "mais c'est la même maudite affaire qui s'est reproduite!"».

L'ancien ministre péquiste Guy Chevrette, qui a participé à la commission Cliche, a dit ne pas vouloir commenter. Il note toutefois que cette commission a permis d'avoir «25 ans de grande paix syndicale sur les chantiers». Autrement dit, la paix n'y est plus? M. Chevrette a refusé de répondre à la question, se disant «trop peu informé». D'autant plus qu'à son avis, les informations qui filtrent actuellement au sujet de l'enquête policière ne sont peut-être pas étrangères à la période légale de maraudage qui permet aux syndicats d'aller se «voler» des membres.

À voir en vidéo